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Manganèse : le Gabon obtient d’Eramet un engagement industriel jusqu’en 2031

Par Joseph Mundruma

En signant, le 20 juillet à Paris, un protocole d’accord avec le groupe français Eramet et sa filiale gabonaise Comilog, le gouvernement gabonais a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de transformation locale des ressources minières. L’accord, conclu en présence des présidents Brice Clotaire Oligui Nguema et Emmanuel Macron, prévoit qu’à l’horizon de la fin de l’année 2031, jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse seront transformées chaque année sur le territoire gabonais.

Au-delà de la portée symbolique de cette signature, c’est une inflexion profonde des relations entre l’État gabonais et le principal opérateur minier du pays qui se dessine. Pendant plusieurs décennies, le modèle économique reposait essentiellement sur l’extraction et l’exportation du minerai brut, laissant l’essentiel de la valeur ajoutée être capté à l’étranger, là où étaient implantées les unités métallurgiques et chimiques. Désormais, Libreville entend imposer une logique différente : celle d’une industrialisation progressive des matières premières nationales.

Cette évolution s’inscrit dans la continuité de la décision présidentielle annoncée en 2025 d’interdire, à compter du 1er janvier 2029, l’exportation de manganèse brut. Une orientation qui oblige les industriels présents au Gabon à adapter leur modèle économique et leurs investissements afin de développer des capacités locales de transformation.

Le protocole signé avec Eramet fixe précisément une feuille de route industrielle destinée à accompagner cette mutation. L’objectif affiché est de parvenir à transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an d’ici à la fin de 2031. Pour y parvenir, les partenaires prévoient d’étudier plusieurs scénarios industriels susceptibles d’accroître les capacités métallurgiques du pays tout en tenant compte des contraintes énergétiques, logistiques et économiques.

Cette approche traduit un changement de méthode. Là où les précédentes politiques minières étaient principalement centrées sur la croissance de la production, la priorité est désormais accordée à la montée en gamme industrielle. La transformation locale ne constitue plus seulement un objectif économique ; elle devient un levier de souveraineté industrielle.

Le pari est considérable. Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon demeure encore largement dépendant de l’exportation de minerai brut. Si des infrastructures de transformation existent déjà à Moanda, notamment avec le Complexe métallurgique mis en service en 2015, elles ne permettent aujourd’hui de traiter qu’une fraction de la production nationale. Une part importante du minerai continue d’être exportée, principalement vers l’Asie, avant d’être transformée dans des usines situées hors du territoire gabonais.

L’accord signé à Paris apparaît donc comme une tentative de rééquilibrer cette chaîne de valeur. Pour le Gabon, l’enjeu dépasse largement la seule production de ferromanganèse ou de produits chimiques dérivés. La transformation locale ouvre la perspective d’une augmentation des recettes fiscales, de la création d’emplois qualifiés, du développement d’un tissu industriel national et du renforcement des compétences technologiques.

Elle suppose néanmoins des investissements lourds. L’industrie métallurgique figure parmi les activités les plus consommatrices d’électricité. L’atteinte des objectifs fixés dépendra donc de la capacité du pays à sécuriser durablement son approvisionnement énergétique, tout en développant les infrastructures de transport, de logistique et de formation nécessaires à cette montée en puissance industrielle.

L’engagement d’Eramet revêt également une dimension stratégique pour le groupe français. Exploitant historique de la mine de Moanda à travers Comilog, il lui faudra désormais adapter son modèle économique à un environnement réglementaire profondément transformé. L’accord traduit ainsi une volonté de préserver les intérêts industriels de long terme de l’entreprise tout en accompagnant les nouvelles orientations économiques fixées par les autorités gabonaises.

Reste toutefois une interrogation majeure : les ambitions affichées correspondent-elles pleinement aux objectifs initialement annoncés par le gouvernement gabonais ? Plusieurs observateurs rappellent que les premières déclarations officielles évoquaient des volumes de transformation locale sensiblement plus élevés et un calendrier plus rapproché. Le protocole finalement signé retient une cible de 700 000 tonnes annuelles à l’horizon 2031, un niveau inférieur aux ambitions précédemment évoquées dans le débat public.

Cette nuance ne remet pas en cause la portée de l’accord, mais elle rappelle que la réindustrialisation d’un secteur aussi stratégique que celui du manganèse relève davantage d’un processus progressif que d’une rupture immédiate. Entre les impératifs de souveraineté économique portés par Libreville et les contraintes industrielles d’un acteur mondial comme Eramet, le compromis trouvé dessine une trajectoire plutôt qu’une transformation instantanée.

L’enjeu, désormais, sera celui de l’exécution. Les prochaines années permettront de mesurer si cette feuille de route se traduit effectivement par de nouvelles usines, une augmentation des capacités métallurgiques, des créations d’emplois industriels et, surtout, une captation accrue de la valeur ajoutée par l’économie gabonaise. C’est à cette condition que le manganèse cessera d’être uniquement une richesse extraite du sous-sol pour devenir un véritable moteur d’industrialisation nationale.

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