Grève des enseignants : la Présidence de la République au cœur du dossier Marcel Libama
Par Stive Roméo Makanga
Depuis le début de l’année 2026, le système éducatif gabonais est profondément perturbé par une grève des enseignants menée par le collectif S.O.S Éducation. À l’origine de ce mouvement social, des revendications liées aux régularisations administratives, aux situations salariales précaires et au non-respect de plusieurs engagements antérieurs des autorités. Malgré les annonces gouvernementales, notamment sur des régularisations partielles, le dialogue reste fragile et la tension palpable dans le secteur.
C’est dans ce contexte social déjà électrique que s’est tenue, samedi 31 janvier 2026, une assemblée générale de S.O.S Éducation, au cours de laquelle Marcel Libama, figure bien connue du mouvement syndical gabonais, est longuement revenu sur les conditions de son interpellation et de sa détention, survenues quelques jours plus tôt.
Devant une assistance attentive, Marcel Libama a expliqué avoir été interpellé à l’aéroport international de Libreville, alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Port-Gentil, dans la province de l’Ogooué-Maritime. Son objectif, selon ses propres déclarations, était clair : apporter son soutien aux enseignants grévistes de cette partie du pays, également mobilisés dans le cadre du mouvement national.
Selon son témoignage, l’interpellation a été menée par des agents de la Direction générale des recherches (DGR). Marcel Libama affirme avoir été informé, sans ambiguïté, qu’il était conduit dans les locaux de cette structure sécuritaire. Or, contre toute attente, le syndicaliste raconte avoir été acheminé vers la Présidence de la République.
Une situation pour le moins déroutante, qui soulève de sérieuses interrogations. Cette confusion volontaire ou assumée des lieux et des procédures interroge sur le respect des règles élémentaires de l’État de droit. Conduire un citoyen interpellé sous prétexte d’une audition à la DGR pour finalement l’emmener à la Présidence de la République pose un problème institutionnel majeur, tant sur le plan juridique que symbolique. Une telle pratique brouille dangereusement la frontière entre pouvoir politique et appareils sécuritaires, au risque d’alimenter les soupçons d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques.
Marcel Libama a poursuivi son récit en indiquant qu’après ce passage à la Présidence, il avait finalement été conduit à la DGR, conformément à ce qui lui avait été annoncé initialement. Mais là encore, une scène inattendue l’attendait. À son arrivée, a-t-il relaté, des journalistes étaient déjà présents, caméras allumées, manifestement informés à l’avance.
Face à cette situation, le responsable syndical dit avoir fait le choix de refuser toute déclaration à la presse. Une décision qu’il justifie par la crainte de voir ses propos déformés ou instrumentalisés dans un contexte qu’il estime manifestement orienté. « Je ne voulais pas que mes paroles soient tordues dans les médias », a-t-il expliqué devant les enseignants réunis en assemblée générale.
C’est alors, selon son témoignage, que les événements ont pris une tournure plus grave. « Comme j’avais refusé de parler à la presse, ils m’ont déshabillé et jeté en cellule en slip », a-t-il déclaré, suscitant une vive émotion dans l’assistance. Un récit qui, s’il était avéré, soulèverait de lourdes questions sur les conditions de détention, le respect de la dignité humaine et les méthodes employées à l’encontre d’un acteur syndical engagé dans un mouvement social.
En ramenant publiquement ces faits à la connaissance de la base enseignante, Marcel Libama inscrit son interpellation dans une lecture plus large : celle d’un climat de crispation autour des mouvements sociaux, où la contestation syndicale semble de plus en plus perçue comme une menace à contenir plutôt qu’un signal d’alerte à entendre.
Dans un contexte où la restauration de l’autorité de l’État est régulièrement invoquée, ces révélations interrogent sur la cohérence entre le discours officiel et les pratiques sur le terrain. Plus que jamais, la gestion de la crise éducative et du dialogue social apparaît comme un test majeur pour l’État gabonais, tant sur le plan démocratique qu’institutionnel.


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