Bénin/Coup d’Etat : le fantasme de l’ingérence et la réalité des faits
Par Stive Roméo Makanga
Il est devenu presque mécanique, en Afrique francophone, d’invoquer la main de la France dès qu’un événement politique majeur survient. Coup d’État, tentative avortée, crise sécuritaire : Paris est aussitôt convoqué au tribunal des soupçons. La tentative de putsch du 7 décembre au Bénin n’a pas échappé à cette règle pavlovienne. À en croire une partie des discours panafricanistes et souverainistes, la France aurait dépêché des soldats pour sauver le régime de Patrice Talon et combattre les mutins. Une affirmation péremptoire, souvent assénée avec aplomb, mais qui ne résiste pas à l’examen des faits.
Car les faits, précisément, racontent une histoire beaucoup plus banale (et beaucoup moins spectaculaire) que celle d’une intervention militaire clandestine. Oui, le président béninois a sollicité l’aide de la France. Oui, Paris a répondu. Mais non, aucun soldat français n’est venu tirer au Bénin, aucun commando n’a été engagé dans les rues de Cotonou ou dans les casernes du pays. La France n’a pas « intervenu » : elle a appuyé.
La nuance est essentielle, même si elle est devenue inaudible dans un débat public saturé de postures idéologiques. Selon une source officielle du ministère des Armées à Paris, l’appui français s’est limité à des capacités de surveillance, d’observation et de soutien logistique au profit des forces armées béninoises. Autrement dit : du renseignement, de l’analyse, de la coordination. Rien qui sorte du cadre classique de la coopération militaire entre États souverains, encore moins d’une opération de combat.
Mieux encore, cet appui s’est inscrit dans une logique régionale, en complément des efforts de la CEDEAO. Le Bénin a d’abord sollicité ses partenaires régionaux ; la France n’est intervenue qu’en soutien, sans déployer de renforts secondaires. Nous sommes loin du scénario d’une ancienne puissance coloniale dictant sa loi à une armée africaine prétendument sous tutelle.
Il faut aussi rappeler une évidence que certains feignent d’ignorer : la coopération militaire entre la France et le Bénin ne date ni du 7 décembre ni de la tentative de coup d’État. Elle repose sur une relation de confiance ancienne, structurée autour de la formation, de la cession d’équipements, du renforcement capacitaire et d’entraînements conjoints. Bref, un partenariat assumé, contractualisé, connu de tous, sauf, semble-t-il, de ceux qui préfèrent le soupçon à l’information.
Quant aux déclarations attribuées au chef de la garde républicaine béninoise, elles relèvent d’un autre registre : celui du secret militaire. Paris, logiquement, ne commente pas les activités de ses forces spéciales. La communication sur les appuis sollicités appartient aux autorités béninoises. Là encore, rien d’anormal, rien de scandaleux.
Le vrai sujet n’est donc pas l’intervention fantasmée de la France, mais la facilité avec laquelle une partie du débat africain transforme toute coopération en ingérence. À force de crier au complot, on finit par affaiblir les États que l’on prétend défendre. Le Bénin a fait face à une tentative de déstabilisation. Il a mobilisé ses partenaires, régionaux et internationaux, comme le ferait n’importe quel État responsable. Le reste n’est que littérature militante.
Et si la souveraineté consistait aussi à choisir librement ses alliés, sans avoir à se justifier devant le tribunal permanent de la suspicion idéologique ?



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