Retour de la diaspora : À travers le PNPE, le Gabon tente la reconquête stratégique de ses compétences
Par Stive Roméo Makanga
À l’heure où l’Afrique centrale affronte une équation redoutable (explosion démographique, chômage endémique et fuite persistante des talents) le Gabon tente d’inverser une dynamique longtemps subie : celle de l’exil de ses compétences. Cette inflexion politique trouve son origine au plus haut sommet de l’État. Lors de son déplacement en France, en novembre 2024, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait clairement exprimé le souhait de voir les Gabonais de la diaspora regagner le pays afin de contribuer activement à la relance et à la diversification de l’économie nationale. Un appel à la responsabilité autant qu’un signal politique fort, inscrit dans la logique de refondation portée depuis le 30 août 2023.
C’est précisément dans cette optique que s’inscrit le dispositif d’aide au retour volontaire et à la réinsertion professionnelle des Gabonais de France, porté par le Pôle national de promotion de l’emploi (PNPE) et son directeur général, Pascal Franck Nze Ndong Nze, en partenariat avec l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Plus qu’un programme administratif, il s’agit d’un instrument stratégique de reconquête du capital humain.
Il faut dire que l’initiative n’est pas déconnectée des trajectoires individuelles. Bien au contraire. Pascal Franck Nze Ndong Nze incarne lui-même cette dynamique de retour. Ancien membre de la diaspora, ayant résidé et exercé à l’étranger, il a fait le choix de regagner le Gabon, dans le sillage du « coup de la Libération ». En rentrant au pays, il donnait corps, par l’exemple, à une exigence désormais portée par le chef de l’État : celle d’un retour utile, responsable et productif des compétences gabonaises de l’extérieur. Nommé à la tête du PNPE, bras séculier de l’État en matière de politique de l’emploi, il s’emploie aujourd’hui, sur instruction du président de la République, à nouer des partenariats concrets avec des organismes stratégiques, au premier rang desquels l’OFII, afin de faciliter et sécuriser le retour volontaire des Gabonais de France.
L’initiative part d’un constat lucide. Depuis des décennies, la France concentre une part significative de la diaspora gabonaise qualifiée. Ingénieurs, techniciens, cadres intermédiaires, entrepreneurs potentiels : autant de profils formés à grands frais, souvent intégrés dans l’économie française, mais dont les compétences demeurent largement sous-exploitées par le pays d’origine. Dans un monde où la compétitivité des nations repose moins sur les matières premières que sur la maîtrise du savoir, cette situation constitue un luxe que le Gabon ne peut plus se permettre.
Aussi, le partenariat OFII-PNPE entend ainsi structurer ce qui, jusqu’ici, relevait davantage de démarches individuelles que d’une politique publique cohérente. Il ne s’agit plus seulement d’encourager le retour, mais de le rendre économiquement rationnel et socialement viable. Autrement dit, de passer d’un retour subi ou sentimental à un retour stratégique, pensé comme un levier de développement.
L’objectif général du dispositif conçu par le patron du PNPE est explicite : faciliter le retour volontaire et assurer une réinsertion socio-professionnelle durable, qu’elle prenne la forme d’un emploi salarié, de l’auto-emploi ou de la création d’activités économiques. Mais l’ambition réelle se loge dans ses objectifs spécifiques : préparation administrative en amont, insertion rapide sur le marché du travail national, soutien à l’entrepreneuriat, valorisation de l’expérience acquise à l’étranger et contribution mesurable à la réduction du chômage.
Le projet repose sur une architecture en quatre composantes, en rompant avec les politiques improvisées du passé. La première concerne la préparation et l’accompagnement au retour dès la France : information des bénéficiaires, validation des projets professionnels ou économiques, appui logistique et administratif. Une étape décisive, car sans anticipation rigoureuse, le retour se transforme trop souvent en désillusion.
La deuxième composante porte sur l’insertion professionnelle salariée. Le PNPE, en tant qu’opérateur national, assure l’accueil, l’enregistrement, le suivi et la mise en relation avec les entreprises. Le succès de cette phase dépend toutefois d’un paramètre structurel : la capacité du tissu économique gabonais à absorber ces compétences, ce qui suppose un environnement des affaires plus attractif et une croissance effective.
D’où la centralité de la troisième composante, dédiée à l’entrepreneuriat et à l’auto-emploi. Le dispositif reconnaît ici une réalité économique incontournable : l’emploi salarié ne suffira pas. L’accompagnement à la création d’entreprise, la maturation des projets et l’orientation vers les mécanismes de financement existants visent à transformer les rapatriés en créateurs de valeur et d’emplois, à condition que l’État sache lever les obstacles administratifs et financiers persistants.
Enfin, la quatrième composante introduit une culture encore trop rare dans l’action publique gabonaise : celle du suivi et de l’évaluation post-réinsertion. Suivi individualisé, mesure de la durabilité de l’insertion, capitalisation des résultats et des bonnes pratiques constituent des outils indispensables pour sortir de la logique de l’annonce et entrer dans celle de l’impact.
La répartition des rôles entre l’OFII et le PNPE apparaît, sur le papier, équilibrée. À l’OFII, l’identification et l’accompagnement des bénéficiaires en France ; au PNPE, l’accueil, l’orientation, l’accompagnement vers l’emploi ou l’entrepreneuriat et le reporting. La gouvernance prévoit un comité de pilotage conjoint et des rapports périodiques, gages de coordination et de transparence.
En misant sur le retour utile de sa diaspora, conformément à la vision exprimée par le président de la République et mise en œuvre par le PNPE sous l’impulsion de Pascal Franck Nze Ndong Nze, le Gabon fait un choix stratégique pertinent.



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