Indépendance/Gabon : 60 ans à broyer du noir

Lundi 17 août prochain, le Gabon célébrera  comme il est de tradition, les festivités marquant son accession à la souveraineté internationale. Un moment unique cette fois-ci, dont il devra impérieusement faire le bilan.

D’ordinaire célébrée avec un grand concert musical agrémenté de feux d’artifices, une parade militaire à la place de l’indépendance, sur le front de mer, la fête nationale connaîtra une très rare sobriété cette année. Ce sera donc un 17 août pas comme les autres, du fait du contexte sanitaire actuel. L’édition 2020 est placée sous haute surveillance, c’est certain.

Bien que les ministères de l’intérieur et de la défense n’aient pas rendu public le nombre de leurs effectifs mobilisé pour prévenir des dérapages, l’on imagine tout de même que le poids de la mesure est bien pris en compte.   

Pas d’engouement chez les populations  

 Si la fête nationale a toujours été un moment unique pour les populations, cette année, les considérations sont toutes différentes. Le confinement de Libreville et l’hinterland, du fait de la crise liée à la propagation du Coronavirus a épuisé les gabonais. Confinés depuis le mois de mars, beaucoup on perdu leurs emplois ou leurs commerces. Les petites entreprises ont déposé le bilan, les PME ont fait le régime, nombreux ont été contraints au chômage.

Pis, le gouvernement n’a pas tenu ses promesses, le chef de l’Etat, Ali Bongo Ondimba non plus. « Ils avaient dit qu’ils nous donneraient l’eau et l’électricité gratuitement. Nous n’avons rien eu. Ils ont dit qu’ils distribueraient des denrées alimentaires aux populations, là encore personne n’a rien vu. Ils ont fait de fausses promesses, une fois de plus, une fois de trop, nous sommes déçus » confie François, riverain de Nzeng-Ayong, l’un des arrondissements les plus importants de Libreville.

« Comment se réjouir alors que beaucoup d’entre nous ont perdu leurs emplois ? Comment se réjouir alors que le gouvernement nous a mis au sol ? » s’interroge Sarah.

60 ans…et rien

Après 60 ans d’indépendance, de souveraineté, le pays va mal. Tous les indicateurs sont au rouge. Le Gabon a déjà emprunté 85 milliards de FCFA auprès des organismes internationaux tels le Fond monétaire international (FMI). Une nouvelle aide financière a encore été déposée sur la table de la Banque africaine de développement (BAD). Pour un total de 410 milliards, le pays s’est davantage enfoncé.

Une université vieille de plusieurs décennies

L’Université Omar Bongo (UOB), du nom du défunt président, est la seule dans tout le pays. Malgré des budgets à couper le souffle, chaque année, sombre dans une incroyable décrépitude. C’est au point que même la bibliothèque, espace de travail, de recherche des étudiants, manque cruellement de matière. « Il n’y a pas de livre et ce n’est pas une exagération. L’UOB n’a pas de livres. Pour nos recherches, nos travaux, chacun se débrouille » confie Anna, une étudiante.

L’UOB, sans cesse violée par les forces de sécurité et de défense à la moindre protestation des étudiants

« Comment comprendre qu’une université puisse manquer de livres ? C’est fou » s’offusque Guy-Bertrand, étudiant en master en Faculté des Lettres et des Sciences Humaines.

Etat actuel de l’UOB, en perpétuel chantier

Pas une seule école en 11 ans

Arrivé au pouvoir en 2009, Ali Bongo Ondimba, le président gabonais avait promis relever le secteur de l’Education. 11 années plus tard, pas un seul bâtiment n’est sorti de terre.

Affiche de campagne, alors que le président gabonais succédait à son père

Dans tout le pays, les bâtiments sont vieux d’au moins 20 ans, le tout dans un état de délabrement avancé.

Pourtant, les fonds devant servir à la construction des écoles avaient bien été décaissés par le trésor public. L’Agence nationale des grands travaux (ANGT), une structure de l’Etat gabonais, avait reçu commission pour s’en occuper. Rien n’est sorti de terre.

Vue du siège de l’ANGT, avec pour PCA Ali Bongo Ondimba

Face à la difficulté liée à la gestion des effectifs, chaque année, l’Etat a été contraint, par la force des choses, à réquisitionner de petits Motels pour faire l’affaire, en plus des structures privées, qui elles aussi ont été mises à contribution.

L’eau potable, toujours une denrée rare

Même à Libreville, la capitale gabonaise, l’eau est demeurée une denrée d’une rareté inouïe.

L’eau toujours aussi rare

Toujours dépendant des importations

Tous les projets du gouvernement en matière d’autosuffisance alimentaire se sont soldés par des échecs. Après 60 ans d’indépendance, le pays est dépendant des importations alimentaires à plus de 80%. Un signal fort, qui ne semble pas inquiéter le gouvernement.

Port d’Owendo, Gabon

Un coup d’Etat (raté) comme signal fort

« La situation est sous contrôle », avait déclaré la présidence de la République, indiquant que le lieutenant Kelly Ondo Obiang, meneur des soldats avait été capturé.

Les soldats, cinq au total, qui avaient tenté de faire le coup d’Etat avaient pris d’assaut la Radio nationale. Deux d’entre eux abattus au cours de la journée, les autres avaient été mis aux arrêts.

Ces officiers subalternes avaient prétendu s’être emparés du pouvoir « pour restaurer la démocratie » au Gabon.

Un pays pourtant riche en pétrole, mais qui vit une pauvreté foudroyante, alors que la famille Bongo règne depuis 50 ans et décide de tout.

En 2019, des soldats de la Garde Républicaine (GR) prennent en otage la télévision nationale et déclarent vouloir (libérer) le pays
En 2016, alors que les populations protestaient à un énième mandat d’Ali Bongo

La pauvreté dans un petit pays producteur de pétrole

La pauvreté, perceptible partout dans tout le Gabon

5000 logements par an, c’était le nombre que le chef de l’Etat Ali Bongo annonçait pendant la campagne. La réalité est foudroyante.

Au moment de célébrer son soixantième anniversaire, le Gabon manque du minimum. Les structures sanitaires manquent de matériels, les infrastructures routières sont à construire, les préoccupations des gabonais quant à leur avenir foisonnent.

Joseph Mundruma

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