À 60 ans, la Sobraga fait le pari de la bière propre
Par Jimmy Mandoukou
La Société des Boissons Rafraîchissantes du Gabon (SOBRAGA) a ouvert ses portes vendredi pour ses six décennies d’existence. Derrière les cuves d’inox et l’odeur du houblon, une usine dans l’usine : celle qui transforme les déchets en ressources et rend au fleuve une eau plus pure que celle qu’elle y puise.
Il y a des anniversaires qui se célèbrent au champagne. Celui de la Sobraga, lui, s’est fêté à l’eau — ou plutôt à ce qu’elle en fait. Vendredi, pour ses 60 ans, la doyenne des brasseries gabonaises a levé le voile sur ce que ses dirigeants appellent, non sans fierté, leur « usine invisible » : une station d’épuration d’eau dernier cri, nichée au cœur du site industriel, loin des regards et des caméras habituelles.
Le dispositif tient presque du prodige. Deux étages, deux régimes. Dans un premier bassin plongé dans l’obscurité, des bactéries anaérobies s’attaquent à la matière organique sans une bouffée d’oxygène, pendant une heure. Puis l’eau monte d’un cran — littéralement — vers l’étage aérobique, inauguré en 2023, où elle s’oxygène pendant six heures avant d’être rendue au réseau municipal. Le résultat dépasse l’objectif initial.
“Nous rendons au réseau municipal une eau qui ne craint plus rien, ni pour l’homme, ni pour le fleuve.”
— Un ingénieur de la station d’épuration, lors de la visite guidée
Pour appuyer le propos, l’ingénieur désignait les bassins de relevage où repose, inerte et assagi, du sable inférieur au millimètre — séparé des huiles capturées en amont. Un ballet minéral, silencieux, qui dit mieux que n’importe quel discours jusqu’où la brasserie entend pousser son exigence environnementale.
Mais la Sobraga ne s’est pas contentée d’exposer ses bassins. L’autre surprise de la journée attendait dans l’atelier voisin, où des granulés de résine pétrolière importés sortent de fournaises pour se muer en petites fioles translucides. 500 000 bouteilles de petit format par jour, 300 000 en grand. Du plastique fabriqué sur place, avec une maîtrise totale de la chaîne — un argument écologique discutable dans l’absolu, mais qui réduit les transports et les pertes liées à l’approvisionnement extérieur.
Plus en aval, le centre de tri s’occupe de la fin de vie des matières : verre, ferraille, aluminium et bois y trouvent leur couloir de sortie. Le verre partira se recycler au Cameroun. L’aluminium, lui, envisage une seconde carrière en canettes ou chez des artisans qui en tirent des assiettes. Ici, rien ne finit à la poubelle si l’on peut faire autrement.
Parmi les annonces de la journée, la future ligne Jugab a suscité l’attention des professionnels présents : 6 000 briques de jus par heure sortiront prochainement des machines Tetra Pak. Du carton en bobines, stérilisé, rempli, étiqueté, emballé sans qu’une main n’intervienne dans la chaîne. Une petite révolution sur un marché local encore largement dominé par l’importation.
Et puis il y a ce détail que l’on remarque à peine, mais qui dit peut-être l’essentiel : le nouveau bouchon solidaire, conçu pour rester attaché à la bouteille une fois ouvert. Fini les capsules qui roulent sous les tables ou s’échouent dans la nature. Une idée simple, presque évidente rétrospectivement, mais qui illustre la philosophie discrète que la direction résume en quelques mots : produire mieux, gaspiller moins, réutiliser tout.
Dans un Gabon où l’industrie cherche encore à réconcilier croissance et responsabilité écologique, la Sobraga vient de poser une brique verte dans un édifice que bien d’autres peinent encore à esquisser. À 60 ans, elle ne célèbre pas son passé — elle montre, avec l’enthousiasme tranquille des maisons qui ont le temps pour elles, où elle a décidé d’aller.



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