Prison centrale de Libreville : que s’est-il réellement passé avec le matricule 212 ?
Par Joseph Mundruma
Il arrive que l’administration se trompe. Il arrive aussi qu’elle dysfonctionne. Plus rarement, elle se tait. Et quand elle se tait trop longtemps, ce n’est plus une erreur : c’est un fait politique. Ce qui se passe depuis plusieurs jours à la prison centrale de Libreville autour de la détention de Bob Mengome, matricule 212, relève précisément de cette catégorie.
Les faits, d’abord. L’accès au détenu est refusé. Systématiquement. Et ce, malgré des autorisations de visite régulièrement délivrées par l’autorité judiciaire compétente. Des mandats émanant du procureur de la République auraient été présentés. Ils n’auraient pas été exécutés. À ce stade, deux hypothèses seulement sont possibles : soit ces informations sont fausses, soit des décisions de justice sont délibérément ignorées.
Si la première hypothèse est exacte, une clarification officielle suffirait à clore le débat. Or il n’y en a pas. Ce qui laisse subsister la seconde.
Dès lors, une question simple se pose. Qui décide, aujourd’hui, de ce qui s’applique et de ce qui ne s’applique pas ? Le droit ou l’administration pénitentiaire ? Un directeur de prison peut-il, seul, suspendre l’exécution de décisions judiciaires ? Ou agit-il sur instruction, auquel cas une autre question surgit : laquelle, et au nom de qui ?
À cette énigme institutionnelle s’ajoute un élément autrement plus inquiétant. Plusieurs témoignages jugés crédibles font état d’une apparition récente de Bob Mengome dans un état physique alarmant. Depuis, plus rien. Aucun accès. Aucune information. Aucun communiqué. Rien. Dans un pays où la rumeur prospère souvent sur l’absence de communication officielle, ce silence n’a rien d’anodin.
Il l’est d’autant moins que le contexte est connu. Le système carcéral gabonais est régulièrement mis en cause par des ONG, des avocats et des familles de détenus pour des conditions de détention incompatibles avec les standards minimaux des droits humains. Dans ce cadre, l’interdiction prolongée et inexpliquée des visites ne ressemble pas à une mesure administrative de routine. Elle ressemble à une précaution. Et les précautions, en démocratie, sont rarement prises sans raison.
Le droit, pourtant, est clair. La Constitution gabonaise garantit à toute personne privée de liberté le respect de sa dignité, de son intégrité physique et morale, ainsi que l’accès aux soins. Le Gabon a, par ailleurs, ratifié des conventions internationales qui ne laissent guère de place à l’interprétation, notamment la Convention des Nations unies contre la torture et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Dès lors, les questions s’accumulent. Bob Mengome est-il gravement malade ? A-t-il subi des violences ou des traitements contraires aux droits humains ? Le refus des visites vise-t-il à empêcher toute constatation indépendante de son état réel ? À défaut de réponses, ces interrogations cessent d’être spéculatives. Elles deviennent légitimes.
Face à cette situation, une réunion d’urgence doit se tenir demain au domicile de son grand frère aîné. Elle réunira la famille, des journalistes et des acteurs de la société civile. Une communication publique est annoncée, accompagnée d’un calendrier d’actions juridiques et institutionnelles destinées à faire respecter la loi et à établir les faits.
Le Gabon peut vivre avec des prisons surpeuplées. Il a déjà vécu avec des administrations lentes. Mais il ne peut durablement accepter que des décisions judiciaires soient ignorées sans explication. Car à partir du moment où la loi cesse de s’appliquer à l’intérieur des murs, elle finit toujours par s’éroder à l’extérieur.
Quand le silence persiste, il ne protège plus.
Il accuse.
Et il engage des responsabilités.
La vérité, ici, n’est pas un slogan. C’est une exigence. Et elle ne peut plus attendre.



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