Etat de santé d’Ali Bongo Ondimba : Interview de Guy Bertrand Mapangou (Exclusif)

Depuis l’hospitalisation d’Ali Bongo Ondimba à Ryad, en octobre dernier, l’opposition n’a de cesse d’invoquer la vacance du pouvoir. Une idée jugée irrecevable par la cour Constitutionnelle. Dans le cadre d’une interview, Guy Bertrand Mapangou, ministre d’état en charge de la Communication et Porte-parole du gouvernement, est revenu avec force et détails sur les interrogations des populations ces temps derniers.

Monsieur le Ministre D’Etat, Ministre de la Communication et de l’Economie Numérique, Porte-parole du Gouvernement. Voilà trois semaines que le Président de la République, Chef de l’Etat, est malade et hospitalisé dans un pays étranger. Que pouvez-vous en dire au peuple gabonais et à la classe politique de tous bords légitimement inquiets et interrogateurs ?

Guy Bertrand Mapangou : Avant de répondre à votre question, je remercie Kongossanews de donner l’occasion au Gouvernement de s’exprimer officiellement pour la deuxième fois sur la situation actuelle de notre pays. Cela dit, je voudrais vous rappeler que dans les grands pays démocratiques qui nous servent de référence, dans une occurrence telle que la maladie du Chef de l’Etat, dans un premier temps, c’est toujours et obligatoirement les services administratifs de la Présidence de la République qui communiquent au peuple le bulletin de santé du Chef de l’Etat. Par exemple, en France, c’est le secrétaire Général de l’Elysée qui informe le peuple. Aux Etats Unis c’est un fonctionnaire de la maison Blanche qui donne l’information médicale et au Royaume Uni, c’est Bukingham Palace qui donne ce type d’information.

Au Gabon, depuis que le Chef de l’Etat est tombé malade, le Gouvernement de la République a strictement tenu son rôle en laissant le Porte-parole de la présidence remplir sa mission. Ce haut fonctionnaire a fait ce qui relève donc de ses prérogatives en communiquant plusieurs fois les informations en sa possession. Ceci s’est fait sans interférence du Gouvernement.

Maintenant que le Président de la République a amorcé sa convalescence, nous sommes entrés dans la phase de la gestion de la situation par le Gouvernement, conformément à ses attributions constitutionnelles que toute la classe politique nationale a eu raison de rappeler. Dans ce second temps du développement positif de la santé du Chef de l’Etat, le gouvernement va communiquer, sans exagération inutile, mais en tant que de besoin.

Beaucoup de responsables politiques du PDG, comme l’ont fait les membres du Comité des sages de ce parti, et plusieurs responsables de l’opposition demandent que le Gouvernement communique en toute transparence car c’est son rôle. Que répondez-vous ?

Comme je l’ai dit ci-avant, il ne fallait pas confondre vitesse et précipitation. Il revenait préalablement à l’administration présidentielle de porter à la connaissance de l’opinion publique les premières informations sur la santé du Président. C’est cela la règle disais-je, dans un premier temps. Cela a été fait. Là où le Comité des Sages du PDG et les autres acteurs politiques de l’opposition ont totalement raison de monter au créneau, c’est dans ce second temps du développement des événements où le Gouvernement doit prendre la relève en tout point.

Quelle est donc l’état réel de la santé du président ?

Au regard de la réalité de l’évolution de la situation présentée au peuple gabonais par le Porte-parole de la Présidence, l’état de santé du Président de la République s’améliore. Cela est un point plus que rassurant sur une évolution positive dans les jours et les semaines à venir.

Excusez-moi de vous interrompre, Monsieur le ME, vous dites, je vous cite : « dans les semaines à venir ». Est-ce à dire que la convalescence du Chef de l’Etat pourrait être longue, voire s’éterniser ? Et si cela devait effectivement advenir, n’y a-t-il pas un risque réel de vacance du pouvoir, comme se le demandent à juste titre les citoyens gabonais et certains partis politiques ?

