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Classement minier africain : le Gabon sanctionné par l’instabilité de ses choix économiques

Par Stive Roméo Makanga

Dans un contexte où la compétition mondiale pour attirer les investissements dans les ressources naturelles s’intensifie, le Gabon se retrouve relégué dans le dernier quart des pays africains évalués pour leur attractivité minière, selon le dernier classement de Jeune Afrique. Cette rétrogradation soulève un questionnement profond sur la stratégie adoptée par les autorités gabonaises au cours des deux dernières années, notamment en matière de cadre réglementaire, de gouvernance et de pilotage des projets structurants.

Le classement, qui porte sur 25 États du continent, place le Gabon au 22e rang, un résultat qui interpelle tant les acteurs économiques que les observateurs politiques. Les critères d’évaluation incluent le potentiel géologique des pays, le cadre institutionnel, le régime fiscal applicable, l’accès à l’énergie, la qualité des infrastructures ainsi que le risque pays perçu par les investisseurs. Sur ces variables, le Gabon semble aujourd’hui pénalisé, malgré un sous-sol riche en gisements de manganèse, de fer, d’or et de terres rares.

Souveraineté économique : une logique séduisante mais coûteuse en confiance

La tutelle du portefeuille des Mines, précédemment assurée par Gilles Nembé, a inscrit sa politique dans une ambition affichée de souveraineté économique. L’objectif est de permettre à l’État de capter une part plus substantielle de la valeur générée par l’exploitation des ressources. Sur le papier, cette orientation est en phase avec les aspirations de nombreux pays miniers en Afrique, soucieux de ne plus se contenter d’un rôle de simple pourvoyeur de matières premières.

Cependant, plusieurs décisions ont été perçues comme abruptes et insuffisamment concertées avec les partenaires industriels, générant une incertitude réglementaire jugée défavorable aux investissements. Dans un secteur où les projets se conçoivent et se financent sur des horizons longs, la stabilité des règles est aussi importante que le potentiel géologique. L’incertitude peut ainsi agir comme une taxe invisible, renchérissant le coût du capital et ralentissant les décisions d’engagement.

Le régime des “substances souveraines”, entre souveraineté et désarroi

L’un des points les plus discutés est l’introduction du régime des substances souveraines, qui prévoit une participation obligatoire de l’État à hauteur de 35 % dans les projets miniers, libre de toute charge et non diluable. Si cette mesure vise à renforcer la présence de l’État dans l’exploitation des ressources stratégiques, elle s’ajoute à une charge fiscale déjà considérée comme élevée par une partie des investisseurs, mettant en péril la compétitivité des projets.

Or, dans un secteur où la rentabilité nette est scrutée à la loupe par les partenaires financiers, toute modification rapide des paramètres contractuels incite à une réévaluation du risque pays. Cela peut conduire à une réduction de l’appétit pour le financement ou à des conditions plus strictes, contribuant à la détérioration de l’attractivité du pays.

Des projets emblématiques, mais peu de réalisations concrètes

Deux projets souvent cités comme symboles du potentiel minier gabonais (Baniaka et Belinga) sont également au cœur des critiques. Leur retard, l’absence d’arbitrages clairs et le manque de visibilité sur leur calendrier d’exécution tiennent de plus en plus lieu de griefs, même si ces projets demeurent prometteurs sur le plan des ressources naturelles.

À côté de ces projets, la filière du manganèse (longtemps le fer de lance du secteur) a montré des signes paradoxaux. Malgré un placement du Gabon parmi les principaux détenteurs mondiaux de réserves de manganèse et l’existence de plus de 900 indices miniers recensés dans le pays, la transformation locale et la valorisation de cette ressource restent en deçà des attentes.

L’annonce de l’interdiction d’exportation du manganèse brut à partir de janvier 2029 illustre également ce dilemme : si la valorisation locale est indispensable pour créer des emplois et accroître la valeur ajoutée, son succès dépendra de la capacité du Gabon à assurer un accès compétitif à l’énergie et à renforcer ses infrastructures.

Un défi pour la nouvelle équipe ministérielle

Avec ce classement peu flatteur, l’actuel ministre des Mines hérite d’un chantier majeur : restaurer la confiance des investisseurs, clarifier les paramètres économiques du secteur et remettre en mouvement les projets dits « vitrine ». Dans une Afrique où plusieurs pays rivalisent pour attirer des capitaux miniers, la stabilité des règles et la lisibilité de la stratégie nationale apparaissent comme des impératifs.

Au-delà du potentiel, la crédibilité en jeu

Le Gabon possède indéniablement un potentiel minier important, mais aujourd’hui, ce n’est plus seulement la richesse des sous-sols qui fait la différence. Ce sont la qualité de la gouvernance, la prévisibilité juridique et la capacité d’exécution qui conditionnent l’aptitude d’un pays à séduire les investisseurs. Dans cette compétition mondiale, le Gabon se doit de redéfinir son approche si l’on veut qu’il ne soit plus relégué en fin de tableau.

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