Opération mamba ou opération Ngambia?

Pour trois (3) millions de francs CFA, Francis Wassieme, homme de main de Guido Santullo, retrouve sa liberté sous caution après plusieurs mois de détention à sans famille contrairement à l’ancien Ministre des TP, Magloire Ngambia qui continue de subir les acharnements judiciaires de la justice gabonaise depuis maintenant 31 mois de détention préventive.

La question mérite d’être posée.
Et pour cause, annoncée à corps et à cris par le gouvernement gabonais, l’opération dite Mamba était destinée, prétendait-on, à faire la chasse aux dépositaires de l’autorité de l’État à qui il était reproché d’avoir manipulé l’argent public à des fins illicites.


Dès l’entame de cette vaste opération, l’opinion publique a pu assister très rapidement à l’interpellation de plusieurs hauts fonctionnaires de l’administration publique et notamment la mise en détention préventive de deux anciens ministres Étienne Dieudonné Ngoubou et Magloire Ngambia tous inculpés pour corruption passive, blanchiment d’argent et passation illicite des marchés publics, Magloire Ngambia a été placé en détention préventive le 10 janvier 2017.


Dans la même foulée, messieurs Landry Oyaya, ancien Dg du Fer, Paul Mapessi, Dg de la Snls, Mohamed ben Ali, Dg de Egca-Satram, Me Edo Ruphin, ancien Syndic judiciaire, Christian Capito ancien Conseiller du Ministre de l’économie et Francis Wassieme collaborateur de l’entrepreneur Italien Guido Santullo subissaient le même sort que les deux anciens ministres.

À ce jour, les personnes inculpées ont progressivement retrouvé la liberté pendant que toutes les demandes de mise en liberté provisoire simple ou sous caution introduites par Magloire Ngambia ont été systématiquement rejetées.


«Au fil des mois, on a pu assister à l’enlisement de l’opération Mamba. De nombreuses confusions et maladresses dans le suivi des procédures notamment des violations flagrantes du code de procédure pénale ont été dénoncées et on même abouti pour certaines à la censure de la haute cour de cassation. Ce qui a conduit certains observateurs à se demander si le Mamba ne s’était pas mordu lui-même», s’interroge, un observateur politico-judiciaire rencontré dans les artères de libreville.

Il y’a quelques mois, la chambre d’accusation pour justifier le maintien en détention préventive de ce dernier, avait retenu que celle-ci était indispensable au motif pris de ce qu’il serait également cité par certaines procédures ouvertes à l’extérieur du pays.

«Pourtant, à l’analyse, toutes les autres personnes, Landry Oyaya, Francis Wassieme, Mohamed Ben Ali et bien d’autres, visées également par les procédures à l’international sont tous en liberté provisoire.
Plus proche de nous, un arrêt rendu par la chambre d’accusation de la cour d’appel judiciaire de Libreville en date du 10 septembre 2019 vient d’ordonner la mise en liberté sous une caution d’un montant de 3.000.000 fcfa de Francis Wassieme homme de main de l’italien Guido Santullo inculpé pour corruption active, blanchiment de capitaux, il avait été placé en détention préventive en mai 2017 et très proches des personnalités politiques du pays auprès desquelles il était chargé de déposer les cadeaux offerts par son chef avaient défrayé la chronique. De même, plusieurs chèques libellés en son nom et contenant plusieurs dizaines de millions avaient été saisis», a-t-on appris dans les couloirs du palais de justice de libreville.

Pourtant aujourd’hui, il est admis à la liberté sous caution.
Au total, de tous les détenus initiaux impliqués dans l’opération Mamba seul Magloire Ngambia demeure actuellement à la maison d’arrêt de libreville.

Il convient alors de se demander mais qui en veut à Ngambia? L’opération Mamba avait elle pour but de véritablement s’attaquer aux prétendus agents publics indélicats ou alors il s’agissait juste de créer une situation destinée à neutraliser Ngambia?


Cette question est d’autant plus pertinente qu’en dépit des dispositions du code de procédure pénale qui précisent que la détention préventive ne peut excéder 18 mois faute de quoi la personne poursuivie doit être immédiatement remise en liberté sous ordre du Ministère public, or a ce jour, l’on ne comprend pas pourquoi toutes les demandes de mise en liberté provisoire sollicitées par Ngambia sont systématiquement refusées alors qu’il est en détention préventive depuis 31 mois bien au-delà des 18 mois prévus par la loi.

«une détention dans ces conditions est manifestement grossière et arbitraire en ce qu’elle ne repose plus sur aucun texte juridique» s’insurge un pratiquant du droit rencontré au hall du tribunal de libreville.

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