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Gouvernance et éthique universitaire au Gabon : la recherche scientifique brise l’omerta sur les dérives académiques

Par Jimmy Mandoukou

Dans les couloirs des établissements publics d’enseignement supérieur du Gabon, entre la massification galopante des effectifs, le sous-financement chronique et des calendriers académiques qui s’étirent de manière irrationnelle sur près de deux ans, la question de la gestion réelle des institutions est longtemps restée confinée aux murmures et aux spéculations. Aujourd’hui, une étude scientifique sans précédent vient apporter un éclairage factuel et rigoureux sur ces enjeux cruciaux. 

Portée par le Dr Guy Roger Mombo, cette recherche doctorale intitulée Gouvernance universitaire et éthique au Gabon : le rôle des mécanismes de contrôle interne s’inscrit dans l’histoire académique nationale comme la toute première thèse à traiter spécifiquement de la gouvernance universitaire sous le prisme de l’éthique au Gabon. Menée au sein des trois plus grands établissements publics du pays, l’Université Omar Bongo (UOB), l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM) et l’Université des Sciences de la Santé (USS), cette enquête d’envergure a mobilisé des entretiens approfondis avec une trentaine de hauts responsables et recueilli les données de plus de trois cents universitaires, administratifs et étudiants.

Une vue de l’assistance 

La conduite de ces travaux d’une haute exigence méthodologique a été placée sous la direction académique du Docteur MINTSA ONDO Pach Patrice, HDR – Maître-Assistant (UNILIS-CIREP), en qualité de Directeur de thèse, et du Docteur ANGO NGUEMA Pierre Gaëtan, HDR, Maître-Assistant à l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM-Gabon), en qualité de Codirecteur. Ensemble, ils ont structuré une démarche scientifique permettant de dépasser les simples jugements d’imprécision pour appréhender scientifiquement les failles managériales et administratives du système.

Une autre vue de l’assistance 

Analisant la complexité de cette récolte de données sensibles, le codirecteur de thèse, le Docteur ANGO NGUEMA Pierre Gaëtan, HDR, Maître-Assistant (USTM-Gabon), explique la manière dont les outils statistiques, notamment l’analyse en composantes principales, ont permis de faire émerger les dérives invisibles à l’œil nu : « À partir d’un certain taux de corrélation très élevé, cela devient pour nous un facteur explicatif. On peut ainsi détecter des comportements individuels où la personne en vient, par la confusion dans le temps, à assimiler son poste à un patrimoine personnel ». Il rappelle en outre que l’université doit jouer son rôle naturel de conseil auprès des autorités nationales en rendant compte de l’utilisation des deniers publics : « Dès lors que l’État subventionne les universités, l’université est un conseil de l’État… Le chercheur découvre le problème, mais la décision d’engager une action appartient à l’État en fonction de sa stratégie ».

Le conférencier lors de ses démonstrations

Positionnant le travail du chercheur face au pouvoir politique, le directeur de thèse, le Docteur MINTSA ONDO Pach Patrice, HDR – Maître-Assistant (UNILIS-CIREP), insiste sur la frontière éthique qui sépare l’analyse scientifique de la décision administrative : « Le chercheur cherche, trouve et éprouve. Lorsqu’il a constaté qu’il y a un problème, il développe le sujet et la problématique pour le présenter aux gouvernants. Son travail s’arrête là ; l’appréciation et la décision d’agir relèvent ensuite de l’autorité politique ». Dans le contexte de la 5ᵉ République guidée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, où le changement de mentalité est érigé en priorité nationale, il souligne la portée rafraîchissante de cette étude : « C’est un travail courageux d’un jeune Gabonais qui ose mettre le doigt là où ça fait mal pour remettre l’éthique au cœur du mode décisionnel ».

Le diagnostic est appuyé avec une grande fermeté par le Professeur Oumar, qui pointe du doigt la corruption, le manque d’intégrité scientifique et l’absence d’obligation de reddition de comptes concernant l’usage des frais d’inscription et des subventions publiques. L’universitaire plaide pour une transparence financière exemplaire : « Il fallait que nos responsables universitaires soient capables de passer devant une commission de l’Assemblée nationale pour dire : voici l’argent des contribuables qu’on a pris, voici ce que l’on a fait, voici les projets qu’on a réalisés ». Déplorant les calendriers académiques désorganisés où « certaines années se font à cheval sur près de deux ans », le Professeur Oumar rappelle avec insistance la responsabilité morale des enseignants-chercheurs envers la collectivité : « Si vous avez une thèse et que vous ne l’utilisez pas pour résoudre un problème dans la société, ça ne sert à rien ».

Face à ce constat, l’auteur de la thèse, le Dr Guy Roger Mombo, met en garde contre l’impunité ambiante et préconise un rééquilibrage immédiat entre formation aux procédures et sanctions disciplinaires : « Il y a des règles qui existent, on les connaît, mais on n’arrive pas à bien les appliquer… Dans nos pays en général, on ne sanctionne pas assez, et les gens font ce qu’ils veulent malheureusement ». Loin de toute démarche stérile, le chercheur tend la main aux autorités de tutelle pour bâtir un cadre institutionnel assaini : « Ce qu’on propose à nos gouvernants et décideurs, c’est de s’asseoir et de regarder dans le fond les problèmes qui existent aujourd’hui sur l’éthique et sur le contrôle interne, et voir comment ensemble on peut améliorer l’existant ». Une invitation lucide et patriotique à réinventer l’université gabonaise pour en faire un véritable moteur de progrès éthique, social et scientifique.

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