Ngam Essone : de capitaine de l’USO à manager général d’Oyem AC
Ancien joueur et capitaine emblématique de l’Union Sportive d’Oyem, Ngam Essone entame aujourd’hui une nouvelle étape de sa carrière dans l’encadrement du football. Désormais nommé manager général d’Oyem AC, il aura la lourde responsabilité de structurer le projet sportif du club et de porter ses ambitions. Dans cet entretien, il revient sur sa nomination, ses objectifs et la rivalité historique entre les deux clubs de la ville d’Oyem.
1- Ngam Essone, vous avez marqué l’histoire de l’USO en tant que joueur et capitaine. Que retenez-vous principalement de cette période ?
<< J’ai quitté l’USO en 2021/2022 après 13 saisons. J’ai contribué à faire monter le club en première division à deux reprises, en 2005 puis en 2018. Avec l’âge, je ne pouvais plus fournir les mêmes efforts pour la D1, d’où mon choix de rejoindre Oyem AC. USO restera toujours ma “mère”, le club qui m’a vu naître et qui m’a ouvert toutes les portes. Je resterai attaché à ce club, de loin ou de près. >>
2- À quel moment avez-vous commencé à envisager une reconversion dans le management sportif ?
<< Après la Coupe d’Afrique de 2017, USO a traversé une période difficile en D2, abandonné par le président et son bureau dz club et leader, avec mon grand frère Touré Asseko, nous avons pris nos responsabilités pour maintenir l’équipe.
Je gérais les regroupements, faisais venir les joueurs, leur parlais pour leur redonner envie et leur rappeler les enjeux. Nous avons évité la relégation en D3. L’année suivante, M. Touré Asseko est devenu président, et moi conseiller stratégique et capitaine. J’assumais ces trois rôles. J’avais déjà cette vision de manager depuis mon passage au FC 105 en 2007 et au Missile FC à Manga. En 2021, j’ai commencé des cours de management en ligne, mais faute de moyens (400 000 FCFA pour la licence), j’ai dû arrêter. À Oyem AC, j’ai sollicité le DTN provincial, M. Rismo Obiang, pour organiser un stage de management, car je veux être manager sportif, pas coach. >>
3- Qu’est-ce qui vous a convaincu d’accepter le poste de Manager Général à Oyem AC, club rival de votre ancienne équipe ?
<< J’ai passé trois saisons comme capitaine à Oyem AC (2022-2023), très proche du président Nkeyi. Nous avons réussi à faire monter le club en première division après plus de sept tentatives. J’ai joué un rôle important dans le recrutement. Les coachs me consultaient pour savoir si tel ou tel joueur pouvait aider l’équipe. Mes avis étaient souvent suivis. Lors d’un tournoi à Oyem, alors que j’étais simple supporter, j’ai conseillé au PCA de conserver six joueurs précis. Ils sont toujours là aujourd’hui, et le nouveau coach les apprécie beaucoup. C’est à ce moment-là que le bureau a décidé de me donner ma chance comme manager sportif. >>
4- Comment s’est déroulée votre prise de fonction?
<< Avant même ma nomination officielle,
j’accompagnais déjà le club aux matchs amicaux et aux entraînements. Je donnais mon avis sur les recrues.
Un matin, ma nomination a été annoncée. Je suis venu à l’entraînement comme d’habitude et j’ai continué le travail. Pour les médias, la présentation officielle se fera lors du premier match d’Oyem AC le 14 contre Vautour Club. >>
5- La rivalité entre USO et Oyem AC est connue dans la ville. Comment la décrivez-vous ?
<< L’USO et Oyem AC sont comme deux frères qui ne s’entendent pas toujours. Mais la rivalité reste sur le terrain.
Je peux dire que lorsque j’étais à l’USO, le président d’Oyem AC aidait parfois le club financièrement, et inversement. En dehors du stade, les dirigeants se fréquentent et travaillent dans les mêmes associations. Mais sur le terrain, chacun veut montrer qu’il est le meilleur. C’est une rivalité saine. >>
6- Certains supporters peuvent voir votre arrivée comme une “trahison”. Que leur répondez-vous ?
<< Je suis parti de USO en 2021. J’ai disputé un premier match amical avec Oyem AC contre l’USO à Akuakam (défaite 1-0). Le footballeur, comme le coach, doit être prêt à aller partout. J’ai ramené beaucoup de supporters à Oyem AC. Plus de 30 % des fans qui me suivaient à USO sont aujourd’hui à Oyem AC. Je suis un leader respecté dans la ville. Même à USO, certains dirigeants me demandent parfois mon avis. Je compare cela à un enfant dont le père a deux épouses : il est né d’une, mais peut aller chez l’autre. C’est la famille. >>
7- Pensez-vous que cette rivalité peut être un moteur de développement pour le football local ? Comment comptez-vous gérer la pression émotionnelle liée à votre passé à USO ?
<< La pression ne me dérange pas. Je l’ai toujours assumée. En 2005, après avoir quitté l’USO pour le FC 105, j’ai marqué le but décisif pour le titre. En 2011, avec le Missile FC, nous avons battu l’USO 7-0, j’ai inscrit deux buts. En 2012, à l’USB, j’ai aussi marqué contre l’USO. Le contrat oblige à faire son travail. Pas de sentiments sur le terrain. >>
8- Quels sont les points prioritaires sur lesquels vous travaillez actuellement (effectif, encadrement, organisation interne, formation) ?
<< Je gère l’effectif et l’organisation sportive. Je définis avec le coach les profils recherchés, je contacte les agents, et nous validons ensemble les recrues.
Si un joueur ne correspond pas, je discute avec lui. Je suis exigeant. Je veux des joueurs qui apportent un plus. Je supervise aussi la D3 et observe les jeunes talents chaque jour. >>
9- Le club a-t-il les moyens sportifs et financiers de ses ambitions ?
<< Oyem AC est basé sur un principe : ce sont les ambitions qui créent les moyens. Même sans gros budget, nous visons le haut du tableau, pas le ventre mou. >>
10- Souhaitez-vous instaurer une nouvelle identité de jeu ou une nouvelle culture interne ?
<< Je veux instaurer une vraie gestion des hommes. Garder au moins dix joueurs d’une saison à l’autre pour créer une stabilité. Beaucoup de clubs recommencent à zéro chaque année. Moi, je veux changer cette mentalité. >>
11- Où voyez-vous Oyem AC dans trois ans ? Et comment comptez-vous développer davantage la formation des jeunes talents locaux ?
<< Avec une bonne collaboration du bureau, Oyem AC peut devenir comme le grand USB d’avant. Toujours dans le top. Nous travaillons aussi sur la formation des entraîneurs des petites catégories. Depuis deux ans, les résultats sont encourageants. >>
Mot de fin
<< Je veux transmettre mon vécu et mes connaissances sur la gestion des joueurs. Moderniser les mentalités, instaurer des programmes fixes et une meilleure organisation.
Aux supporters, pas d’insultes, pas de violence. Soutenez votre équipe. Le football est un jeu, avec des enjeux, mais cela doit rester une fête de famille. >>



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