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Gabon : un webinaire place la transformation des minerais au cœur des enjeux de souveraineté

Par Cadette Ondo Eyi 

À travers un webinaire consacré à la transformation des ressources minérales, l’Université Mohammed VI Polytechnique entend mettre en exergue le rôle de la recherche scientifique et de l’expertise africaine dans la construction d’une industrie minière plus souveraine. Au Gabon, cette réflexion soulève également des enjeux de gouvernance du sous-sol, de valorisation locale des minerais.

La souveraineté minière et industrielle du Gabon passe-t-elle nécessairement par une meilleure maîtrise des connaissances scientifiques et des technologies de transformation des minerais ? C’est autour de cette interrogation que s’est articulé le webinaire organisé le mardi 27 octobre dernier par l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), en collaboration avec ses partenaires, sous le thème : « Du minerai au produit transformé : la science africaine au service de la souveraineté minière et industrielle au Gabon ».

Une vue de l’université 

Cette rencontre, destinée notamment aux professionnels des médias, visait à ouvrir un espace de dialogue sur les perspectives qu’offre la recherche scientifique pour accompagner l’évolution du secteur minier africain. Elle entendait également mettre en évidence la contribution des établissements d’enseignement supérieur à la formation de cadres capables de répondre aux exigences techniques, économiques et environnementales d’une industrie minière en mutation.

Les échanges ont réuni des représentants de l’équipe dirigeante de l’UM6P, François Jr Oyabi, ancien étudiant gabonais de cette institution désormais en activité à Libreville, ainsi que le professeur Mostafa Benzaazoua, directeur du Geology & Sustainable Mining Institute. Ce dernier devait apporter un éclairage scientifique sur les enjeux liés à la transformation des ressources minérales et à la consolidation des capacités industrielles du continent. Une présentation générale de l’UM6P a également fait l’objet de de cette rencontre.

UM6P vue d’une allée

Créée en 2017, l’Université Mohammed VI Polytechnique s’est positionnée comme un établissement d’enseignement supérieur et de recherche orienté vers l’innovation, les sciences appliquées et la réponse aux problématiques de développement du continent africain.

Selon les données communiquées par l’institution en juin 2026, l’université comptait 8 521 étudiants pour l’année académique 2025-2026, dont 1 118 doctorants. Elle s’appuyait également sur 391 enseignants permanents et revendiquait 8 130 publications scientifiques depuis 2018, ainsi que 377 brevets. Toujours d’après ces données institutionnelles, 66 % de ses publications seraient parues dans des revues scientifiques classées dans le premier quartile, communément désigné Q1.

Bibliothèque et espaces d’échanges

Force est de reconnaître que ces indicateurs traduisent les ambitions affichées par l’établissement en matière de production scientifique, de valorisation des connaissances et de développement technologique.

Il faut dire que les domaines de formation et de recherche de l’UM6P couvrent plusieurs secteurs stratégiques, notamment la géologie, l’exploitation minière durable, l’agriculture, l’énergie et l’intelligence artificielle. Cette diversité disciplinaire favorise une approche transversale des problématiques industrielles, dans lesquelles les sciences de la Terre, l’ingénierie, la chimie et les technologies numériques peuvent contribuer à améliorer les procédés de production et de transformation.

Une vue d’amphithéâtre 

En outre, l’établissement dispose d’infrastructures dédiées à la recherche, parmi lesquelles le supercalculateur Toubkal et le Green Energy Park, orienté vers les technologies énergétiques. Il développe également des partenariats avec le groupe marocain OCP, acteur majeur de l’industrie des phosphates, notamment dans des domaines tels que les sols, la chimie industrielle et la métallurgie avancée.

L’accès à la formation constitue un autre axe de sa politique. L’université affirme que 80 % de ses étudiants bénéficient d’une bourse, dont 60 % de bourses complètes. Une politique qui, si elle facilite effectivement l’accès aux cursus scientifiques, peut contribuer à élargir le vivier de compétences nécessaires aux économies africaines.

Pour le Gabon, dont l’économie minière occupe une place importante, la question de la transformation des matières premières revêt un intérêt particulier. Au-delà de l’extraction, l’enjeu consiste à renforcer les capacités nationales de traitement et de valorisation des ressources afin d’accroître la valeur ajoutée créée sur le territoire.

La transformation locale des minerais suppose toutefois des investissements, des infrastructures adaptées, une disponibilité énergétique suffisante et une main-d’œuvre hautement qualifiée. Elle exige également des compétences en géologie, en métallurgie, en génie industriel, en environnement et en droit minier, indispensables à la conduite des projets comme à l’encadrement des activités.

Dans cette perspective, la recherche scientifique pourrait contribuer à l’amélioration des procédés de traitement, à la réduction des pertes de matière, à une utilisation plus rationnelle des ressources et à la limitation des incidences environnementales. Elle pourrait également favoriser l’adaptation des technologies aux réalités géologiques et industrielles propres aux pays producteurs.

