[Interview]: « Notre objectif est de redonner de l’espoir aux artistes qui pensaient ne plus jamais pouvoir remonter sur scène pour de multiples raisons » dixit Juste Parfait Moubamba, acteur culturel gabonais
Interview conduite par Armelle Bissie
Les initiatives culturelles dans le pays ne cessent de croître. Alors que tout était en inertie jusqu’en 2023, ce sont les nouveaux tenants du pouvoir qui se proposent une revalorisation sans faille de l’héritage culturel gabonais; à l’instar du concept « IFUMB », lancé par Juste Parfait Moubamba alias Bung Pinze, ancien activiste, acteur culturel, ancien conseiller du ministre de la culture et promoteur. Ce dernier s’est prêté à notre micro.
Armelle Bissie: Bonjour Monsieur, présentez-vous.
Je suis Juste Parfait Moubamba, promoteur, acteur culturel, producteur des artistes qui ont des spectacles, artiste, chanteur, compositeur, acteur culturel en gros
Qu’est-ce que IFUMB ?
Merci pour l’occasion que vous m’offrez pour essayer d’édifier certaines personnes sur les questions qui me sont posées. IFUMB en langue Punu signifie tout simplement la famille.
On peut constater sur des affiches que vous êtes à l’acte 3, quelle est finalement sa périodicité, et quel est le bilan à mi-parcours ?
Oui effectivement, il n’y en a que 3 parce qu’il y a eu le premier et le deuxième actes; et nous sortons de là avec un satisfecit total. Le but pour nous est de mettre les artistes dans les conditions. Il y a des artistes qui ont fait vingt ans ou trente ans sans monter sur scène. Notre objectif est de redonner de l’espoir aux artistes qui pensaient ne plus jamais pouvoir remonter sur scène pour de multiples raisons. Ça peut être des raisons politiques, financières, beaucoup n’étaient plus sur place à Libreville, d’autres s’étaient installés dans leurs villages. Donc il y a beaucoup de choses qui entrent en considération.
Le bilan à mi-parcours est positif. Vous voyez que si nous sommes au troisième acte, c’est que les gens adhèrent, le public apprécie, les autorités qui croient à ce projet nous accompagnent avec quelques partenaires. On sort de là satisfaits.
Bung Pinz n’est plus à présenter dans la sphère culturelle du pays, à partir de ce concept, quel est votre positionnement actuel dans la musique gabonaise ?
Comme je l’ai dit en préambule, mon positionnement actuel dans le show-biz gabonais n’est que celui d’un acteur culturel, quelqu’un qui est là pour accompagner la culture, aider, partager et échanger avec les autres. Je ne suis pas plus que ceux qui ont débuté ce métier avant moi.
Nous avons lu certaines critiques sur la place publique dénonçant une inégalité dans le traitement des artistes invités aux prestations. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Un événement où on ne critique personne n’est pas un événement. Il faut des critiques pour avancer. L’enfant, c’est à force de tomber qu’il finit par se relever. On a par exemple des gens qui critiquent la sélection des artistes alors qu’ils découvrent par exemple le concept au deuxième acte. Pour dire que IFUMB est un événement qui tourne. Il est difficile de voir les artistes qui étaient à la première édition monter sur scène à la deuxième édition. Ceux qui étaient présents à celle-ci monter à la troisième édition donc ça tourne. Ce ne sont pas les mêmes artistes qui montent sur scène. Le but pour moi est de faire tourner la machine, de faire tourner les artistes ce qui fait que beaucoup parlent de ce qu’ils ne connaissent pas. Beaucoup apprennent l’existence de l’événement qui s’appelle IFUMB à la troisième édition alors qu’ils ne sont pas à jour sur nos activités. Donc les critiques, on les a tous les jours. Les gens disent ce qu’ils ont à dire. Nous on avance en faisant ce qu’on a à faire.
Quelles sont les caractéristiques des artistes invités sur les podiums d’IFUMB ?
