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Secteur pétrolier : l’ONEP brandit la menace d’un arrêt concerté de travail

Par Stive Roméo Makanga

Le climat social dans le secteur pétrolier gabonais se tend dangereusement. Par une correspondance officielle adressée aux directions générales et gérances de nombreuses compagnies pétrolières et de leurs prestataires, l’Organisation nationale des employés du pétrole (ONEP) a lancé un ultimatum clair : faute de satisfaction des revendications professionnelles au plus tard le 31 janvier 2026 à 23h59, un arrêt concerté de travail pourrait être déclenché.

Signée par le secrétaire général de l’ONEP, Sylvain Mayabi Binet, la lettre, référencée ONEP_BN_01/26_019, vise notamment des opérateurs majeurs du secteur tels que Perenco Oil & Gas Gabon, Assala Gabon, TotalEnergies EP Gabon, Maurel & Prom Gabon, Dixstone, BW Energy, ainsi qu’un large éventail de sociétés de services et de sous-traitance.

Dans son courrier, le syndicat majoritaire du secteur rappelle que la grève, telle que définie par l’article 379 du Code du travail, constitue une modalité légale de défense des droits professionnels, économiques et sociaux lorsque le dialogue social s’enlise. Or, selon l’ONEP, plusieurs préavis de grève ont été déposés depuis novembre 2023, sans qu’aucune réponse satisfaisante n’ait été apportée par les employeurs concernés.

Assala, Maurel & Prom, Perenco, Dixstone, TotalEnergies, Bourbon Offshore, Wartsila, LCS, SESI, BW Energy ou encore Soleo figurent parmi les entreprises ayant fait l’objet de préavis successifs, parfois spécifiques à leurs personnels respectifs, parfois étendus à leurs prestataires de services. Près de deux ans après les premiers avertissements, le syndicat dénonce un dialogue social dilatoire et un climat devenu « de plus en plus délétère ».

Les revendications portées par l’ONEP sont précises et, selon le syndicat, non négociables. Elles concernent en premier lieu les pratiques de mise à disposition du personnel jugées « frauduleuses et illégales » entre sociétés utilisatrices et prestataires de services.

Parmi les exigences majeures figurent :

– l’arrimage des salaires des travailleurs des prestataires sur les grilles salariales des sociétés utilisatrices, assorti du paiement rétroactif des sommes dues ;

– le basculement au sein des sociétés utilisatrices des travailleurs remplissant les conditions légales et réglementaires.

Pour les entreprises faisant l’objet de préavis spécifiques, notamment Perenco, BW Energy, Maurel & Prom, Bourbon Offshore, Wartsila, SESI, Soleo, LCS et Schlumberger MI Swacco, l’ONEP réclame la satisfaction intégrale des revendications contenues dans les préavis déjà déposés.

Service minimum et sécurité des installations

Consciente des enjeux stratégiques et sécuritaires du secteur, l’ONEP indique néanmoins se tenir prête à organiser le service minimum, conformément à l’article 385 du Code du travail. Celui-ci viserait le maintien de 40 % de l’activité, avec une priorité absolue accordée à la sécurisation des installations et des équipements, compte tenu de la dangerosité des opérations de forage, de work-over et d’enlèvement pétrolier.

Le syndicat rappelle par ailleurs que la responsabilité de la satisfaction des revendications incombe exclusivement aux employeurs, « nonobstant l’accompagnement de l’Administration ».

À Port-Gentil, capitale économique et cœur battant de l’industrie pétrolière gabonaise, ce nouvel ultimatum résonne comme un avertissement sérieux. À quelques jours de l’échéance fixée, l’éventualité d’un arrêt concerté de travail fait planer la menace d’une perturbation majeure de la production pétrolière nationale.

Reste à savoir si les entreprises concernées prendront « la mesure réelle de la situation », comme les y invite l’ONEP, ou si le bras de fer social engagé depuis près de deux ans débouchera sur l’un des mouvements sociaux les plus sensibles qu’ait connus le secteur pétrolier gabonais ces dernières années.

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