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12 heures sans électricité, 12 heures de mépris : la SEEG condamne Libreville à l’obscurité

Par Stive Roméo Makanga

Il fallait bien une nouvelle démonstration de force. Dans la nuit du 5 février 2026, de 19 heures à 7 heures du matin, Libreville a été replongée dans son sport favori : l’obscurité prolongée. Plus de douze heures sans électricité. Douze heures d’exploit technique, de silence institutionnel et de résilience forcée. La SEEG, fidèle à elle-même, a encore frappé. Fort. Très fort. Trop fort.

Qu’on se rassure : ce n’est pas un accident, encore moins une surprise. Ce n’est pas non plus une première. Depuis le début de la Transition en août 2023, consécutive au renversement d’Ali Bongo, le Gabon semble avoir inauguré une nouvelle saison énergétique : celle de l’instabilité chronique, désormais presque historique, faite de coupures d’eau et d’électricité aussi imprévisibles que répétitives. À croire que l’obscurité est devenue une politique publique tacite.

Cette nuit-là, Libreville a donc vécu à l’ancienne. Très ancienne. Ventilateurs à l’arrêt, climatiseurs muets, téléphones agonisants, congélateurs en sueur. Et bien sûr, les moustiques, toujours ponctuels, toujours fidèles, qui ont profité de la situation pour rappeler qu’eux, au moins, ne subissent aucun délestage. La chaleur, elle, n’a pas été coupée. Les habitants ont transpiré, veillé, somnolé, pesté. Une mauvaise nuit, collective, imposée.

Mais l’inconfort domestique n’est que la partie visible de l’iceberg. Les entreprises, elles, ont encaissé le choc. Impossible de fonctionner normalement sans électricité. Ateliers à l’arrêt, commerces paralysés, pertes financières non compensées. Et que dire des cliniques ? Là où l’électricité n’est pas un luxe mais une nécessité vitale, patients et personnel ont vécu une nuit infernale. Générateurs poussés à bout, stress permanent, soins sous tension. Une situation indigne d’un pays qui prétend à la modernité. Ya que le Seigneur !

Tout cela pour quoi ? Mystère. Aucune communication préalable. Aucun message. Aucun avertissement. La SEEG a choisi la pédagogie par le noir. Une méthode éprouvée : on coupe d’abord, on explique éventuellement plus tard… ou jamais.

Il faut le dire sans détour : ce mode de gestion cause un préjudice lourd, répété et inacceptable aux populations. Il ne s’agit plus d’un simple dysfonctionnement technique, mais d’un mépris devenu structurel. À force de plonger les populations dans le noir, la SEEG finit par éclairer autre chose : son incapacité chronique à assurer un service public élémentaire, fiable et respectueux des usagers.

Car une question simple demeure, obstinément sans réponse : si la SEEG a le devoir d’informer les ménages en cas de coupure programmée, quand l’a-t-elle fait ?

La réponse est connue de tous.

Elle ne l’a pas fait.

Rideau. Noir complet.

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