Libre-propos : Pour le maintien de sa position de leader,  le Gabon devra encore faire des concessions 

S’il veut toujours incarner respectabilité et pragmatisme, ces valeurs qui ont longtemps fait sa fierté, le Gabon devra faire des efforts pour s’arrimer à la cadence internationale. La problématique inhérente à la gestion des administrations placées sous double tutelle revêt à ce jour, un caractère important qui ne peut désormais plus être éclipsé. Toute l’attention de la première ministre, en sa très respectable qualité de cheffe de l’Administration gabonaise, y est donc convoquée. 

Le Gabon a connu ces dernières années, des avancées non négligeables. Certaines conventions internationales ratifiées par ses soins auront permis à notre pays de tenir, en certains domaines, une position enviable dans la sous région. Des positionnements confortés par la volonté des plus hautes autorités de la République, qui restent malgré tout à être confirmées, sur la durée.

Aujourd’hui, il est désormais question de lever l’équivoque, de faire le point sur ces administrations placées sous une double tutelle, qui enregistrent à leur corps défendant, des pesanteurs innombrables. 

Des administrations qui, sur un plan hiérarchique sont placées sous la tutelle fonctionnelle d’une organisation internationale dont le Gabon est membre, et sur  un plan hiérarchique sont placées sous tutelle d’un ministre, du premier ministre, d’un président d’une institution ou parfois même du président de la République, chef de l’Etat. 

Partant d’une observation générale, ces administrations, un peu particulières, jouissent d’une autonomie de fonctionnement, ce conformément aux textes, lesquels font la précision que même des décisions prises en conseils des Ministres, au niveau local, ne sauraient éclipser d’un revers de main celles déjà actées lors des assemblées générales de ces organisations internationales. 

Il est donc évident que les décisions prises par ces organisations à l’international sont de facto au dessus des décisions prises au niveau local. 

Recentrons bien les choses.

1) Sur le plan fonctionnel, elles sont placées (Ces administrations)  sous la tutelle d’une organisation internationale dont le  Gabon est membre ;

2) Sur le plan hiérarchique, elles sont placées sous la tutelle d’un Ministre.

Madame la Première ministre, cheffe du gouvernement et de l’Administration gabonaise devrait aussi émettre une note circulaire pour rappeler le caractère non  dérogatoire des décisions prises au niveau international,  pour le bon fonctionnement des administrations placées sous une double tutelle. 

Dans le cadre de la mise en place  du Budget 2021,  madame la première Ministre  ayant précisé le contexte dans sa note  circulaire numéro 00001/PM/Cab-PM du 1er février 2021 relative au décaissement des fonds. 

L’on observe toutes les mesures prises pour le fonctionnement de l’administration gabonaise, certes, mais l’on oublie souvent que pour  les membres de certaines organisations internationales, les décisions prises en assemblée générale de ses instances sont  strictement applicables  aux états membres.   

L’explication de ce principe est bien connue. Ces administrations spéciales sont soumises à un régime permanent, rattaché à un plan d’actions correctif (PAC), essentiel lorsque la perspective est la conformité aux exigences internationales. 

Une  grande difficulté est bien souvent rencontrée, nonobstant la précision des textes légaux : La perpétuelle mutation des chefs hiérarchiques.  Un fait qui parasite, voir alourdit la mise en application des textes, et va souvent jusqu’à engendrer de regrettables conflits avec les chefs de ces administrations spéciales.

Outre celle précité, une autre problématique non moins négligeable devrait retenir notre attention. La politique de la chaise vide. 

En effet, le Gabon étant membre de plusieurs organisations internationales, est donc par conséquent soumis au versement de certains frais. Or, il se trouve que l’absence du Gabon est très remarquée à l’occasion de rencontres internationales. Pourtant, les cadres de ces administrations particulières devraient représenter le pays. Cela participerait à veiller sur nos intérêts au plan international,  éviter un blacklistage ou le retrait de certaines bourses de coopération ainsi que de nombreux avantages importants. 

Rose Christiane Ossouka Raponda, premier ministre

LE CAS DU BUREAU D’ENQUETES DES INCIDENTS ET ACCIDENTS D’AVIATION (BEIAA)

Des pesanteurs énumérées en sus, il me paraît judicieux d’évoquer en guise de référence, le cas BEIAA du Gabon. 

D’abord, il s’agit d’une administration spéciale jouissant comme beaucoup d’autres d’une double tutelle. L’efficacité de cet organisme passe inévitablement par ses ressources humaines, lesquelles doivent être outillées en aéronautique. 

A la faveur d’un échange, il nous a été mis sur la table l’épineuse problématique du gel des intégrations de nos nouveaux agents dans la fonction publique. En réponse, nous avons déposé sur la table des plus hautes autorités de l’Etat, les recommandations de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), filiale de l’Organisation des Nations Unis (ONU). 

Les agents doivent être recrutés en formation verticale. Leur formation doit être financée par les budgets de l’Etat gabonais, sur le compte de l’exercice 2021 voté à l’Assemblée nationale puis soumis au ministre des Transports. 

Même si gel des intégrations il y a, les nouveaux agents devraient pourtant bénéficier d’une mesure exceptionnelle, laquelle leur permettrait d’intégrer la fonction publique comme les agents du ministère de la santé, de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur.

Pour rappel, le domaine de l’aéronautique est un secteur très normé, qui obéit à des pratiques internationales très strictes. 

En ma qualité de représentant du BEIAA, j’ai été honoré d’être de la délégation de l’ancien ministre des Transports au siège d’Ethiopian Airlines dans le cadre de la négociation d’un partenariat sur les volets création d’une compagnie aérienne, formation aux métiers de l’aéronautique et bien d’autres spécificités intéressantes. 

Cette excursion a donné lieu à la signature d’un partenariat entre Ethiopian Airlines Aviation Academy et le BEIAA.  

En mon autre qualité de membre permanent et représentant de l’ISASI  en Afrique centrale, le Gabon est automatiquement propulsé à la première place de toute la zone CEMAC. Notre expertise en cas d’accident d’aéronefs dans l’espace CEMAC sera donc fortement sollicitée. 

En tant que membre actif de plusieurs organisations dans le domaine aéronautique, j’ai eu le privilège de défendre le Gabon auprès du PDG d’Ethiopian Airlines. Un réquisitoire qui a permis par la suite cette grande compagnie  aérienne Africaine de recruter et former onze hôtesses gabonaises, sans compter l’attribution de certaines bourses de coopérations.  

Lors du Conseil des ministres délocalisé à Mouila en 2010, le Chef de l’État gabonais, son Excellence Ali Bongo Ondimba, évoquant les impératifs de l’aviation civile, de la dynamique de formation des jeunes dans les métiers du secteur, mettait un point d’honneur sur le maintient coûte que coûte du Gabon dans les fichiers internationaux. 

Le chef de l’Etat avait appelé les cadres, de même que les organismes du secteur, à tout mettre en œuvre afin que le Gabon ne fasse plus jamais l’objet d un blacklistage.

Il est impérieux aujourd’hui que cette volonté du chef de l’Etat soit traduite en actions concrètes.

Serge Olivier Nzikoue, premier enquêteur technique d’aviation assermenté Gabonais diplômé du NTSB aux USA

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