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Emploi agricole : le pari stratégique du PNPE et d’OLAM sur la jeunesse gabonaise

Par Stive Roméo Makanga

À l’heure où le Gabon peine encore à transformer son potentiel économique en emplois durables, le partenariat noué entre le Programme national de promotion de l’emploi (PNPE) et OLAM Gabon constitue un test grandeur nature. Non seulement pour l’administration de l’emploi, mais aussi pour la capacité du pays à réconcilier jeunesse, travail productif et développement territorial.

Dans le cadre de ce nouvel accord, OLAM Gabon a sollicité l’appui du PNPE pour le déploiement d’une campagne massive de recrutement de 1 428 ouvriers agricoles, répartis entre Mouila (575 postes), Ndendé (495) et Kango (360). Le calendrier est précis et progressif : 228 élagueurs dès janvier 2026, suivis de 1 270 ouvriers agricoles en février 2026. Une mécanique bien huilée, pensée pour éviter l’improvisation et les effets d’annonce sans lendemain.

Vue du tour de table 

Au cœur de ce dispositif, le PNPE entend jouer pleinement son rôle d’architecte de l’intermédiation entre offre et demande d’emploi. Mobilisant son réseau d’Antennes sur l’ensemble du territoire, l’institution s’appuiera sur ONE Intérim, chargé de la contractualisation et du suivi administratif des recrutés. Les conditions proposées rompent avec la précarité habituelle du secteur : contrats d’une durée minimale d’un an renouvelable, salaire net de 150 000 FCFA, assorti de bonus de performance. Autrement dit, une tentative assumée de professionnalisation du travail agricole.

Cette opération porte la marque de Pascal Franck Nze Ndong Nze, directeur général du PNPE, dont la vision tranche avec la gestion routinière trop longtemps reprochée à l’administration de l’emploi. Sous son impulsion, le PNPE ne se contente plus d’enregistrer les demandeurs d’emploi : il ambitionne de transformer structurellement l’institution, en la faisant passer d’un guichet passif à un acteur stratégique du marché du travail. Anticipation des besoins, suivi des parcours, amélioration des conditions d’intégration : le changement est autant organisationnel que culturel.

Tirant les enseignements des campagnes précédentes, des mesures spécifiques seront mises en place pour réduire les désistements et améliorer l’intégration des personnels, notamment par une meilleure prise en compte des conditions de vie et de travail sur les sites agricoles. En amont, des équipes locales iront sensibiliser autorités administratives, leaders communautaires et acteurs de terrain afin de sécuriser le recrutement et le déploiement effectif des travailleurs.

Mais au-delà des dispositifs techniques, l’enjeu est plus profond. La réussite de cette campagne repose aussi sur un changement de mindset de la jeunesse gabonaise. Tant que les métiers agricoles resteront perçus comme des solutions par défaut, aucune politique de l’emploi ne produira d’effets durables. L’engagement dans ces filières doit être pensé comme un choix professionnel, porteur de compétences, de stabilité et de perspectives d’évolution.

Dans un pays confronté à une pression démographique croissante et à la nécessité urgente de diversifier son économie, l’agriculture peut devenir un levier stratégique. À condition, toutefois, que ces opportunités se transforment en emplois stables, enracinés dans les territoires et soutenus par une administration rénovée.

Le partenariat PNPE-OLAM Gabon n’est donc pas un simple programme de recrutement. Il est une épreuve de vérité : pour l’État stratège, pour l’entreprise citoyenne, et pour une jeunesse sommée de choisir entre l’attentisme et la construction patiente de son avenir.

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