J’observe d’abord que certains partis politiques qui se sont exprimés sur la question, par la voie de communiqués, ont parfaitement joué leur partition dans la vie démocratique et le Gouvernement leur en sais gré. J’ajoute que leur position à tous reste de surcroît, et cela mérité d’être autant salué que souligné, dans les clous du respect de la Loi fondamentale de notre pays. Ces responsables politiques demandent, autant que le demande tout citoyen gabonais ayant en souci majeur la santé du Président et le bon fonctionnement des institutions de la république, que le Gouvernement se saisisse du dossier comme il est de son devoir et de son rôle.

Ceci dit, pour répondre directement à votre question, le Gouvernement n’a communiqué depuis qu’une seule fois sur ce point précis de vacance ou non du pouvoir et avait précisé qu’il n’y avait pas lieu de parler de vacance au sommet de l’Etat. A ce jour, qu’en est-il, en observant la Constitution ? La réponse est encore claire : Il n’y a pas vacance du pouvoir.

Le Président est certes malade. Mais rien ne dit dans la constitution qu’à chaque fois que le Président est malade, on doit invoquer la vacance au sommet de l’Etat et exciper, ipso facto, de l’article 13 pour sembler légaliste. Ceci pour expliquer simplement que vous ne trouverez, dans la constitution, aucune injonction à l’endroit de quelque Institution que ce soit de la République à tenir un délai butoir pour constater une éventuelle vacance du pouvoir à la présidence de la République. En somme, les conditions objectives ne sont pas réunies à ce jour pour brandir l’article 13. Il faut attendre que les médecins du Président se prononcent négativement avec leur science à cet égard, ce qui est le contraire nous en convenons.

En d’autres termes, les données factuelles à ce jour n’empêchent aucunement le bon fonctionnement de nos Institutions, autant qu’elles ne nécessitent aucune démarche visant à la constatation d’une vacance du pouvoir. En conséquence, la sagesse commande donc que le Gouvernement observe la bonne évolution, au demeurant déjà actée, du recouvrement de la bonne santé du Président.

Alors Monsieur le ME, le président, même momentanément empêché, qui gouverne le pays ? Les Gabonais veulent et ont le légitime droit de savoir.

S’agissant du pouvoir exécutif, les prérogatives du Président de la République, du Vice-président et du Premier Ministre sont structurés avec, en toile de fond, l’idée de la continuité du fonctionnement de l’exécutif. Si on examine l’article 28 de la Constitution, vous noterez que ce texte dit explicitement que le Président partage les prérogatives de l’exécutif avec le Premier Ministre. Ceci veut dire simplement que si le Président la République est momentanément empêché, notamment pour convalescence comme c’est bien le cas, le Premier Ministre peut agir en vue d’assurer « la continuité de l’Etat ».

Mieux, aux termes de l’article 28 de la Constitution, il ressort la précision claire que c’est le Gouvernement, placé sous l’autorité du Président de la République, qui, je cite, « conduit la politique de la nation. […]. Le Gouvernement dispose, à cet effet, de l’administration et des forces de défense et de sécurité. […]. Le Gouvernement est responsable devant le Président de la république et l’Assemblée Nationale, dans les conditions et les procédures prévues par la présente Constitutions ». La constitution a donc choisi un glissement des prérogatives entre le Président de la République et le Gouvernement en ce qui concerne la conduite de la politique de la Nation.

Nous sommes d’accord avec vous sur le fait qu’en la matière, il n’y a aucun délai contraignant gravé dans la Constitution. Mais permettez-nous de nous projeter dans toutes les hypothèses possibles, vu que la Constitution qui nous guide tous s’est elle-même projetée dans les différentes hypothèses, y compris les plus pessimistes vu qu’elles sont par nature envisageables. Notre question est que fera le Gouvernement si la convalescence d’Ali BONGO ONDIMBA devait s’éterniser ?

