Chargement en cours

L’AFD au secours du Transgabonais avec une enveloppe de 173 millions d’euros

Par Stive Roméo Makanga

Certaines infrastructures agissent comme des révélateurs silencieux : elles traduisent à la fois le niveau de développement d’un pays, l’ampleur de ses ambitions et l’étendue de ses vulnérabilités. Au Gabon, le Transgabonais relève pleinement de cette catégorie stratégique. Long de 648 kilomètres, il relie Libreville à Franceville et constitue un maillon essentiel de la cohésion territoriale, de la mobilité des populations et de l’acheminement des richesses. Depuis le 23 novembre 2025, cette colonne vertébrale ferroviaire est engagée dans une nouvelle phase déterminante, marquée par le lancement d’un ambitieux programme de modernisation et de sécurisation, financé par l’Agence française de développement à hauteur de 173 millions d’euros, via un prêt souverain consenti à la République gabonaise.

Le projet, prévu pour s’étendre sur six années, jusqu’au 23 novembre 2031, n’est pas un simple chantier technique. Il s’inscrit au cœur du Plan national de développement pour la Transition 2024-2026, qui fait du Transgabonais un levier central de la diversification économique et de la connectivité nationale. Chaque année, près de 300 000 passagers empruntent cette voie ferrée, tandis que des millions de tonnes de fret, minier, forestier et marchandises diverses, y transitent, reliant la façade atlantique à l’hinterland.

Déjà engagé depuis 2016 dans un programme de remise à niveau soutenu par l’AFD, le réseau ferroviaire gabonais montrait toutefois ses limites. Vieillissement de certaines infrastructures, contraintes de capacité, exigences accrues en matière de sécurité : les investissements consentis jusque-là ne suffisaient plus à garantir un système de transport sûr, fiable et durable. D’où la nécessité de ce nouveau programme, pensé comme une montée en puissance.

L’enjeu dépasse le rail. La modernisation du Transgabonais participe à la stabilisation d’un système de transport structurant, appelé à jouer un rôle décisif dans la transformation de l’économie gabonaise, encore fortement dépendante des hydrocarbures. En améliorant la fluidité logistique, le rail devient un accélérateur pour les filières minières, forestières et industrielles, tout en renforçant l’intégration des territoires.

Un projet structuré autour de cinq piliers

Le programme de modernisation et de sécurisation repose sur cinq composantes clés, pensées comme autant de réponses aux fragilités identifiées sur la ligne.

La première concerne la remise à niveau des sections d’infrastructure les plus critiques, là où les risques opérationnels et sécuritaires sont les plus élevés. La seconde vise le renforcement de la superstructure ferroviaire, en poursuivant la stabilisation de la plateforme, condition sine qua non pour soutenir des trafics plus denses et plus réguliers.

Troisième pilier, souvent moins visible mais politiquement sensible : la mise en œuvre du Plan d’action de réinstallation, destiné à encadrer les impacts sociaux du projet et à garantir le respect des normes internationales en matière de déplacements de populations et d’indemnisations. Le quatrième axe cible directement les usagers, avec une amélioration du transport de passagers, tant en termes de sécurité que de confort et de régularité. Enfin, le cinquième pilier mise sur le renforcement des capacités de l’État gabonais et de la SETRAG, concessionnaire de la ligne, afin d’assurer une gouvernance plus efficace et durable du réseau.

Des impacts mesurables et attendus

Les résultats escomptés sont précis. Il s’agit d’abord de restaurer la capacité initiale de la voie, soit 16 sillons par jour, correspondant à 8 trains quotidiens dans chaque sens. Une performance indispensable pour absorber la croissance des trafics et réduire les goulets d’étranglement.

Le projet ambitionne également une amélioration significative de la sécurité, de l’efficacité et de la fiabilité du transport ferroviaire. À terme, il doit garantir un accès équitable à la voie pour l’ensemble des usagers, qu’il s’agisse des passagers ou des opérateurs de fret. Enfin, le renforcement des capacités du concédant (l’État) et du concessionnaire (la SETRAG) vise à pérenniser les acquis au-delà du financement.

À cet égard, l’appui international se veut coordonné. En complément du financement de l’AFD, l’Union européenne a décidé d’allouer une enveloppe additive de 30 millions d’euros sous forme de don, confirmant l’intérêt stratégique du projet et sa conformité aux priorités européennes en matière d’infrastructures durables en Afrique.

Une contribution aux objectifs de développement durable

Au-delà des chiffres, le programme s’inscrit explicitement dans la dynamique des Objectifs de développement durable (ODD), et plus particulièrement dans le onzième objectif, consacré aux villes et communautés durables. Celui-ci vise à réhabiliter et planifier les espaces urbains et les établissements humains afin d’offrir à tous des opportunités d’emploi, un accès aux services de base, à l’énergie, au logement, au transport et aux espaces publics, tout en améliorant l’efficacité dans l’utilisation des ressources et en réduisant l’empreinte environnementale.

Le Transgabonais, en tant qu’ossature de la mobilité nationale, participe directement à cette ambition. Un rail plus performant, c’est moins de pression sur les routes, une réduction des coûts logistiques, une meilleure desserte des territoires enclavés et, à terme, une contribution à la transition écologique par un mode de transport moins émetteur.

Un test de gouvernance pour la Transition

Reste une question, centrale : celle de l’exécution. Dans un contexte de Transition politique, ce programme constitue un test de gouvernance autant qu’un chantier d’ingénierie. La capacité de l’État gabonais à piloter, contrôler et pérenniser cet investissement sera scrutée de près, tant par les bailleurs que par les usagers.

L’AFD, en finançant ce projet d’envergure, ne se contente pas de réparer des rails : elle parie sur la capacité du Gabon à faire du Transgabonais un outil moderne, sûr et inclusif. Un pari coûteux, certes, mais à la hauteur d’une infrastructure qui, depuis des décennies, transporte bien plus que des passagers et du fret : une part essentielle de l’avenir économique du pays.

Laisser un commentaire