Le FMI ausculte les comptes du Gabon
Par Jimmy Mandoukou
Sous les lambris feutrés du ministère du Budget, à Libreville, la journée de ce mercredi a pris des allures de premier examen en règle pour les nouvelles autorités gabonaises. Une délégation du Fonds monétaire international (FMI), conduite par Aliona CEBOTARI, a entamé une série d’échanges techniques avec le Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la Vie Chère, Monsieur Thierry MINKO, et le ministre délégué chargé du Budget, Marc Abeghé, et ses équipes, avec un objectif affiché : dresser un diagnostic précis de la situation économique et fiscale du pays avant de passer, le cas échéant, à des discussions plus engagées.
Vue de la séance de travail
Loin des images de missions de négociation aux airs de bras de fer, la cheffe de mission a tenu à poser le cadre. « La mission est une visite du personnel. C’est une mission technique », a-t-elle expliqué, soulignant qu’il ne s’agit pas, à ce stade, de conclure un programme financier, mais de « se mettre à jour sur les développements dans l’économie et sur la situation fiscale ». En clair, le FMI vient écouter, vérifier, comparer les chiffres et confronter les analyses, non distribuer des solutions toutes faites.
Pour les autorités gabonaises, cette séquence ressemble à un test de crédibilité. En accueillant la mission dans les premiers mois de la transition, le Ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la Vie Chère et Thierry MINKO, se placent dans une logique de transparence et de réassurance vis-à-vis des partenaires internationaux. Il s’agit d’établir une « compréhension commune » de la position macroéconomique du pays : niveau réel des recettes, état de la dépense publique, trajectoire de la dette, pression fiscale sur les entreprises et les ménages, autant de sujets sensibles qui conditionneront les marges de manœuvre budgétaires des prochaines années.
Le calendrier, lui, est déjà fixé. « Nous commençons aujourd’hui. Aujourd’hui est le premier jour. Nous travaillerons jusqu’au 6 mars », a précisé Aliona CEBOTARI. Pendant une dizaine de jours, les experts du FMI vont passer au crible les données fournies par l’administration, confronter les projections nationales aux hypothèses internationales et évaluer la soutenabilité de la trajectoire budgétaire. À l’issue de cette immersion, la délégation promet une « opinion plus éclairée », qui servira de base à d’éventuelles discussions plus approfondies.
Car l’enjeu silencieux de cette visite technique est bien là : poser les fondations d’un possible futur cadre de coopération. Dans un contexte de transition politique et de fortes attentes sociales, l’équation est délicate : comment restaurer les équilibres budgétaires sans casser la reprise, financer les priorités sociales sans alourdir excessivement la dette, moderniser la fiscalité sans étouffer le tissu productif ? Autant de questions qui se joueront d’abord dans les tableaux Excel et les salles de réunion, avant de se traduire dans la vie quotidienne des Gabonais.
Pour l’heure, le FMI observe, écoute et chiffre. Le gouvernement, lui, mise sur cette séquence pour montrer que le pilotage des finances publiques s’inscrit désormais dans une logique de rigueur assumée et de dialogue avec les partenaires. « Nous discuterons de cela pendant la mission actuelle et nous aurons une opinion plus éclairée à la fin de celle-ci. Donc, nous discuterons à la fin », a conclu sobrement la cheffe de mission. Entre les lignes, un message : la véritable négociation ne fait peut-être que commencer.



Laisser un commentaire