« Sauvons notre année ! » L’ultime réveil des salles de classe
Par Jimmy Mandoukou
L’appel a résonné dans l’enceinte du Lycée Public d’Alibandeng, vibrant et chargé d’une gravité qui n’exclut pas l’espoir. Ce vendredi, face aux enseignants et aux parents, la ministre d’État de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, a livré bien plus qu’un discours : un plaidoyer pour sauver l’année scolaire, adossé à des chiffres et porté par les mots du cœur. L’heure n’est plus au bilan, mais à l’action. Et l’avenir, insiste-t-elle, se construit maintenant, dans le retour des élèves et des professeurs.
Une vue des participants
Les avancées sont étalées, preuves à l’appui, pour tenter de refermer des semaines de crise. 3 280 postes budgétaires ouverts, 1 810 bénévoles intégrés, des centaines de titularisations en cours. « Nous sommes à près de 10% du budget national. C’est un signal fort », martèle la ministre, évoquant le travail « sans ménagement » des comités. Mais au-delà des statistiques, le ton se fait personnel, presque intime. S’adressant aux enseignants, elle reconnaît la légitimité de leur colère, mais les invite à « convaincre avec humilité ». Aux parents, elle lance un appel en tant que « maman » : « Il faut que les enfants viennent à l’école. Et les enseignants aussi. Aidez-nous. »
Une autre vue des participants
La transparence est érigée en rempart contre la défiance. « Le plus grand critère, c’est l’ancienneté. Celui qui a attendu 10 ans, 15 ans, 20 ans, 30 ans est prioritaire », insiste-t-elle, ordonnant la publication imminente des listes pour les 4 000 intégrations restantes. « Je ne veux pas voir quelqu’un qui est moins ancien. Il n’y a pas de parenté. Il n’y a pas de copinage. » Pour sceller la crédibilité des engagements, elle brandit le protocole d’accord signé. « Le gouvernement est lié par un acte. » Et une date, répétée comme un leitmotiv, s’ancre dans les esprits : le 25 février. Ligne d’arrivée et promesse.
En écho, Christian Louembet Onguelet, secrétaire général du ministère et coordonnateur du comité de suivi, détaille une mécanique déjà en marche. « À trois heures du matin, à quatre heures du matin, vous avez installé le comité technique », rappelle-t-il, décrivant une feuille de route méthodique : prise de contact, désignation des répondants, définition de la méthodologie. L’objectif est double : évaluer la reprise effective et régler les situations en suspens. « Les déclarations ont été faites », assure-t-il sur la suspension du mouvement, appelant maintenant à la mobilisation totale.
Sur le front pédagogique, le suivi se veut scientifique, presque médical. Le comité analyse des courbes de présence – ascendante, en dôme, horizontale, descendante – pour « déterminer les leçons à activer ». Mais le cœur de l’urgence bat ailleurs : « Combien d’agents publics d’éducation vont percevoir leur salaire dès la fin du mois de février ? » La réponse, promet-il, arrive avec une ventilation imminente des résultats.
Pourtant, sur le terrain, le constat reste en demi-teinte. Une reprise « timide mais progressive », surtout dans le primaire, mais un décalage persistant entre le retour des enseignants et celui des élèves. C’est ce dernier maillon, fragile et essentiel, que le ministère cherche désormais à ressouder. La ministre le sait, qui promet d’aller dans les établissements, cahier en main. « Je viendrai m’asseoir avec vous. J’ai compris, je vous ai écoutés. » Elle évoque jusqu’aux commandes de tables et de chaises, ces détails concrets qui transforment le quotidien.
Son plaidoyer culmine dans un message où la fermeté administrative le cède à une foi presque testamentaire : « Sauvons notre année. Nous sommes sur la dernière ligne qu’autorise l’UNESCO. Parfois à toute chose malheur est bon. La crise va nous permettre d’aller au fond des choses. Faites-nous confiance. »
La machine administrative affirme être huilée. Les acteurs sont identifiés, les protocoles signés, les courbes sous surveillance. Le compte à rebours est lancé. Reste l’ultime décision, la seule qui ne peut être décrétée mais doit être collective : faire le choix de l’école. L’appel est désormais entre les mains de la communauté tout entière. Les salles de classe attendent leur réveil.



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