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Communauté musulmane du Gabon : unité, morale et structuration au cœur du discours d’Abdu Razzaq Guy Kambongo

Par Stive Roméo Makanga

La rencontre entre le chef de la Communauté musulmane du Gabon et les fidèles dimanche 8 février 2026 s’est voulue à la fois spirituelle, introspective et résolument tournée vers l’avenir. Placée sous le signe de l’unité et du rassemblement, elle a également été l’occasion pour la communauté d’exprimer sa reconnaissance au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour son action en faveur de la paix, du vivre-ensemble et de l’amélioration des conditions de vie des musulmans du Gabon.

La cérémonie s’est ouverte par la psalmodie de versets du Coran, instaurant un climat de recueillement avant deux prises de parole structurantes : celle de l’imam Maganga, puis celle du chef de la Communauté musulmane du Gabon, Abdu Razzaq Guy Kambongo.

Dans une intervention construite autour de trois interrogations centrales, l’imam Maganga a invité les fidèles à une réflexion sur la notion de bonne moralité en islam. Qui est le modèle du musulman en matière d’éthique ? Pourquoi doit-il être considéré comme tel ? Et quels sont les bénéfices spirituels liés à la bonne moralité ?

À la première question, la réponse est sans ambiguïté : le Prophète Mohamed. L’imam a appuyé son propos sur plusieurs références coraniques, en rappelant que « la bonne moralité est un don d’Allah ». Quant à la légitimité de ce modèle, elle réside, selon lui, dans le fait qu’Allah a glorifié et honoré le Prophète. Enfin, il a souligné que la bonne moralité élève le croyant : « La personne de bonne moralité atteint la perfection de la foi et l’amour du Très Miséricordieux », a-t-il insisté.

Prenant ensuite la parole, Abdu Razzaq Guy Kambongo a replacé cette réflexion morale dans une perspective collective et institutionnelle. S’appuyant sur une projection de passages coraniques, il a rappelé que « tous ces enseignements doivent nous rappeler qui nous sommes », exhortant la communauté à « briller par ses bonnes actions ». Évoquant sans détour les tensions internes, il a reconnu l’existence de divergences au sein de la communauté musulmane, tout en soulignant la nécessité impérieuse de l’unité et de la communion fraternelle.

Le chef de la communauté a également tenu à rappeler le rôle du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en saluant sa volonté constante de valoriser la communauté musulmane et de l’inscrire pleinement dans la dynamique nationale.

Sur un registre plus concret, Abdu Razzaq Guy Kambongo a évoqué la situation foncière de la grande parcelle de Malibé, à Akanda, dans le Grand Libreville. D’une superficie initiale de 15 hectares appartenant à la communauté musulmane du Gabon, ce terrain s’est progressivement réduit sous l’effet d’occupations illégales. Après s’y être rendu personnellement, il a annoncé le lancement d’un recensement des populations installées sur ces terres, préalable à une demande de mesure compensatoire. Il resterait aujourd’hui entre quatre et cinq hectares exploitables, sur lesquels pourraient voir le jour des projets structurants : une polyclinique, un complexe scolaire (de la maternelle au secondaire ) et d’autres infrastructures en cohérence avec les priorités de l’action gouvernementale.

La rencontre a également permis de présenter les grandes orientations d’un plan d’action stratégique 2026-2028. Celui-ci s’articule autour de plusieurs défis majeurs : la pauvreté, le chômage et la précarité des imams. Sur ce dernier point, le chef de la communauté a souligné l’absence de statut clair pour les imams, tout en indiquant que le président de la République s’est saisi du dossier et que des solutions devraient être apportées prochainement.

La formation constitue un autre chantier prioritaire, tant sur le plan professionnel que religieux, afin de renforcer la cohésion et l’impact de la communauté. « Nous devons travailler sur l’inclusion, la proximité et l’utilité sociale », a-t-il déclaré. Dans cette logique, il a appelé les musulmans à accompagner les décisions souveraines prises par le chef de l’État, citant notamment l’interdiction d’importation du manganèse brut, la rupture des conventions de pêche avec l’Union européenne ou encore l’interdiction d’importation du poulet de chair.

Enfin, Abdu Razzaq Guy Kambongo a insisté sur la nécessité de normaliser et professionnaliser le culte musulman au Gabon, en rappelant que de nombreuses mosquées ne disposent pas encore de titres fonciers. Nouer des partenariats stratégiques, structurer la gouvernance religieuse et renforcer le rayonnement de la communauté constituent, selon lui, les conditions d’une contribution durable au développement national.

Au-delà des discours, cette rencontre aura surtout confirmé une orientation : faire de la morale, de l’unité et de la structuration institutionnelle les piliers d’une communauté musulmane pleinement engagée dans le destin du Gabon.

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