CNSS : quand l’épreuve des textes contredit la mise en accusation syndicale
Par Stive Roméo Makanga
La colère sociale qui s’exprime aujourd’hui au Gabon n’est ni feinte ni illégitime. La dégradation du pouvoir d’achat, la précarisation de l’emploi, la faiblesse persistante des salaires et la multiplication des licenciements économiques constituent un terreau explosif. La Confédération syndicale des travailleurs du Gabon (CSTG), réunie en Conseil confédéral exceptionnel le 17 janvier 2026, a donc raison de tirer la sonnette d’alarme. Encore faut-il viser juste.
Car en s’attaquant frontalement à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), accusée de confiscation de sa gouvernance par les pouvoirs publics, le syndicat franchit un pas contestable : celui de l’approximation juridique et du procès d’intention. Or, dans un débat aussi sensible que celui de la protection sociale, les slogans ne sauraient tenir lieu d’argumentation.
Les textes, eux, sont clairs. Et ils méritent d’être lus avant d’être condamnés. La gouvernance de la CNSS est encadrée par le décret n°0075/PR/MAS du 14 février 2024. Ce décret institue une gestion tripartite conforme aux normes internationales du travail : six représentants des confédérations syndicales, six représentants des employeurs, et un commissaire du gouvernement, chargé de veiller à l’intérêt général. Ni plus, ni moins.
Où est donc la confiscation dénoncée ? Où est l’exclusion brandie comme un étendard ? Les travailleurs y sont représentés à égalité avec les employeurs. L’État n’y détient pas le pouvoir, mais un rôle d’arbitrage. Parler d’une CNSS « confisquée » relève davantage de la rhétorique militante que de l’analyse juridique rigoureuse. Le débat social mérite mieux qu’une lecture sélective des textes.
Cela ne signifie pas que tout va bien à la CNSS. Ce serait naïf, voire malhonnête. Mais il serait tout aussi faux d’ignorer les efforts engagés depuis plusieurs mois. La Caisse a entrepris un travail de fond : amélioration des conditions de travail de ses agents, renforcement de la prévention des risques professionnels, modernisation des procédures internes, professionnalisation des équipes, digitalisation progressive des services. Des chantiers lourds, complexes, souvent ingrats, mais indispensables.
La prévention des accidents du travail, par exemple, ne se décrète pas à coups de communiqués. Elle exige des inspections renforcées, des moyens humains et techniques, une coopération constante entre employeurs, travailleurs et administration. C’est un travail de longue haleine, rarement spectaculaire, mais essentiel à la crédibilité du système de sécurité sociale.
La CSTG a raison, en revanche, d’alerter sur la vie chère et les licenciements économiques. Ces réalités fragilisent les ménages et menacent la cohésion sociale. Mais imputer ces difficultés exclusivement à la CNSS constitue un raccourci dangereux. La sécurité sociale n’est pas une baguette magique. Elle ne peut, à elle seule, corriger les déséquilibres macroéconomiques, fiscaux et structurels du pays.
Le pouvoir d’achat, la fiscalité sociale, le coût du travail, la compétitivité des entreprises : tout cela forme un ensemble. Un débat sérieux exige une approche globale, étayée par des données objectives, et non une désignation hâtive de boucs émissaires. Faire de la CNSS l’ennemie des travailleurs, c’est fragiliser un outil central de solidarité nationale, au moment même où il devrait être consolidé.
Le Gabon traverse une période où la stabilité sociale et la justice économique sont des impératifs politiques majeurs. Dans ce contexte, le dialogue social ne peut être ni un monologue syndical, ni une défense administrative de principe. Il doit être apaisé, exigeant, fondé sur les textes et les faits, mais aussi sur la reconnaissance des efforts accomplis.
Critiquer est un droit. Informer correctement est un devoir. Et participer à l’amélioration du système est une responsabilité collective. La CNSS n’est pas un adversaire idéologique ; elle est un patrimoine social commun.



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