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Fégafoot/Scrutin du 20 avril : Pourquoi la candidature de Pierre-Alain Mounguengui est-elle déjà un péché

Par J.M.B

À la Fédération Gabonaise de Football, le droit n’est plus une abstraction. Il redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une règle contraignante, opposable à tous. L’élection du 20 avril 2026, censée ouvrir un nouveau cycle, révèle au contraire une fragilité structurelle : celle du cadre même dans lequel elle doit se tenir.

Car la question centrale n’est plus celle des ambitions des candidats. Elle est celle de la légalité du processus. Et, dans ce contexte, une interrogation s’impose : peut-on raisonnablement maintenir la candidature de Pierre-Alain Mounguengui dans un dispositif dont les fondations juridiques sont contestées ?

Le cœur du problème est connu. La Commission électorale, organe clé du processus, n’aurait jamais été élue en Congrès, contrairement aux exigences des statuts de 2013 comme de ceux de 2025. Aucun appel à candidatures, aucune validation formelle, aucun procès-verbal. En somme, aucune traçabilité.

Or, en droit, l’absence de procédure n’est pas un détail : c’est une rupture. Une rupture qui prive l’organe de toute légitimité et, par ricochet, fragilise l’ensemble des actes qu’il pose.

De cette faille initiale découle une conséquence logique : le calendrier électoral est contestable, la validation des candidatures incertaine, et le scrutin lui-même potentiellement nul. Ce que certains qualifient de « nullité en chaîne » n’est pas une formule excessive ; c’est une mécanique juridique implacable.

Dans ces conditions, maintenir une candidature relève moins d’un choix stratégique que d’un pari risqué. Que vaudrait, en effet, une victoire de Pierre-Alain Mounguengui dans un scrutin juridiquement fragilisé ? Rien du tout.

Mais voici ce à quoi on assisterait : une légitimité contestée dès l’origine, une gouvernance sous pression permanente, et, à terme, la perspective d’un arbitrage extérieur.

L’expérience du football africain est, à cet égard, éclairante. Plusieurs fédérations, confrontées à des crises similaires, ont dû se résoudre à l’intervention de la Confédération Africaine de Football ou de la Fédération Internationale de Football Association. Avec, souvent, l’instauration de comités de normalisation, autrement dit, une mise sous tutelle.

Face aux critiques, les partisans du statu quo invoquent la souveraineté du Congrès. L’argument, en apparence solide, ne résiste pas à l’analyse. Car la souveraineté ne s’exerce pas en dehors des règles ; elle s’y inscrit.

Contourner les statuts au nom même de cette souveraineté revient à en dénaturer le sens. Une institution qui s’affranchit de ses propres règles ne se renforce pas : elle se délégitime.

C’est précisément ce que dénoncent de nombreux acteurs du monde du football gabonais, désormais regroupés en coalition : non pas une simple irrégularité, mais un glissement progressif vers une gouvernance d’exception, où la règle devient ajustable.

Dès lors, l’enjeu dépasse le cadre juridique. Il devient institutionnel. Quel message envoie-t-on aux acteurs du football gabonais ? Que les règles peuvent être contournées ? Que la légalité dépend des circonstances ?

Dans ce contexte, la candidature de Pierre-Alain Mounguengui pose moins la question de sa personne que celle du cadre qui l’autorise. Se présenter aujourd’hui, c’est accepter de s’inscrire dans un processus contesté. À l’inverse, conditionner sa participation à une régularisation préalable serait un acte de responsabilité.

La sortie de crise est pourtant connue. Elle passe par un retour strict aux statuts : dissolution de la Commission électorale actuelle, élection d’un nouvel organe dans les règles, reconstitution d’une chaîne de légitimité incontestable.

À défaut, le scrutin du 20 avril risque de n’être qu’un simulacre : une élection sans base solide, un mandat sans pleine reconnaissance, une gouvernance sous contestation.

Dans ces conditions, une conclusion s’impose. Maintenue en l’état, la candidature de Pierre-Alain Mounguengui ne ferait qu’ajouter de l’incertitude à une institution déjà fragilisée.

Parfois, renoncer (ou suspendre) n’est pas céder. C’est, au contraire, préserver l’essentiel : la crédibilité du processus électoral et, au-delà, l’avenir du football gabonais.

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