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Coupure des réseaux sociaux : La HAC a-t-elle suffisamment mesuré les conséquences de sa décision rétrograde ?

Par Stive Roméo Makanga

La décision annoncée le mardi 17 février 2026 par la Haute Autorité de la Communication (HAC), de couper l’accès aux réseaux sociaux au Gabon, marque un tournant inquiétant. Par un simple communiqué lu par l’un de ses conseillers, l’institution a choisi de suspendre brutalement l’un des principaux vecteurs de liberté d’expression et de dynamisme économique du pays. Cette mesure, qui se veut politique et sécuritaire, révèle en réalité une incapacité à penser l’avenir numérique du Gabon autrement que par la répression.

Venons-en au problème de fond. Il ne s’agit ni plus, ni moins que d’une fracture entre gouvernance et société. En effet, la HAC agit comme si les réseaux sociaux n’étaient qu’un outil de contestation politique. Or, ils sont devenus bien davantage : un espace de débat citoyen, un canal de communication pour les entreprises, un levier d’innovation pour les jeunes. En les réduisant au silence, l’État nie la réalité d’une société gabonaise désormais tournée vers le numérique. Cette décision illustre donc une gouvernance qui préfère le bâillon à l’adaptation, la censure à la régulation. Une telle posture est surréaliste.

Et s’agissant des effets économiques dévastateurs, y a-t-on pensé ? Visiblement non.

– Commerce en ligne : Le Gabon connaît une expansion rapide du e-commerce, porté par des plateformes locales et par l’usage massif de Facebook, WhatsApp ou Instagram comme vitrines commerciales. Couper ces réseaux, c’est asphyxier des milliers de micro-entrepreneurs, artisans et commerçants qui y trouvent leur clientèle.

– Innovation et start-ups : Les jeunes entreprises numériques, déjà fragiles, voient leur modèle s’effondrer. La confiance des investisseurs régionaux et internationaux s’érode.

– Flux financiers : Les paiements mobiles et les transactions en ligne, désormais intégrés aux habitudes des Gabonais, sont paralysés. Le coût économique est immédiat et massif.

Plus explicite encore, le Gabon s’était imposé comme l’un des pays les plus connectés de la sous-région, avec un taux de pénétration d’Internet supérieur à la moyenne d’Afrique centrale et une population particulièrement active sur les réseaux sociaux. Cette coupure place le pays en marge de ses voisins, qui misent au contraire sur le numérique pour stimuler croissance et inclusion. Alors que le Cameroun, le Congo ou même la Guinée équatoriale investissent dans l’économie digitale, le Gabon choisit l’isolement. Quel chaos !

La HAC, censée garantir la liberté et la pluralité de l’information, se transforme en instrument de censure. En privant les populations de leurs outils numériques, il est évident qu’elle fragilise la démocratie, étouffe l’économie et renforce la défiance envers les institutions. Cette décision n’est pas seulement une erreur politique : elle est une faute stratégique. Elle condamne le Gabon à un recul technologique et économique, au moment même où le numérique est la clé de la compétitivité et de l’intégration régionale.

Il faut que les choses soient claires, couper les réseaux sociaux, c’est couper le souffle d’une nation qui cherche à respirer par le numérique. Le Gabon ne peut se permettre de tourner le dos à l’avenir digital, sauf à accepter son déclassement dans la sous-région et sur la scène internationale. La HAC, en cédant à la tentation autoritaire, prend le risque de transformer une crise passagère en fracture durable entre l’État et la société.

 

 

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