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Gabon/Établissement précipité de la Carte de presse : que cache réellement Germain Biahodjow

Par Stive Roméo Makanga 

La reprise de la délivrance de la carte de presse, annoncée par le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, fait déjà polémique. Entre délais jugés trop courts, exigences administratives et respect du Code de la communication de 2016, la méthode retenue par l’administration est au cœur des critiques.

Pourtant, le retour de la carte de presse aurait pu constituer une avancée majeure pour les professionnels des médias gabonais. Mais les modalités annoncées pour la prochaine session d’attribution soulèvent (à raison) des inquiétudes au sein de la corporation. En cause : un calendrier particulièrement serré et des exigences administratives dont la rigidité risque, si l’on s’en tient aux critiques formulées, de compliquer l’accès à ce document pour une bonne frange de journalistes.

C’est ici le lieu de s’interroger. Pourquoi l’administration de Germain Biahodjow n’a-t-il fixé que 5 jours pour constituer les dossiers? Pourquoi n’avoir pas donné un minimum de deux semaines aux professionnels des médias, temps relativement abordable, pour rassembler la paperasse nécessaire ? Qu’est-ce qui urge? Y-a-t-il une entourloupe au bout de cette procédure expéditive ? L’acquisition de la nouvelle carte de presse est-elle liée à l’attribution de la prochaine subvention ? Autant de questions qui turlupinent plus d’un journaliste aujourd’hui.

Dans son communiqué, la Direction générale de la Communication a fixé la session au 26 octobre 2026, avec une période de dépôt des dossiers allant du 19 au 23 octobre. Les candidats ne disposent donc que de cinq jours pour réunir les pièces exigées et les transmettre à l’administration. Est-ce réaliste ? Pas du tout. Mais alors, pourquoi cette précipitation ?

Sur le papier, la procédure paraît simple. Mais sur le terrain, les contraintes sont multiples et multiformes. Établissement du casier judiciaire exigé par l’administration du membre du gouvernement, légalisation du casier judiciaire et homologation des diplômes pour certains confrères, des procédures qui peuvent tirer sur des semaines entières.

À cela s’ajoutent les contraintes liées au déplacement jusqu’à Libreville, où les dossiers doivent être déposés, par des journalistes exerçant à l’intérieur du pays. Germain Biahodjow a-t-il pensé au réseau routier, aux contraintes des compagnies de transport ? Pas si sûr.

Le ministre de la Communication sait-il combien de temps un journaliste exerçant dans le Haut-Ogooué pourrait mettre pour arriver à Libreville? À l’évidence, il n’en sait strictement rien.

Et comme l’ont fait constater nos confrères de Gabon Élite Magazine dans leur publication de la veille, la situation pourrait être encore plus délicate pour les journalistes pigistes, qui travaillent souvent sans secrétariat administratif, mais également pour ceux ayant effectué leurs études à l’étranger, notamment à Dakar ou à Paris. Dans ces conditions, le délai accordé est  impossible à tenir pour certains candidats à la carte de presse.

Disons les choses sans langues de bois ni atermoiements. Le communiqué de Germain Biahodjow cache un objectif inavoué car si tant est que le principal leitmotiv est de remettre au goût du jour la carte de presse, il aurait fallu donner du temps aux journalistes.

Le Code de la communication de 2016 au centre du débat

Au-delà des délais, c’est la base juridique de la procédure qui suscite des interrogations. S’agissant de la carte de presse, le Gabon dispose déjà d’un cadre légal encadrant le secteur des médias, notamment à travers le Code de la communication de 2016.

Élaboré avec la participation des institutions compétentes et d’acteurs de la profession, ce texte définit le cadre d’exercice des activités de communication et les conditions liées au statut des professionnels des médias. Il constitue donc, à ce titre, une référence incontournable dans toute démarche visant à organiser ou à réformer l’accès à la profession journalistique.

C’est pourquoi, les critiques adressées face à la nouvelle procédure portent sur une question essentielle : dans quelle mesure les exigences annoncées s’articulent-elles avec les dispositions du Code de la communication en vigueur ?  Germain Biahodjow et les siens doivent préciser les fondements juridiques des pièces réclamées, ainsi que les modalités permettant de tenir compte des différents parcours professionnels.

L’enjeu est d’autant plus important que tous les journalistes ne suivent pas nécessairement le même itinéraire. Si la formation académique représente un élément essentiel de la qualification professionnelle, la question des voies d’accès au métier mérite également d’être clarifiée à la lumière des textes applicables. Une procédure administrative ne devrait pas laisser subsister de zones d’incertitude sur les profils susceptibles d’obtenir la carte de presse.

Au regard de la controverse née de la diffusion du communiqué querellé, les modalités pratiques et juridiques mises en place par l’administration Germain Biahodjow devraient tout naturellement sauter.

La réforme de la carte de presse touche directement aux conditions d’exercice du journalisme. À ce titre, elle ne saurait être envisagée comme une simple formalité administrative. Elle suppose un dialogue avec les organisations professionnelles, les responsables des entreprises de presse et les autres acteurs concernés. Il ne s’agit pas d’une décision que l’on prend seul dans son bureau.

Or, la concentration des démarches sur une période de cinq jours, avec un dépôt des dossiers dans un bureau déterminé à Libreville, donne le sentiment d’une procédure élaborée sans concertation suffisamment visible avec les acteurs de terrain. Une telle impression pourrait être dissipée par une communication plus précise sur les critères retenus, les textes de référence et les possibilités offertes aux candidats confrontés à des difficultés administratives.

L’administration gagnerait également à expliquer comment elle entend traiter les dossiers des journalistes exerçant dans les localités éloignées de la capitale, ceux travaillant comme pigistes et ceux dont les diplômes ont été obtenus à l’étranger. Des délais adaptés, des modalités de dépôt plus accessibles et une clarification des critères pourraient contribuer à rendre la procédure plus équitable.

Il importe donc de retenir que le retour de la carte de presse constitue une occasion de renforcer la crédibilité et l’organisation de la profession au Gabon. Mais cette ambition ne pourra être pleinement atteinte si les modalités d’attribution deviennent elles-mêmes une source d’exclusion ou d’incompréhension.

La question n’est donc pas de contester le principe d’un encadrement professionnel, mais de veiller à ce que celui-ci repose sur des règles claires, juridiquement fondées et adaptées aux réalités du métier. La carte de presse doit être un instrument de reconnaissance et de structuration de la profession, non une épreuve administrative dont certains journalistes pourraient sortir écartés faute de temps ou de moyens.

La balle est désormais dans le camp du ministère de la Communication, qui devrait clarifier sa démarche et ouvrir le dialogue avec les organisations représentatives de la presse. Car une réforme durable ne se décrète pas uniquement derrière la porte d’un bureau administratif : elle se construit aussi avec celles et ceux qu’elle est censée encadrer.

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