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Minvoul: Un jeune homme inquiété pour avoir dénoncé l’abandon des travaux de l’hôpital départemental

Par Joseph Mundruma

Ce qui n’était au départ qu’un cri du cœur citoyen s’apparente aujourd’hui, pour ses proches, à une inquiétante dérive. Dorlan Zame Minko, jeune Gabonais originaire de Minvoul, plus connu sous le pseudonyme de « Ngosso de Minvoul », se retrouve au centre d’une affaire troublante depuis la publication, le 17 décembre 2025, d’un message sur Facebook dénonçant le retard accusé dans l’exécution des travaux de l’hôpital départemental de Minvoul.

Dans ce post, devenu rapidement viral, le jeune homme s’était contenté de relayer une réalité largement partagée par les populations locales : un chantier hospitalier annoncé depuis des années, mais toujours inachevé, laissant les habitants du département sans infrastructure sanitaire digne de ce nom. Aucune insulte, aucune accusation nominative si ce n’est à l’endroit du présiden de la République, encore moins de propos diffamatoires. Seulement des faits, exprimés avec la colère contenue de ceux qui vivent au quotidien les conséquences de l’abandon des services publics.

Une vue de l’hôpital actuel

Pourtant, depuis la viralité de cette publication, la situation aurait pris une tournure pour le moins inquiétante. Selon des proches de Dorlan Zame Minko, ce dernier aurait commencé à recevoir des appels téléphoniques étranges, évoquant une pseudo-convocation d’une unité de recherche bien connue chez nous. D’abord persuadé qu’il s’agissait d’une plaisanterie ou d’une tentative d’intimidation sans suite, le jeune homme n’y aurait pas prêté une attention particulière. Par mesure de précaution néanmoins, il aurait choisi de regagner la province, loin de Libreville.

Mais cette semaine, les faits rapportés par sa famille font craindre une escalade. Des individus se présentant comme des agents de cette unité de recherche, en civil, se seraient rendus au domicile familial à Minvoul. Ils auraient exhibé des pièces professionnelles, menacé les proches du jeune homme et exigé qu’on leur livre Dorlan Zame Minko. Selon les témoignages recueillis, ces agents auraient affirmé que si la famille refusait de coopérer, le jeune homme s’exposerait à de « sérieux problèmes ».

Face à ce climat de pression et de peur, les proches de « Ngosso de Minvoul » ont décidé de porter l’affaire sur la place publique. Une question simple, mais fondamentale, se pose alors : comment un jeune Gabonais peut-il être pourchassé pour avoir parlé des réalités de son village ? Pour avoir dénoncé un retard de travaux qui affecte directement la santé et la dignité des populations ?

Plus troublant encore, aucun motif clair de poursuite n’a été officiellement communiqué. De quoi Dorlan Zame Minko est-il exactement accusé ? D’avoir exercé sa liberté d’expression ? D’avoir mis en exergue une défaillance de l’action publique ? Ou d’avoir, par la force des réseaux sociaux, mis mal à l’aise certains responsables ?

Cette affaire pose un problème de fond. Dans un contexte national où les autorités affirment vouloir promouvoir la transparence, la redevabilité et la participation citoyenne, la réaction présumée de certains services de l’État apparaît en totale contradiction avec ces principes. Si les faits rapportés se confirment, ils donnent le sentiment d’un usage dissuasif de la peur administrative et sécuritaire pour faire taire une parole jugée dérangeante.

Au-delà du cas individuel de Dorlan Zame Minko, c’est la question de la liberté d’expression des citoyens ordinaires qui est posée. Peut-on encore dénoncer l’état d’un hôpital, d’une route ou d’une école sans craindre des représailles ? Le rôle des institutions n’est-il pas, au contraire, d’apporter des réponses concrètes aux préoccupations soulevées ?

À Minvoul comme ailleurs, les populations n’attendent pas des menaces, mais des soins. Pas des intimidations, mais un hôpital fonctionnel. Et dans un État de droit, parler de la misère quotidienne ne devrait jamais conduire à la peur, encore moins à la traque.

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