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Kobé-Kobé : le Gabon lance le grand chantier de l’après-pétrole

Par Stive Roméo Makanga 

Le Gabon a officiellement franchi une étape décisive dans sa stratégie de transformation économique avec le lancement des travaux du futur port en eau profonde de Kobé-Kobé, dans la province de l’Estuaire. Bien plus qu’une simple infrastructure portuaire, ce projet structurant est appelé à devenir l’un des principaux leviers de diversification économique du pays et l’un des symboles les plus marquants de l’après-pétrole.

Situé sur la façade atlantique, le site de Kobé-Kobé a été retenu pour ses caractéristiques naturelles exceptionnelles. Contrairement au port d’Owendo, dont les capacités demeurent limitées face à l’augmentation des flux commerciaux, le futur complexe disposera d’un tirant d’eau compris entre 14 et 16 mètres, lui permettant d’accueillir des navires de grand tonnage et de se positionner comme une plateforme logistique de référence en Afrique centrale.

vue des affiches pendant l’événement

Mais réduire Kobé-Kobé à sa seule dimension portuaire serait une lecture incomplète de l’ambition portée par les autorités gabonaises. Le projet s’inscrit dans une chaîne de valeur intégrée articulée autour de quatre composantes majeures : l’exploitation du gisement de fer de Belinga, considéré comme l’un des plus importants au monde encore inexploités ; la construction d’une ligne ferroviaire reliant la mine au littoral ; la réalisation du port en eau profonde ; et l’édification du futur barrage hydroélectrique de Booué destiné à fournir l’énergie nécessaire à l’ensemble du complexe.

Cette approche intégrée vise à garantir que la richesse générée par l’exploitation du minerai profite davantage à l’économie nationale. L’ambition affichée est non seulement d’assurer l’exportation du fer gabonais dans des conditions optimales, mais également de favoriser sa transformation locale afin de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.

Le projet est porté par Africa Global Logistics (AGL), dans le cadre d’une convention signée avec l’État gabonais en avril 2026. Sa mise en service est envisagée à l’horizon 2030. Selon les projections avancées, le complexe pourrait générer jusqu’à 160 000 emplois directs et indirects, offrant ainsi des perspectives considérables pour l’économie nationale et pour une jeunesse en quête d’opportunités professionnelles.

Au-delà des chiffres, Kobé-Kobé traduit une vision stratégique de long terme. Dans un contexte marqué par une concurrence croissante entre les grands ports de la sous-région, le Gabon entend renforcer sa position géographique privilégiée pour devenir un hub logistique incontournable en Afrique centrale.

Le projet illustre également une volonté affirmée de souveraineté économique. En associant plusieurs partenaires internationaux à différentes composantes du complexe tout en conservant la maîtrise d’ouvrage et la cohérence d’ensemble, l’État gabonais entend diversifier ses partenariats sans aliéner ses intérêts stratégiques. Cette démarche traduit une doctrine fondée sur l’ouverture, l’équilibre des coopérations et la préservation de l’indépendance décisionnelle du pays.

À travers Kobé-Kobé, le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguéma, matérialise ainsi une vision longtemps évoquée : celle d’un Gabon capable de s’appuyer sur ses ressources naturelles pour construire un nouveau modèle de développement, moins dépendant des revenus pétroliers et davantage tourné vers l’industrialisation, la transformation locale et la création d’emplois. Si les échéances sont respectées, le futur port en eau profonde pourrait devenir, dans les années à venir, l’un des principaux moteurs de la mutation économique du pays.

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