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De Wagner à Africa Corps : comment le Mali a déboursé près d’un milliard de dollars pour sa sécurité

Par Joseph Mundruma

Depuis la fin du groupe Wagner Group, les autorités maliennes ont confié une partie de la lutte contre les groupes jihadistes à une nouvelle structure militaire russe : Africa Corps. Mais derrière ce partenariat stratégique avec Moscou se cache une facture particulièrement lourde pour Bamako. Selon plusieurs sources, l’alliance sécuritaire avec les forces russes aurait déjà coûté près d’un milliard de dollars à l’État malien depuis 2021, sans pour autant inverser durablement la dynamique sécuritaire.

À Bamako, la présence russe est désormais bien visible. Dans l’enceinte d’une base militaire aménagée par les soldats d’Africa Corps, une petite chapelle orthodoxe entourée de sacs de sable symbolise l’installation progressive de cette nouvelle force paramilitaire. Elle a pris la relève des mercenaires du groupe Wagner, officiellement retirés du pays en 2025 après la restructuration décidée par le Kremlin.

La disparition de Wagner est intervenue après la mort controversée de son chef, Yevgeny Prigozhin, dans un crash d’avion en août 2023, peu de temps après sa tentative de rébellion contre le pouvoir russe. Depuis, Vladimir Putin a entrepris de reprendre le contrôle direct de ces opérations extérieures à travers Africa Corps, une structure étroitement liée au renseignement militaire russe.

Le partenariat militaire entre Bamako et les mercenaires russes s’est progressivement alourdi. Lorsque Wagner a commencé ses opérations au Mali fin 2021, environ 1 000 combattants étaient déployés, pour un coût estimé à 10 millions de dollars par mois.

Mais les besoins opérationnels ont rapidement entraîné une augmentation des effectifs. En mars 2023, près de 1 500 mercenaires étaient présents sur le terrain, puis environ 2 500 quelques mois plus tard, faisant grimper la facture mensuelle à 25 millions de dollars.

Au total, les trente derniers mois d’activité de Wagner entre janvier 2023 et juillet 2025 auraient coûté environ 681 millions de dollars au Mali. À cela s’ajoutent 202 millions de dollars pour le financement du premier contingent d’Africa Corps entre fin 2024 et novembre 2025.

Ainsi, depuis l’arrivée des premiers mercenaires russes, la coopération sécuritaire avec Moscou représenterait près de 900 millions de dollars pour les finances maliennes.

Des paiements hors circuits bancaires

Contrairement à d’autres pays africains où Wagner s’autofinançait en exploitant des ressources minières, au Mali les autorités ont choisi de payer directement les mercenaires.

Les transactions auraient été réalisées soit en espèces, soit via un système financier informel de type hawala, permettant de transférer des fonds en dehors des circuits bancaires traditionnels. Ce réseau aurait été supervisé par le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, avec l’appui de plusieurs officiers supérieurs.

Cette organisation a d’ailleurs attiré l’attention de United States Department of the Treasury, qui a placé certains responsables militaires maliens sous sanctions en 2023.

Malgré cet investissement massif, les résultats sur le terrain restent limités. Les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, continuent d’étendre leur influence dans plusieurs régions du Mali.

À certains moments, les jihadistes ont même réussi à perturber les principaux axes routiers menant à Bamako, incendiant des convois de carburant et contribuant à un quasi-blocus de la capitale.

Contrairement aux combattants de Wagner, réputés pour leur brutalité mais aussi pour leur réactivité, les unités d’Africa Corps apparaissent plus lentes à se déployer. Leur chaîne de commandement remonte directement à Moscou, ce qui complique la prise de décision sur le terrain.

Malgré ces résultats mitigés, la junte malienne dirigée par Assimi Goïta a décidé de poursuivre le partenariat avec Moscou. Lors d’une visite officielle en Russie en juin 2025, le chef de l’État malien a obtenu l’envoi de renforts supplémentaires.

Dans les prochains mois, environ 1 000 soldats supplémentaires d’Africa Corps devraient rejoindre le Mali, portant le contingent russe à 3 500 hommes. Le coût mensuel pour Bamako pourrait alors atteindre 35 millions de dollars.

Le Mali constitue aujourd’hui le principal théâtre d’opérations d’Africa Corps en Afrique. La structure est également présente, à des degrés divers, au Burkina Faso, au Niger, en Libya, au Sudan ou encore en Equatorial Guinea.

Pour la Russie, il s’agit d’un instrument stratégique d’influence sur le continent. Pour le Mali, c’est un pari sécuritaire coûteux, dont l’efficacité reste encore à démontrer face à la progression persistante des groupes jihadistes au Sahel.

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