Le Gouvernement de la République travaille dans le strict prolongement des prérogatives du Chef de l’Etat qui est, lui, l’élu de la Nation et donc le dépositaire de la légitimité du peuple. Le Gouvernement ISSOZE NGONDET observera, en toutes circonstances, la Loi et rien d’autre que la Loi. La seule précision immédiate est qu’il n’y a pas de raison de se précipiter à constater une vacance du pouvoir qui n’a pas de substrat.

Mais, Monsieur le Ministre d’Etat, en cas de prolongation de la convalescence du Président et en l’absence avérée d’une disposition contraignante de délai, le Gabon ne serait-il pas, de facto, devant un vide juridique ?

Pas du tout ! Permettez-moi de vous renvoyer à l’article 83 de la Constitution portant notamment sur les prérogatives de la Cour Constitutionnelle. Cet article prévoit qu’en présence d’une difficulté comme celle que vous évoquez, si celle-ci devait devenir une réelle difficulté dans le fonctionnement de l’Etat, la Cour Constitutionnelle dispose des pouvoirs de régulation du fonctionnement de toutes les autres Institutions, y compris en s’autosaisissant en tant que de besoin.

Vous remarquerez donc que la Cour Constitutionnelle est la gardienne du respect de la Constitution dans tout état de droit. Dans notre pays, les missions de cette Institution apparaissent bien dans cet article 83 qui indique que « la Cour Constitutionnelle est la plus haute juridiction de l’Etat en matière constitutionnelle. Elle juge de la constitutionnalité des lois et de la régularité des élections. Elle garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques. Elle est l’organe régulateur du fonctionnement des Institutions et de l’activités des pouvoirs publics ».

Autrement dit, si le juge constitutionnel constate qu’une Institution de la république s’éloigne de l’application conforme de la Constitution, il est en droit de recadrer le fonctionnement de ladite Institution. Cet article est très important car il consacre que la Cour Constitutionnelle est la garante du bon fonctionnement de nos Institutions. En conséquence de quoi, il est une grave erreur que d’avancer l’idée selon laquelle les Institutions de notre pays seraient ou pourraient être bloquées.

En d’autres termes, je voudrais dire que ce n’est pas parce que nous sommes une jeune démocratie qu’il serait juste de subodorer que nos constituants auraient été en incapacité d’anticiper les cas extrêmes. La conclusion tombe donc d’évidence, au regard de la Constitution : il n’y a pas de vide juridique possible sur cette question liée à la durée de la convalescence et de son pendant qu’est l’absence formelle d’un délai de rigueur.

face à cet éclairage sur les compétences dévolues par le constituant à la Cour, que propose le Gouvernement ?

A chacun sa place ! C’est la Constitution qui l’impose. Vous ne pouvez pas nous rappeler au respect de la Constitution et nous suggérer, concomitamment, de la manipuler ou d’en jongler. Le Gouvernement ne jonglera pas avec les Lois et avec la mère des lois. Le Gouvernement n’a donc pas à donner des directives à la Cour Constitutionnelle. Celle-ci sait exactement quelles sont ses compétences et ses devoirs. Elle jouera son rôle constitutionnel et prendra ses décisions si l’Etat de la nation devait l’imposer. Dans la mesure où celles-ci sont respectueuses de la Loi, elles ne peuvent qu’être mises en application immédiate.

Y compris l’application de l’article 13 de la Constitution, Monsieur le Ministre d’Etat ?

Mais pourquoi douter un seul instant de ce que la Cour Constitutionnelle ne puisse appliquer ce qui fonde sa propre existence et son intrinsèque nature ? En termes simples, l’article 13, qui n’est nullement à l’ordre logique et factuel du jour, sera absolument appliqué en cas de besoin. Mais il ne s’agit pas uniquement d’appliquer le seul article 13, il s’agit d’appliquer la Constitution de la République gabonaise et faire taire tous les contempteurs, nationaux et internationaux, prompts à traiter les pays africains de républiques bananières. Le Gabon n’est pas une république bananière et sa Cour Constitutionnelle en est l’ultime garante.

La Rédaction avec L’Union

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