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Ministère de la Communication : La Secrétaire générale, fusible de Germain Biahodjow ?

Par Stive Roméo Makanga

Le lundi 23 mars 2026, lors d’une communication interne, le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, a voulu marquer les esprits. Sa ligne affichée est claire : restaurer l’ordre administratif, mettre fin aux dérives et instaurer une culture de performance. Dans cette dynamique, il a annoncé une mesure forte : la suspension temporaire de la Secrétaire générale du ministère, Anastasie Kengue épouse Pamba. Une décision entérinée par la note d’information n°0341/NCM/CAB-M, conformément à l’arrêté n°009/MCM/CAB-M du 16 mars 2026.

« Me référant aux principes d’éthique et de déontologie, j’ai pris la décision de suspendre de ses fonctions Madame le Secrétaire général de notre ministère pour manquement grave », a déclaré Germain Biahodjow, en précisant qu’il s’agit d’une « mesure conservatoire » guidée par « l’exigence de rigueur et d’exemplarité ».

Au-delà de cette suspension, le ministre a également dressé un constat sévère du fonctionnement de son département. Il a dénoncé des pratiques contraires aux règles administratives, en évoquant des nominations ne respectant pas les profils requis. Et de marteler : « Comment peut-on écarter des cadres A1 pour promouvoir des agents de catégories inférieures ? C’est un crime administratif. »

Mais là, on tombe des nues. Qui a finalement le pouvoir de nomination dans un département ministériel ? Le secrétaire général ou le ministre lui-même ? Est-ce sérieux de poser une telle interrogation quand on sait que les nominations sont décidées par les membres du gouvernement eux-mêmes avant d’être entérinées en Conseil des ministres, présidé par le chef de l’État ?

Comme si cela ne suffisait pas, une série d’audios largement relayés sur les réseaux sociaux ces derniers jours viennent jeter de l’huile sur le feu. En effet, on y entend Jean Richard Ella Eya, Directeur général sortant de la Poste SA, et ses collaborateurs, s’offusquer de son éviction décidée lors du Conseil des ministres du 26 février 2026.

Remplacé par Marcel Dikouba, cadre du Parti démocratique gabonais (PDG), ancien député et inspecteur des Postes et Télécoms à la retraite, Jean Richard Ella Eya conteste ouvertement cette décision. Selon ces audios controversés, Germain Biahodjow aurait lui-même proposé cette nomination ainsi que celles de plusieurs autres agents. De sources concordantes, le DG sortant aurait même prétendu s’en référer à ses « mentors » à la Présidence de la République.

Or, à ce jour, toutes les nominations entérinées ont déjà donné lieu à des installations… sauf à la Poste SA. Et pour cause : plusieurs erreurs auraient été constatées. On cite par exemple le cas du nouveau Directeur des archives et de la documentation, nommé par le ministre, mais qui ne serait pas fonctionnaire.

Alors, en rejetant la faute sur la Secrétaire générale Anastasie Kengue épouse Pamba, le ministre de la Communication ne fuit-il pas ses propres responsabilités ? Craindrait-il la réaction des « mentors » supposés de Jean Richard Ella Eya ? C’est la question implicite dans cette affaire.

Comment un individu peut-il contester une décision prise en Conseil des ministres, présidé par le président de la République ? Et surtout, comment comprendre que sur la seule journée du lundi 16 mars, la Secrétaire générale ait subi une avalanche de sanctions : observation verbale, demande d’explication, note d’information suspensive, puis arrêté de suspension. Que disent les textes en matière de fautes administratives ? Normalement, une progression est exigée. Ici, tout a été expédié en quelques heures. Doit-on en conclure que son sort était déjà scellé ?

La suspension d’Anastasie Kengue épouse Pamba ressemble moins à une mesure de rigueur qu’à une cabale orchestrée pour détourner l’attention des véritables dérives. Car au final, les nominations sont bel et bien des décisions du Conseil des ministres. Et si des « crimes administratifs » existent, ils ne sauraient être imputés uniquement à une secrétaire générale, qui ne dispose d’aucun pouvoir de nomination.

La question reste entière : Germain Biahodjow veut-il réellement instaurer une culture de performance comme il l’a prétendu dans sa circulaire, ou simplement se protéger derrière des boucs émissaires ? C’est la problématique centrale, dans cette affaire aux contours obscures.

De sources digne de foi, au plus fort de la tempête liée aux nominations controversées, la secrétaire générale, Anastasie Kengue épouse Pamba et Germain Biahodjow, le ministre de le Communication et des Médias, auraient été reçus par Hermann Immongault, le vice-président du gouvernement, puis par Murielle Minkué épouse Mintsa, secrétaire générale de la présidence de la République. Une série de rencontres qui auraient donné lieu à des demandes d’explications, dans un contexte marqué par des tensions. Selon toute information, le membre du gouvernement aurait prétendu avoir été induit en erreur par sa secrétaire générale. Qu’il s’agisse de certaines erreurs constatées sur des ordres de missions, ou de la nomination du nouveau Directeur général de La Poste SA, le nommé Marcel Dikouba.

Germain Biahodjow évoque des « manquements graves » et des « négligences notoires ». Or, selon certains cadres du Ministère de la Communication interrogés par nos soins et qui ont requis l’anonymat, la secrétaire générale n’aurait connu « ni d’Adam, ni d’Eve » le nommé Marcel Dikouba. « Comment aurait-elle pu le nommer ou le proposer pour une nomination ? » s’interrogent les agents.

Il faut avouer que cette affaire de nominations controversées n’a de cesse d’alimenter les conversations. De nombreuses autres personnes, nommées sans bac aux postes de conseillers d’entreprises publiques de communication, continue de susciter l’étonnement.

Une affaire complexe aux ramifications insoupçonnées, qui n’a de cesse de créer des chuchotements dans les couloirs du ministère de la Communication et des Médias.

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