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Franc CFA et sous-développement : la leçon de rigueur économique du professeur Amath N’Diaye

Par Stive Roméo Makanga

En Afrique, peu de sujets économiques suscitent autant de passions que le franc CFA. Dans le débat public, cette monnaie est régulièrement présentée comme la cause première du sous-développement et du maintien de nombreux pays africains dans la catégorie des Pays les Moins Avancés (PMA). Une thèse séduisante par sa simplicité, mais largement démentie par les faits. C’est précisément ce que démontre, chiffres à l’appui, le professeur Amath N’Diaye, pour qui « le CFA n’est pas responsable des PMA en Afrique ».

L’argument central mérite d’être rappelé avec rigueur. Selon la liste officielle des Nations unies pour l’année 2024, l’Afrique compte 32 PMA. Or, parmi eux, seuls 10 pays appartiennent à la zone franc CFA, soit à peine 31,25 %. Mieux encore, si l’on tient compte de la sortie progressive du Sénégal du statut de PMA depuis 2024, ce chiffre tombe à 9 pays sur 31, soit environ 29 %. Autrement dit, plus de 70 % des PMA africains se situent hors de la zone CFA, disposent de leurs propres monnaies nationales et, pour la plupart, de régimes de change flexibles.

Ce simple constat statistique suffit à fissurer le procès intenté au franc CFA. Comme le souligne le professeur Amath N’Diaye, « le sous-développement n’est pas d’abord une question de régime monétaire ». Si tel était le cas, la majorité des PMA africains devrait logiquement se concentrer dans la zone CFA, ce qui est manifestement faux. Faire du franc CFA la cause principale du retard économique africain relève donc davantage de l’argument politique que de l’analyse économique sérieuse.

En réalité, les déterminants du statut de PMA sont connus et largement documentés. Le professeur N’Diaye les énumère sans détour : faible diversification productive, forte dépendance aux matières premières, insuffisance du capital humain, déficits d’infrastructures, vulnérabilité aux chocs climatiques et sécuritaires, sans oublier les maux endémiques que sont la mal gouvernance économique et la corruption. Ces facteurs structurels pèsent bien plus lourdement sur le développement que le choix d’un régime monétaire.

Pis encore, l’acharnement contre le franc CFA tend à occulter certains de ses effets stabilisateurs. Loin d’être un carcan absolu, il a contribué, selon plusieurs analyses, à une relative stabilité macroéconomique, notamment par des taux d’inflation parmi les plus bas du continent. Or, cette stabilité constitue une condition nécessaire (même si elle n’est pas suffisante) à tout processus de développement durable. L’exemple du Sénégal, engagé dans une trajectoire de sortie du statut de PMA tout en étant membre de la zone CFA, illustre que le cadre monétaire n’est pas un obstacle mécanique à la progression économique.

En définitive, comme le résume le professeur Amath N’Diaye, désigner le franc CFA comme responsable du sous-développement africain revient à céder à un slogan politique plutôt qu’à un diagnostic lucide. Le véritable défi africain est ailleurs : il est productif, structurel et institutionnel, bien plus que monétaire. Tant que ces questions de fond ne seront pas affrontées avec courage et constance, changer de monnaie (ou accuser celle qui existe) ne fera pas disparaître les PMA du paysage africain.

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