GABON : L’ONEP exige transparence et sécurité renforcée après l’accident majeur du Rig Prospector 5
Par Stive Roméo Makanga
Le secteur pétrolier gabonais est à nouveau secoué par un drame industriel d’envergure. À la suite de l’effondrement du Rig de forage Prospector 5, survenu sur le permis Dussafu Marin opéré par BW Energy et impliquant le partenaire Borr Drilling, l’Organisation Nationale des Employés du Pétrole (ONEP) est sortie de son silence. Par la voix de son Secrétaire Général Sylvain Mayabi Binet, le puissant syndicat sectoriel lance un appel à la solidarité, réclame une transparence totale et exige une refonte de la sécurité des travailleurs.
Le bilan humain communiqué par l’ONEP fait état de 110 personnes évacuées sur les 115 présentes à bord au moment de la tragédie. Cependant, cinq personnes demeurent portées disparues : trois ressortissants gabonais, un Croate et un Indien. Selon des témoignages recueillis sur place, ce dernier aurait fait une chute en hauteur mortelle lors de l’effondrement de la structure.
Le syndicat a précisé que les trois Gabonais disparus sont des membres actifs de l’ONEP. Précédemment sous contrat précaire en tant que prestataires, ils avaient été intégrés en CDI chez Borr Drilling en mars 2024 aux côtés d’une centaine de collègues, une victoire obtenue à l’époque par l’organisation pour l’application de la législation sur la mise à disposition de personnel.
Tout en saluant les opérations de sauvetage et la mobilisation des autorités pour localiser les disparus, l’ONEP insiste : « Aucun impératif économique ou opérationnel ne saurait prévaloir sur la vie, la santé et la sécurité des travailleurs ».
Les exigences de l’ONEP face aux mesures gouvernementales
L’organisation syndicale soutient les premières directives prises par le Ministre du Pétrole et du Gaz, mais formule des exigences claires pour garantir le sérieux des procédures :
• Cellule de crise : L’ONEP demande à y être intégrée afin de respecter le principe de tripartisme (Gouvernement-Employeurs-Travailleurs) prôné par l’Organisation Internationale du Travail (OIT).
• Enquête technique : Le syndicat exige que les conclusions de l’enquête visant à déterminer les causes et les responsabilités soient rendues publiques, conformément aux engagements du Chef de l’État.
• Prise en charge : Un suivi médical et psychologique strict est demandé pour les rescapés, parallèlement à un accompagnement pour les familles touchées.
Le spectre de l’explosion de Bécuna ravivé
Face à la recrudescence d’accidents industriels majeurs dans le secteur, l’ONEP pointe du doigt un manque structurel de suivi réglementaire. Elle réclame un réexamen complet des dispositifs de prévention sur les installations offshore et onshore, une revalorisation du pouvoir de contrôle des Inspecteurs du Travail, et un renforcement des compétences de la Direction Générale des Hydrocarbures.
Ce nouveau drame réveille également de douloureux souvenirs. Le syndicat a formellement interpellé le Gouvernement pour que la lumière soit enfin faite sur l’explosion de la plateforme Bécuna (Perenco), survenue le 20 mars 2024, qui avait coûté la vie à six travailleurs. Plus de deux ans après, l’ONEP exige la publication des conclusions des enquêtes administratives, techniques et judiciaires de ce précédent drame, tout en estimant que la sécurité au travail est un droit fondamental non négociable.



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