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Affaire foncière : la mairie de Libreville répond aux accusations d’Anna Claudine Ayo Assayi

Par Stive Roméo Makanga

À la suite de l’article publié par notre Rédaction, Kongossa News, mettant en cause l’action de la mairie centrale de Libreville dans un contentieux foncier opposant l’ancienne vice-présidente du Sénat de la Transition, Docteur Anna Claudine Ayo Assayi, à l’autorité municipale, l’Hôtel de Ville a tenu à livrer sa version des faits. Une mise au point qui éclaire, au-delà du cas particulier, les fragilités impénitentes de la gouvernance foncière au Gabon.

Dans notre précédente publication, laquelle se fondait sur une correspondance obtenue par nos soins, Anna Claudine Ayo Assayi accusait le deuxième maire adjoint de Libreville, Arsène Nkoghe, d’avoir outrepassé ses prérogatives en engageant des opérations de déguerpissement qu’elle jugeait illégales. Estimant être victime de « pratiques administratives irrégulières », l’ancienne sénatrice avait saisi officiellement le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Adrien Nguema Mba, afin qu’il intervienne dans ce différend foncier portant sur des terrains relevant, selon elle, de la succession de feue Ayo Adibet Marie Louise.

Une vue de la parcelle susmentionnée 

Selon la correspondance rendue publique, dont Kongossa News a obtenu copie, ces parcelles situées dans la commune de Libreville feraient l’objet de tentatives de déguerpissement initiées sans décision administrative formelle ni notification préalable aux ayants droit. Pour la plaignante, il s’agirait d’un « dépassement manifeste des prérogatives municipales », constitutif d’une violation du droit de propriété.

Pour la Mairie centrale, cette zone est à démolir 

Face à ces accusations, la mairie centrale de Libreville oppose une lecture strictement juridique du dossier. Selon ses services, la parcelle revendiquée par Anna Claudine Ayo Assayi est identifiée sous le numéro 728, pour une superficie de 235 m². Une demande de régularisation aurait bien été introduite le 15 septembre 2005. Toutefois, vingt ans plus tard, aucun titre foncier n’a jamais été établi.

Vue des marqueurs de la Mairie, avant démolition 

La raison invoquée est déterminante : la parcelle concernée serait située sur un bassin versant, une zone classée non constructible. « La mairie ne peut délivrer un document pour cette parcelle », affirme l’administration municipale, en rappelant un principe fondamental du droit foncier : « Une demande ne confère aucun droit de propriété ». Et de conclure sans détour : « Si Madame Anna Claudine Ayo Assayi dispose d’un document prouvant que ce terrain lui appartient, qu’elle le présente ».

Vue d’un autre marqueur de la Mairie 

Dans cette logique, la mairie affirme avoir sommé les occupants de quitter les lieux dès le 30 juin 2025, une date antérieure à la prise de fonction d’Arsène Nkoghe, intervenue plutôt le 17 novembre 2025. « Il ne faut pas personnaliser le débat. Il y a la continuité du service », précise l’institution, qui dit avoir mis en oeuvre cette perspective non par arbitraire politique, mais en raison du caractère accidentogène de la zone. L’autorité municipale rappelle, par ailleurs, que l’actuel ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, avait lui-même engagé des actions similaires lorsqu’il occupait les fonctions de maire central durant la Transition. « Madame Ayo a saisi le ministre, c’est son droit. Mais le ministre connaît parfaitement ce dossier », glisse la mairie.

Ferme sur sa position, l’Hôtel de Ville soutient que tant qu’aucun document légal n’est produit, l’opération de déguerpissement se poursuivra. Elle affirme, sans ambiguïté, que l’ancienne sénatrice ne dispose à ce jour d’aucun titre foncier valide.

Au fond, cette affaire illustre à bien des égards, une tension classique mais tenace : celle qui oppose la légitimité ressentie à la légalité établie. Dans un État en quête de refondation institutionnelle, la question foncière reste un révélateur impitoyable des ambiguïtés administratives, des retards de régularisation et de la difficulté à faire prévaloir le droit sur l’émotion politique. À Libreville comme ailleurs, l’État de droit ne se décrète pas : il s’éprouve, dossier après dossier, dans la rigueur des règles et l’égalité de leur application.

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