Vue des étudiants sur le campus universitaire 

L’ambition de passer du minerai au produit transformé ne se résume donc pas seulement à l’installation d’unités industrielles. Elle suppose aussi une capacité nationale à concevoir, maîtriser et perfectionner les procédés techniques, mais aussi à négocier les partenariats, à encadrer les investissements et à veiller à ce que l’exploitation des ressources contribue durablement au développement économique.

C’est dans cette articulation entre savoir scientifique, maîtrise technologique et gouvernance que s’inscrit la réflexion proposée par l’UM6P. La formation de cadres africains, capables d’occuper des fonctions techniques et stratégiques, constitue l’un des leviers de cette ambition.

La souveraineté minière soulève également la question de la place des femmes dans les activités extractives et dans les structures chargées de leur réglementation.

Selon la Banque mondiale, les femmes représentent environ un tiers de la main-d’œuvre mondiale de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. À l’échelle africaine, une étude de l’Union africaine et de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique avance une proportion comprise entre 40 et 50 %. Certaines estimations nationales font état d’une participation encore plus élevée, notamment au Ghana et au Malawi. Les différences entre ces chiffres témoignent toutefois de la difficulté à disposer de statistiques exhaustives et comparables sur ce secteur.

Malgré leur contribution à l’extraction, au transport et au concassage des minerais, les femmes demeurent confrontées à des obstacles qui limitent leur accès aux ressources, à la protection sociale et aux responsabilités décisionnelles.

La question ne concerne donc pas uniquement leur présence dans les exploitations. Elle porte également sur leur capacité à participer à l’élaboration des politiques minières, à la réglementation, à la négociation des contrats et à la gestion des entreprises du secteur.

Dans cette optique, l’accès des jeunes femmes aux formations scientifiques et techniques de haut niveau pourrait contribuer à diversifier les compétences disponibles dans les administrations, les entreprises et les organismes de contrôle.

Cette perspective reste néanmoins conditionnée à l’existence de débouchés professionnels, à l’égalité d’accès aux responsabilités et à la reconnaissance effective des qualifications acquises.

La nécessité de disposer d’une expertise nationale solide trouve un écho particulier dans l’actualité gabonaise. Pour rappel, le 19 octobre 2026, le ministère des Mines et des Ressources géologiques avait annoncé le retour dans le domaine public de permis miniers à la suite d’un audit.

Disons que cette opération rappelle l’importance du contrôle des titres miniers, du respect des obligations réglementaires et de la gestion rigoureuse du patrimoine minéral. Elle met également en évidence la nécessité de mobiliser des compétences techniques, juridiques et administratives capables d’évaluer les dossiers, de vérifier les engagements des titulaires de permis et d’éclairer les décisions des pouvoirs publics.

Sans permettre, à elle seule, de conclure à une insuffisance de personnel qualifié, cette actualité illustre à  bien des égards, la place centrale de l’expertise dans la gouvernance des ressources naturelles. Le développement de compétences locales, notamment dans les domaines de la géologie, de l’ingénierie, du droit et de l’économie minière, peut ainsi contribuer au renforcement des capacités de contrôle et de négociation de l’État.

Cette orientation rejoint les principes de la Vision minière africaine, adoptée par les chefs d’État de l’Union africaine en 2009. Ce cadre continental promeut une exploitation transparente, équitable et optimale des ressources minérales, tout en insistant sur le développement des compétences locales, la recherche et la transformation des matières premières sur le continent.

Plus spécifiquement, le parcours de François Jr Oyabi, ancien étudiant gabonais de l’UM6P aujourd’hui actif à Libreville, constitue à cet égard une illustration du lien que l’université souhaite établir entre formation et insertion professionnelle. Son intervention a permis de présenter l’expérience d’un diplômé et d’éclairer les possibilités de mise en pratique des connaissances acquises dans le contexte gabonais.

Au-delà de la présentation de l’établissement et des parcours individuels, le webinaire a de facto ouvert une réflexion sur les conditions d’une coopération universitaire susceptible de répondre aux besoins des économies africaines. Les échanges avec le professeur Mostafa Benzaazoua et les équipes dirigeantes de l’UM6P ont également permis d’approfondir les enjeux scientifiques et industriels liés à la valorisation des minerais.

Dans la séquence dédiée aux questions/réponses, les professionnels des médias ont ainsi eu un dialogue direct avec les intervenants, d’une part; et débattu plus spécifiquement sur les perspectives de formation, des partenariats de recherche et des applications concrètes de l’expertise scientifique au Gabon, d’autre part.

Il faut dire que l’enjeu a été de déterminer comment les connaissances produites dans les universités africaines peuvent contribuer à une meilleure maîtrise des ressources naturelles, à la création de valeur ajoutée locale et à une gouvernance plus inclusive du secteur minier. Pour le cas du Gabon, la consolidation de cette souveraineté suppose donc de conjuguer recherche, formation, innovation industrielle et renforcement des institutions. Elle implique bien évidemment, que les compétences (féminines comme masculines) puissent accéder aux responsabilités où se définissent les orientations stratégiques de l’industrie minière.

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