Tribune de Me Mayila : le triomphe de l’aiguille sur le fusil et la bombe

Ces derniers temps un débat est entrain de secouer notre pays, la dépénalisation de l’homosexualité. Tout le monde est allé de son petit couplet, pour s’indigner, pour condamner, moi compris, j’ai eu des mots très durs…. Les esprits tolérants ne manqueront de pardonner, je sollicite leur clémence, c’est l’éducation que j’ai reçue, qui a motivé cette réaction.

Quand je parle de Réconciliation, je n’ai jamais présenté l’instrument de cette aventure, à laquelle je convie tous les Gabonais. Il s’agit de l’Aiguille.

Les initiés de tous bords, savent l’importance de cet instrument, ce symbole du rassemblement. L’Aguille.

C’est elle qui unit ce qi a été déchiré, disloqué, voire détruit. Très souvent les sages parlent du fil du dialogue ! Mais qui conduit le fil ? Qui guide le Fil ? L’Aiguille.

Si on parle de reprendre le fil du dialogue, c’est que celui-ci a été rompu quelque part ! On dit alors ça a commencé comment ? On va chercher les morceaux pour les recoller, pour les rassembler, les recoller pour reconstituer ce qui a été détruit par le fusil, le canon ou la bombe, mais très souvent par la langue de l’homme, cet architecte parfois destructeur.

Maintenant que mes interlocuteurs, après m’avoir jugé et condamné, ont compris l’importance de l’Aiguille, qui désormais va symboliser la Réconciliation Nationale, je reviens au débat douloureux, sur la dépénalisation de l’homosexualité au Gabon. Ça a commencé comment ? Car tout a un début comme on aime à le rappeler dans toutes nos coutumes Africaines et Bantoues.

Quand j’ai pris la PAROLE à l’excellente émission de Jonas MOULENDA, j’ai posé la question de savoir qui a présenté la loi et qu’a-t-il dit dans l’exposé des motifs ?

Bien évidemment personne ne pouvait me répondre, et quand on ne sait pas, on se tourne vers ceux qui savent. Il n’y a pas de honte à cela, je me suis tourné vers mon fils qui m’a expliqué ce qui suit…

«Vers la fin de l’année 2018, le Gouvernement avait initié une révision du Code Pénal datant de 1963. L’esprit général de l’argumentaire était d’actualiser ce texte en tenant compte de certaines infractions non répertoriées à l’époque de son adoption (Exemple : Le trafic ou l’exploitation des enfants ; etc.…) et celles plus récentes encore (Exemple : La cybercriminalité ; Les atteintes à l’environnement ; Les infractions dans le secteur de l’exploitation industrielle ; etc.…).

Usant de son « Droit d’amendement », le Sénat, qui, à l’époque, agissait seul au nom de l’ensemble du Parlement, avait, entre-autres choses, introduit, dans le cadre des atteintes aux bonnes mœurs, l’homosexualité et en avait prévu la pénalisation (article 402, 5ème tiret, de la Loi N°042/2019 adoptée le 05 juillet 2019).

Il se trouve simplement que bien que l’ayant formellement promulguée, l’Exécutif est revenu à la charge, selon la Procédure d’Urgence (mais, cette fois-ci devant les deux chambres du Parlement, avec, en première lecture, l’Assemblée Nationale) pour demander la révision de ce nouveau code, en évoquant un trop grand bouleversement de l’articulation et l’agencement numérique des articles du texte qui le rendrait difficile d’application dans le fonctionnement de la justice.

Mais, en réalité, la réforme majeure vivement recherchée par le Gouvernement était le retrait du fameux 5ème tiret de l’art 402 qui prévoyait la pénalisation de l’homosexualité, au motif qu’il heurterait l’esprit des libertés individuelles reconnues par notre Constitution d’une part, et serait en porte-à-faux avec les normes internationales auxquelles le Gabon est partie-prenante et dont il a ratifié les actes, d’autre part.

Dans cette espèce de « plaidoyer » pro modo, on ne pouvait pas ne pas se rendre compte qu’il s’exerçait une très forte pression sur le pays qui, comme on le sait, est largement, et de plus en plus, dépendant de l’aide extérieure et des emprunts.

Naturellement, il était stratégiquement plus aisé d’obtenir le retrait de la disposition querellée, d’abord par la chambre qui n’était pas opérationnelle au moment de son adoption, puis par la chambre haute.

C’est ce qui a été fait par l’adoption de la Loi N°006/2020 du 29 Juin 2020 (dans laquelle l’ancien article 402, devenu article 257, ne comporte plus le 5è tiret querellé); la composition politique des deux chambres ayant, qu’on le veuille ou non, facilité l’aboutissement de la manœuvre.

Apres avoir lu ceci sous la plume de mon fils, je suis allé chercher mon Aiguille pour recoudre et donner aux Gabonais l’explication qu’on leur doit, car ce peuple même colonisé et méprisé, reste le peuple, même s’il n’est pas souverain un jour il le SERA !

Donc le Premier Ministre Julien Nkoghe Bekale qui sait dans quelle amitié je le tiens, aurait dû dire le discours suivant aux Gabonais :

Mes Chers Compatriotes,

Vous savez dans quel état se trouve notre pays, notre économie et nos comportements passés et actuels qui font du Gabon :

Un pays sous double colonisation (comprenne qui voudra)
Un pays qui importe 85% de ce qu’il consomme
Un pays dont l’économie est passé aux pâquerettes et que la crise sanitaire a rendue exsangue
Ce Gabon pour continuer de vivre et d’exister a besoin d’argent, de crédits, de prêts même léonins
Qu’il y a dans notre code une disposition, qui gêne ceux-là, à qui nous demandons ces prêts, nous sommes donc obligés, d’enlever cette disposition.
Quand on veut le foin, on fait l’âne ! Nous n’avons pas le choix, que de satisfaire cette condition, sinon nous sommes morts ! Voilà quel aurait dû être le discours du gouvernement.

Quand on va se baigner à la rivière, on ne peut pas empêcher les poissons de voir notre nudité.

Il ne faut pas créer un nouveau clivage et donner une nouvelle raison de se haïr à ce peuple que nous avons tous le devoir et l’obligation de réconcilier un jour avec lui-même.

Maître Louis Gaston MAYILA

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