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Réforme de la CNSS : Le passage aux 23 %, un sursaut nécessaire face à la réalité démographique.

Par Stive Roméo Makanga

Il y a des chiffres qui inquiètent avant même d’être compris. Le taux de 23 % appliqué désormais aux prestations sociales appartient à cette catégorie. Vu de loin, il ressemble à une ponction supplémentaire sur un monde du travail déjà sollicité. Vu de près, il raconte une tout autre histoire : celle d’un système de retraite qui tente enfin de se réconcilier avec la réalité démographique, économique et actuarielle.

Car cette réforme n’est ni improvisée ni idéologique. Elle est le fruit d’un long retard. Très long même. Près de vingt ans.

Une réforme attendue depuis deux décennies

Lorsque la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) voit le jour en 1975, le taux global de cotisation est fixé à 22,6 %. Un équilibre pensé pour un pays jeune, une pyramide des âges favorable et un rapport cotisants/retraités confortable. À l’époque, la branche pension vieillesse ne posait pas de problème majeur. Elle était financée à hauteur de 7,5 %, dont seulement 2,5 % à la charge du salarié.

Mais le temps, lui, ne cotise pas. Cinquante ans plus tard, la démographie a changé, les carrières se sont allongées, les retraités sont plus nombreux et vivent plus longtemps, ce qui est une bonne nouvelle, sauf pour les comptes. La branche pension est devenue déficitaire. Structurellement.

Les études actuarielles l’avaient pourtant annoncé il y a près de vingt ans. Elles recommandaient déjà un relèvement du taux pour éviter que le système ne s’épuise à force de promesses non financées. Il aura fallu attendre que le déficit devienne une évidence comptable pour que la réforme s’impose enfin.

23 % : un réajustement, pas une révolution

Le nouveau taux de 23 % ne tombe pas du ciel. Il est le résultat de travaux menés par une commission tripartite associant employeurs, partenaires sociaux et CNSS, renforcés par les audits de la CIPRES et les conclusions de la Task force.

La réforme est dite « paramétrique », ce qui, dans le jargon des retraites, signifie qu’on ajuste les curseurs sans casser la machine. La nouvelle répartition est claire :

 

– Prestations familiales : 5 %

 

– Risques professionnels : 2 %

 

– Pension d’invalidité et de vieillesse : 16 %

 

– dont 5 % pour le salarié

 

– et 11 % pour l’employeur

 

Autrement dit, l’effort porte là où se situe le problème : la pension vieillesse. Et non sur des branches périphériques.

Un souci d’équité rarement souligné

Autre élément notable, et trop peu commenté : le taux d’imposition est désormais identique pour l’État employeur et pour les employeurs du secteur privé. Une symétrie rare dans un pays où les règles sociales ont souvent tendance à varier selon la nature de l’employeur.

Mieux encore, le taux supporté par le salarié du secteur privé demeure inférieur à celui du secteur public. Une réalité qui bat en brèche l’idée d’un transfert brutal de charges vers les travailleurs les plus vulnérables.

Cette réforme ne cherche pas à opposer les statuts, mais à rééquilibrer un système qui, sans correction, aurait fini par pénaliser tout le monde, à commencer par les retraités.

Ce que les retraités ont à y gagner

Car c’est bien là l’enjeu central. Derrière les pourcentages et les tableaux actuariels, il y a une question simple : les pensions de demain seront-elles payées ?

Les projections à moyen et long terme sont sans ambiguïté. L’application des nouveaux taux permet de restaurer progressivement l’équilibre de la branche vieillesse, d’améliorer la capacité de prise en charge des assurés et de sécuriser les droits acquis.

Pour les retraités actuels et futurs, la réforme ouvre la voie à une amélioration significative du niveau de vie, à une plus grande régularité des paiements et à une crédibilité retrouvée du système.

Le courage discret des réformes tardives

Il est toujours plus facile de différer une réforme des retraites que de l’assumer. Celle-ci arrive tard, mais elle arrive enfin. Elle ne promet pas des miracles. Elle fait mieux : elle aligne les cotisations sur la réalité, corrige un déséquilibre ancien et donne un avenir à la branche la plus sensible de la protection sociale.

À 23 %, le taux n’est pas un fardeau. Il est le prix de la sincérité. Et, pour une fois, ce sont les retraités (d’aujourd’hui comme de demain) qui pourraient bien en être les premiers bénéficiaires.

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