Représentants du peuple ou factotum du pouvoir ? [Analyse]

Par Stive Roméo Makanga

La semaine écoulée, 120 députés sur 135, soit près de 90%, ont approuvé le très controversé projet portant révision de la Constitution, initié par le chef de l’État.

Les dispositions relatives à la vacance de pouvoir et à l’absence de poursuites judiciaires contre un ancien président de la République, y compris en cas de haute trahison, de violation de serment et de détournement de deniers publics a constitué pour l’opinion, le paroxysme voir une atteinte gravissime à la démocratie.

Depuis, des problématiques ont surgi avec force, notamment celles en lien avec le rôle réel des “représentants” du peuple.

Ces derniers Agissent-ils comme ayant reçu mandat des populations ou plutôt comme factotum du pouvoir, du reste obnubilé de préparer l’après Ali Bongo Ondimba ? C’est tout le sens des récents évènements.

Avant toute hypothèse, il est juste de rappeler les fondamentaux. Un député est un parlementaire qui, à l’Assemblée nationale, participe au travail législatif de contrôle du gouvernement.

De façon triviale, un député est une personne que les électeurs d’une circonscription élisent pour les représenter à l’Assemblée nationale.

Cela dit, sur des problématiques cruciales comme celle relative à la modification de la Constitution, le rôle d’un député, en tant que législateur, exige de comprendre l’esprit des lois, voir le sens profond d’une démarche, d’étudier les lois proposées, d’en discuter et d’appuyer ou non, au vu de la pertinence de celles-ci, leur adoption.

À titre de représentant, un député doit exprimer les inquiétudes et le point de vue du peuple dont il est le représentant.

De fait, sur la question inhérente au projet de loi qui marque frustration et mécontentement du plus grand nombre aujourd’hui, le peuple y est en tous points pourtant formel: pas de nouvelle modification, après celle de 2018 et hors de question d’envisager une conservation du pouvoir, encore moins qu’un ancien chef d’Etat se retire sans que ne soient scrutés dans le fond, les actes engagés au cours de son magistère.

Au lieu d’une adoption résiliente par égard pour leurs intérêts propres, les députés, si tant est qu’ils se considèrent comme ces dignes “représentants” du peuple, aurait mieux fait d’exiger la tenue d’un référendum pour la prise en compte de l’opinion du plus grand nombre.

Une voie qui aurait permis à toutes les forces vives de la nation de s’exprimer sur les dispositions querellées, qui sont loin de faire l’unanimité du fait de leur caractère inique et donc antidémocratique.

Portés par un curieux élan de ne faire bougonnement que le jeu du pouvoir, lui donner toute l’occasion de se maintenir, de s’enraciner, de se consolider dans la perspective de fouler au pied toute base démocratique, de se soustraire de la justice après spoliation du peuple et des richesses du pays, les “représentants” du peuple se sont une fois de plus très gravement compromis.

Les gabonais sont donc, à défaut d’être spoliés par le pouvoir, trahis par ceux qui ont pourtant obtenu mandat de les représenter et de garantir au mieux leurs intérêts supérieurs.

Les 120 députés ayant procédé à la validation de la modification de la Constitution sont donc, à ce stade, reclus au très piètre et abjecte rôle de factotum du pouvoir.

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