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Arbitrage, sécurité, gouvernance : autopsie d’une finale controversée

Par Ange Mba 

‎La finale de la Coupe d’Afrique des Nations ayant opposé le Sénégal au Maroc a malheureusement offert au monde un visage catastrophique du football africain. Au-delà de l’intensité sportive et du spectacle attendu, cette rencontre a été marquée par une succession de dysfonctionnements qui jettent une ombre sérieuse sur la crédibilité de la CAF et de ses instances dirigeantes.

‎Il faut pourtant reconnaître qu’en matière d’organisation, depuis la phase de poules jusqu’aux demi-finales, cette CAN a été globalement irréprochable. Les infrastructures, la logistique et l’accueil ont démontré que l’Afrique est capable d’organiser des compétitions d’envergure internationale, voire mondiale. Le Maroc, pays hôte, a d’ailleurs montré au monde que le continent africain peut répondre aux standards les plus exigeants.

‎Cependant, cette bonne impression a été sérieusement ternie à la veille de la finale, notamment par l’absence d’un dispositif de sécurité adéquat à l’arrivée de la sélection sénégalaise, laissée sans protection dans un contexte pourtant sensible. Un manquement grave qui interroge sur la gestion sécuritaire d’un événement de cette ampleur.

‎Sur le plan sportif, la finale a tenu toutes ses promesses jusqu’à ce que l’arbitrage fasse basculer la rencontre dans la controverse. Le tournant du match intervient lorsque l’arbitre annule un but sénégalais pour une faute supposée du défenseur sénégalais sur Achraf Hakimi, sans que la VAR ne soit sollicitée pour vérifier les images.

‎Trois minutes plus tard, même scénario inverse, sur une faute flagrante de Diouf sur Brahim Díaz, l’arbitre est cette fois-ci appelé par la VAR, visionne les images et accorde un penalty au Maroc. Une incohérence manifeste dans l’utilisation de l’assistance vidéo qui a profondément choqué les Sénégalais et relancé, une fois de plus, le débat sur l’équité arbitrale en Afrique.

‎Face à ce qu’il jugeait comme une décision indigne, le sélectionneur sénégalais, Pape Thiaw, a ordonné à ses joueurs de regagner les vestiaires, provoquant une interruption de plus de dix minutes. Il a fallu l’intervention du leader de l’équipe, Sadio Mané, pour ramener ses coéquipiers sur la pelouse et permettre la reprise du match. Le penalty marocain sera finalement stoppé par Édouard Mendy, relançant la rencontre.

‎Le climat déjà tendu s’est encore détérioré durant les prolongations. Des images rapportent l’agression du troisième gardien sénégalais par plusieurs ramasseurs de balles pour une prétendue histoire de serviette. Des faits graves qui n’ont pas été montrés par la réalisation télévisée, soulevant de nombreuses interrogations sur le rôle et la neutralité des services de sécurité du stade.

‎À cela s’ajoute la présence injustifiée du milieu de terrain marocain Ismaël Saibari derrière la cage d’Édouard Mendy, un comportement contraire aux règles et resté sans explication officielle.

‎Le tout s’est achevé par des affrontements violents entre supporters sénégalais et marocains, des scènes indignes du football africain et contraires aux valeurs de fair-play que la CAF prétend promouvoir.

‎Avant, pendant et après la rencontre, les entraîneurs des deux équipes se sont livrés à un véritable ping-pong médiatique, s’accusant mutuellement du déroulement chaotique de cette finale. Le comportement jugé indigne du Prince, qui n’a pas porté ni remis le trophée au vainqueur, a également choqué de nombreux observateurs.

‎Plus grave encore, nous apprenons que la sélection sénégalaise et son sélectionneur pap thiaw a été lourdement sanctionnés par la CAF pour des faits qualifiés d’antisportifs. Une décision qui contraste avec d’autres situations similaires passées sous silence, alimentant le sentiment d’injustice.

‎Cette impression de deux poids, deux mesures est renforcée par le cas de Samuel Eto’o.

‎Le président de la Fédération camerounaise de football avait publiquement dénoncé des décisions arbitrales jugées injustes lors du match Maroc/Cameroun, ce qui lui a valu une suspension de la CAF et une amande. Dans le même temps, des réactions similaires de la part du président de la Fédération marocaine n’ont donné lieu à aucune sanction.

‎La polémique s’est étendue à la déclaration du président de la CAF annonçant le passage de la CAN de 2 ans à 4 ans. Une décision vivement contestée par Samuel Eto’o sur les antennes de RFI, estimant que ce projet sert avant tout les intérêts des clubs européens au détriment du football et des peuples africains.

‎Au final, la CAN total énergie maroc 2025, qui aurait dû être une vitrine du progrès du football africain, met en lumière un malaise profond. Si l’Afrique avance sur le plan organisationnel, elle recule dangereusement sur les principes de gouvernance, d’équité et de fair-play. Tant que les dirigeants ne placeront pas l’intérêt du football africain au-dessus des calculs politiques et personnels, le continent continuera à se tirer une balle dans le pied.

 

‎Le football africain va mal. Très mal. Et cette finale Sénégal/Maroc en restera, malheureusement, l’une des illustrations les plus marquantes.

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