Affaire foncière : Anna Claudine Ayo Assayi accuse Arsène Nkoghe d’outrepasser ses prérogatives et saisit le ministère de l’Intérieur
Par Joseph Moundruma
Dans une correspondance au ton ferme adressée, le 29 janvier dernier, au ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Docteur Anna Claudine Ayo Assayi, ancienne Vice-Présidente du Sénat de la Transition, tire la sonnette d’alarme sur ce qu’elle qualifie de pratiques administratives irrégulières. Au cœur de cette affaire figure un contentieux foncier portant sur des terrains appartenant à la succession de feue Ayo Adibet Marie Louise, dont elle revendique la propriété légitime.
Selon la lettre rendue publique, dont notre rédaction a obtenu copie, ces parcelles situées dans la commune de Libreville feraient l’objet de tentatives de déguerpissement initiées par le deuxième maire adjoint, Arsène Nkoghe. Or, affirme la plaignante, ces actions seraient menées sans décision administrative formelle, ni notification préalable aux ayants droit. Une situation qui, selon l’ancienne sénatrice, s’apparente à un « dépassement manifeste des prérogatives » municipales et, plus gravement encore, à une violation flagrante du droit de propriété.
Cette mise en cause intervient dans un contexte particulièrement sensible, où les questions foncières demeurent une source récurrente de tensions et de conflits au Gabon. À cet égard, la correspondance souligne non seulement la responsabilité directe des auteurs présumés de ces actes, mais également celle de toute autorité qui, par inertie ou silence, s’en rendrait complice. Ainsi, à l’heure où les plus hautes autorités, en tête desquelles le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema affichent la volonté de renforcer l’État de droit et de sécuriser les droits fonciers des citoyens, cet épisode vient jeter une lumière crue sur certaines pratiques de gouvernance locale.
Par ailleurs, le courrier adressé au ministre ne se limite pas à un simple constat. Il appelle, en effet, à une intervention urgente de l’autorité de tutelle. Parmi les requêtes formulées par la veuve Mavioga figurent notamment la suspension immédiate de toute mesure de déguerpissement, un rappel strict des limites légales des compétences municipales, ainsi que la garantie du respect scrupuleux des procédures et des droits des ayants droit.
En outre, Docteur Anna Claudine Ayo Assayi prévient que, faute de réponse ou d’action concrète, elle se réserve le droit de saisir toutes les juridictions compétentes afin de faire valoir ses droits. Un bras de fer judiciaire se profile donc à l’horizon. Toute chose qui illustre une fois de plus combien la question foncière demeure un enjeu central, à la croisée de l’héritage familial, du pouvoir local et de la justice.
En définitive, cette affaire, située à l’interface des intérêts privés et des responsabilités publiques, interroge la capacité des institutions gabonaises à réguler équitablement les questions foncières tout en respectant les principes fondamentaux de l’État de droit. Désormais saisi, le ministre de l’Intérieur devra arbitrer entre la légitimité revendiquée des propriétaires et des pratiques municipales de plus en plus contestées. Un dossier sensible, à suivre de très près.



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