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Exonération des mosquées : le grand ménage administratif est lancé

Par Jimmy Mandoukou

Ils étaient réunis pour parler argent, lois et dignité. Mercredi, le chef de la communauté musulmane, Abdu Razzaq Kambogo, entouré du Secrétaire exécutif du Conseil supérieur des affaires islamiques du Gabon (CSAIG), Abdousalam Moussavou, et du Grand Imam Baba Gana Tidjani, a convié les imams du pays à une rencontre cruciale. Au cœur des débats : la quête d’une exonération de la taxe foncière pour les lieux de culte, un combat administratif qui se heurte à une réalité de terrain bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Le chef de la communauté musulmane du Gabon, s’entretenant avec les siens

Car si l’État se dit prêt à accorder ce régime de faveur aux mosquées, il pose ses conditions. Et c’est là que le bât blesse. Pour prouver leur existence légale et leur éligibilité, chaque mosquée doit constituer un dossier administratif classique : il faut fournir les quittances d’eau et d’électricité. Problème : de nombreuses mosquées, souvent construites par la générosité des fidèles, fonctionnent avec des compteurs branchés… au nom d’un particulier. « Certains imams ont appelé et ont dit que les compteurs étaient au nom des individus », a regretté le Secrétaire exécutif du CSAIG, pointant du doigt une « petite difficulté » qui pourrait priver ces lieux de culte de leur droit à l’exonération.

Abdu Razzaq Guy Kambongo, chef de la communauté musulmane du Gabon 

Face à ce casse-tête administratif, Abdu Razzaq Kambogo a haussé le ton, non pas contre l’administration, mais contre cette habitude bien ancrée de mélanger le personnel et le collectif. « Il faut commencer à distinguer les propriétés des mosquées de nos propriétés personnelles », a-t-il martelé, appelant à un transfert systématique des compteurs au nom des mosquées officiellement recensées. L’objectif est clair : sortir de l’ombre et entrer dans le cadre légal pour bénéficier de droits, mais aussi pour en accepter les devoirs. Il a d’ailleurs rappelé que les lieux de culte, même non imposables, sont tenus par les normes de l’OHADA de présenter des comptes clairs et transparents, étant donné les flux financiers qui y transitent.

Au-delà des questions fiscales, le leader musulman a adressé un message sans détour aux guides religieux sur leur rôle dans la cité. À l’heure où les réseaux sociaux servent souvent de tribunes pour la calomnie et la médisance, il a lancé « un message d’interpellation et d’avertissement ». « Les lois vont se corser », a-t-il prévenu, saluant au passage les mesures prises par l’État pour réguler le cyberespace. Une manière de rappeler que la construction d’un « nouveau Gabon » passe aussi par le respect de la dignité des personnes, un principe que les imams, piliers de leurs communautés, se doivent d’incarner et d’enseigner.

En cette veille de Ramadan, la rencontre a également été l’occasion d’annoncer une nouvelle de taille : le président de la République a décidé d’accompagner financièrement les imams durant le mois sacré. Une reconnaissance de leur engagement quotidien, qui concernera les 311 mosquées recensées à travers le pays. Un geste appréciable, mais qui n’efface pas l’urgence de mettre de l’ordre dans les papiers pour que chaque mosquée puisse, enfin, prier en toute légalité.

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