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Justice, élections et liberté critique : Arsène Édouard Nkoghe sali par les « mécréants »

Par Stive Roméo Makanga

À l’heure où le Gabon s’engage dans les promesses d’une Vᵉ République refondée, le procès annoncé du 19 février devant le Tribunal de première instance de Libreville ne saurait être réduit à un fait divers judiciaire. Il engage bien davantage : l’équilibre entre l’autorité de la justice et la liberté de critique citoyenne, la rigueur de l’État de droit et la tentation de l’intimidation pénale. Au cœur de cette équation, Arsène Édouard Nkoghé Nzé, deuxième adjoint au maire de Libreville, cible d’une narration médiatique qui confond trop souvent accusation et vérité.

Depuis plusieurs jours, certains organes de presse ont opté pour une lecture univoque du dossier, orientée, parfois tendancieuse, où l’issue paraît écrite avant même l’audience. Une justice commentée avant d’être rendue : voilà le vrai scandale. Car l’État de droit ne se nourrit ni d’anathèmes ni de procès médiatiques ; il exige la pesée des faits, la précision des qualifications et l’impartialité des juges, et des commentateurs.

Où commence, où s’arrête l’outrage à magistrat ?

La question n’est ni rhétorique ni accessoire. L’outrage, dans notre droit, protège l’institution judiciaire lorsqu’elle est attaquée dans l’exercice de ses fonctions. Encore faut-il établir sans ambiguïté que ces fonctions étaient effectivement exercées au moment des faits. Or, dans le cas d’espèce, le président de la commission électorale du 5ᵉ arrondissement, désigné par la CNOCER, agissait-il comme magistrat ou comme citoyen investi d’une mission électorale circonstancielle, au milieu de tensions post-scrutin notoirement explosives ? La frontière est décisive. Elle fonde la qualification pénale et conditionne l’équité du jugement.

À cela s’ajoute une exigence démocratique élémentaire : l’exemplarité des acteurs électoraux. Un président de commission doit être impartial, honnête, non corruptible. Cette exigence n’est pas une option morale, mais le socle de la confiance publique. Interroger des soupçons, dénoncer des pratiques, même avec vigueur, relève de la critique politique (parfois rugueuse) et non automatiquement de l’outrage pénal. À moins de considérer qu’un magistrat, hors de son lieu et de son cadre de travail, serait placé dans une immunité de fait face à toute interpellation citoyenne. Ce serait une dangereuse dérive.

Les comparaisons évoquées par la défense ne sont pas anodines : si un magistrat subissait une humiliation dans sa sphère privée, faudrait-il y voir un outrage « dans l’exercice des fonctions » ? Évidemment non. Pourquoi, dès lors, étendre indûment cette protection à des situations hybrides, où la fonction judiciaire se mêle à une mission électorale et à une scène publique sous haute tension ?

Le procès du 19 février ne doit pas être celui d’un homme livré à la vindicte, mais celui des faits, des preuves et des responsabilités, pour chaque partie. Il promet des rebondissements, car chacun annoncera ses éléments. Tant mieux. C’est ainsi que la justice se rend : contradictoire, sobre, indépendante.

Dans une démocratie adulte, la justice n’est forte que lorsqu’elle accepte d’être questionnée (sans être humiliée) et que la presse éclaire sans condamner. Le reste n’est que bruit. Et le bruit, en République, n’a jamais fait une vérité.

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