IFUMB est un concept old school. Ce sont des artistes qui ont marqué notre génération. Ce n’est pas un concept figé. Nous allons mettre en place tout le dispositif qui permet au concept de tourner car il n’est pas focalisé seulement sur les rappeurs mais c’est le domaine que je connais le mieux. On essaye de débuter avec ce qu’on connaît le mieux. Donc on a débuté par les rappeurs. Il n’y a pas de protocole. On vend les artistes, on prend les artistes que le peuple décide de voir, on s’assoit avec l’équipe et on en discute. Ce n’est pas une démarche protocolaire mais juste des choix et on fait ce qu’on a à faire.
Le concept fait-il le tour du pays ou il reste statique ?
Notre but est de faire le tour du Gabon et c’est difficile pour nous de le faire si nous n’avons pas de partenaires. Car le projet est financé par fonds propres donc il est difficile pour nous de faire le tour du Gabon si on n’a pas de partenariats. La deuxième édition devait se faire sur Port-Gentil, au passage je dis un merci au maire de ladite ville monsieur Pascal Houangni Ambouroue qui était très complaisant face à ce projet; mais il s’est avéré que je voyageais et le projet a été annulé nonobstant l’enthousiasme du maire. Là nous sommes en train de relancer, peut-être cela se fera pour notre quatrième ou cinquième édition. Notre but est de faire tourner le concept dans tout le pays mais ce ne sera pas possible sans l’accord des autorités politiques de ces localités et ce malgré notre volonté. C’est l’occasion pour moi de lancer un appel aux autorités de chaque localité, de chaque province. Notre organisation est prête à poser ses valises dans vos localités.
Combien d’actes comptez-vous accomplir au final et quels sont vos projets avenirs pour ce concept ?
Nous n’avons pas défini. Tant qu’on vit, on fait ce qu’on peut. Tant que la culture vit, nous faisons autant d’actes que nous pouvons. Ce n’est pas un concept figé. Nous sommes là pour réfléchir, pour accompagner la culture, pour faire ce qu’il y a à faire. Et maintenant définir le nombre d’actes, non, nous ne l’avons pas fait. Nous aimerions dire mille ou cent, mais ça ne se passe pas comme ça. Il faut des moyens, il faut qu’il y ait un budget pour pouvoir nous accompagner. C’est l’occasion pour moi de lancer un appel aux potentiels sponsors, partenaires, mécènes afin de pouvoir mener à bien cette expérience culturelle.
Quels sont vos soutiens et quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans cette aventure ?
Écoutez, mon premier soutien c’est le Président de la République, Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema, qui est même un des concepteurs; car, comme j’ai l’habitude de le dire partout où je passe, l’une des fois où je l’ai croisé, l’une des phrases qu’il m’a fait sortir était : » _J’attends que tu puisses réunir les artistes, que tu puisses me ramener ce bon vieux rap, que tu communiques avec les artistes sans différence ».
Donc des multiples recommandations qu’il m’a données, cela en faisait partie, d’où la naissance D’IFUMB, un projet qui existait déjà depuis belle lurette.
Au niveau des difficultés, une des difficultés que nous rencontrons est l’exigence financière de nos artistes, qui déçoit au final. Un artiste qui vous demande un million ou cinq cent mille francs pour un spectacle organisé dans une salle VIP, c’est vraiment dommage car cela retarde le show-biz gabonais. Et lorsqu’on aura arrêté cette initiative, beaucoup vont se plaindre. Même si l’initiative est soutenue par le Président de la République, ce dernier n’a pas que ça à faire. Ce n’est pas comme s’il avait plaqué des milliards. Il y a aussi la difficulté à obtenir des sponsors, des promoteurs. On le fait parce qu’on aime la musique, sinon c’est très compliqué et c’est vraiment décourageant. Et si un jour IFUMB devait s’arrêter à mi-chemin, ce serait une des raisons.
Votre mot de fin?
Mon mot de fin c’est pour vous dire merci de l’opportunité que vous m’offrez de pouvoir m’adresser au public qui suit IFUMB. Merci au président de la République qui ne cesse de me motiver dans tous les projets que j’entreprends. Merci au public gabonais qui répond systématiquement à chaque fois que j’organise ce spectacle. Et merci aussi à mes détracteurs car nous avons aussi besoin de ce beau monde là pour se corriger et avancer efficacement.



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