Vernissage littéraire : la Vision Mebage Menkpam au cœur d’un ambitieux projet spirituel, philosophique et civilisationnel
Par Stive Roméo Makanga
Le Complexe Social de London, situé derrière l’ancienne COSYGA à Libreville, a servi de cadre, le samedi 30 mai, à un événement culturel et intellectuel d’une rare densité : le vernissage de deux ouvrages majeurs consacrés à la Vision Mebage Menkpam. Signés par Monseigneur Docteur Alain Pascal Biteghe-Bi-Nzeng, il s’agit de: « Une nouvelle ère humaine: la vision Mebage Menkpam » et « De Camille Ndziboe Mebale à Mebage Memone Sikum ». Ces livres entendent poser les jalons d’une réflexion profonde sur l’homme, la spiritualité, la connaissance et l’avenir de l’humanité. Il faut dire que ces ouvrages s’inscrivent dans la célébration du trentenaire de ce que leurs promoteurs présentent comme une effusion divine déposée au Gabon il y a trois décennies.
Devant un public composé d’intellectuels, d’universitaires, d’étudiants, de responsables religieux et d’acteurs culturels, les intervenants ont développé les fondements d’une doctrine qui entend réconcilier théologie, médecine, philosophie et traditions africaines.

« L’Éternel Dieu Mebage Menkpam a déposé une effusion importante de son fils, le Christ, au Gabon et cela fait trente ans. Mais trente ans durant, les Gabonais et les Africains n’en profitent pas », a déclaré l’auteur. Avant de poursuivre : « Mebage Me Mwane nous a montré qu’il n’y a que l’amour qui peut enlever la haine. Il n’y a que l’amour qui puisse faire grandir l’humanité et c’est ce que l’Éternel Mebage Menkpam vient célébrer. »

L’auteur a également tenu à déconstruire certaines idées reçues sur les civilisations africaines : « On nous dit souvent que les Africains sont des peuples d’oralité. Mais ce n’est pas vrai. L’écriture est née en Afrique. Il faut que les Africains soient convertis à la vérité », a-t-il soutenu.
Selon leurs concepteurs, les deux livres répondent à des objectifs distincts mais complémentaires.
Le premier ouvrage, présenté comme le plus didactique, propose une initiation aux fondements de la doctrine Mebage Menkpam. « Le premier ouvrage est beaucoup plus didactique. Il vous apprend qui est l’Éternel Dieu, comment faire pour être à ses côtés », a expliqué l’auteur.
Le second se présente comme un témoignage consacré à l’œuvre et à la personnalité de Camille Marie Nzime Mebale. « Tout le monde a entendu parler de ce nom mais personne ne sait qui il est vraiment. Il s’agit d’un Gabonais qui a réussi à être fidèle à Dieu. Il fallait donc faire ce livre qui devait prouver que le Gabon a eu un Christ. Lorsque vous lirez ce livre, vous allez analyser les faits de sa vie », a-t-il affirmé.

L’ouvrage à couverture blanche retrace ainsi la biographie, le parcours spirituel et l’œuvre du Révérend Archevêque Nzibi Abeghe, fondateur de l’Église Saint Sauveur. Quant à l’ouvrage à couverture bleue, il développe davantage les fondements théologiques et philosophiques de la Vision Mebage Menkpam, tout en établissant un dialogue inédit entre la Mvettologie et la théologie.
L’auteur principal de ces ouvrages, Monseigneur Docteur Alain Pascal Biteghe-Bi-Nzeng, possède un parcours singulier à la croisée du savoir scientifique et de l’engagement spirituel.
Médecin neurochirurgien formé en Chine, il obtient un doctorat en médecine en 1992 avant de décrocher un doctorat en neurochirurgie en juin 2009. Spécialiste reconnu, il exerce au Centre Hospitalier Universitaire d’Owendo (CHUO) et préside le Syndicat des médecins gabonais.
Parallèlement à sa carrière médicale, il poursuit un engagement religieux soutenu au sein de l’Église Saint Sauveur où il est consacré prêtre en 2003 avant d’être élevé à la dignité épiscopale.
À travers ces publications, il entreprend de retracer la vie de son maître spirituel, l’Archevêque Nzibi Abeghe, tout en révélant les différentes étapes qui ont marqué son existence.
L’auteur développe notamment le concept d’« invisibilité », présenté comme l’un des fondements de l’aura spirituelle du fondateur de l’Église Saint Sauveur. Un concept qui aurait contribué à renforcer sa renommée théologique et religieuse, au point que lors de la visite du pape Jean-Paul II au Gabon, celui-ci aurait bénéficié d’une forme de réhabilitation au sein de l’Église catholique qui l’avait jadis mis à l’écart.
Parmi les personnalités présentes au vernissage figurait le professeur Grégoire Biyogho, président du Comité international des savants africains, titulaire de la Chaire UNESCO au Gabon, historien de la philosophie, père de l’Ekanlogie et figure incontournable de la Mvettologie africaine.
Auteur de deux encyclopédies consacrées au Mvett, celui que beaucoup considèrent comme le père de la Mvettologie moderne a eu la lourde responsabilité de présenter l’essence du projet inaugural et d’exposer le substratum philosophique de la Vision Mebage Menkpam.
Son intervention a notamment porté sur la question de l’incarnation de la divinité dans un corps humain, son dévoilement à travers la parole, les actes, le sacerdoce et la manifestation de l’absolu dans l’expérience humaine.
Cette rencontre a également permis de présenter la dimension trinitaire qui constitue le cœur doctrinal de cette vision, tout en rendant un hommage appuyé à l’Archevêque Nzibi. Au-delà de la dimension religieuse, de nombreux thèmes ont été abordés au cours des échanges. Les participants se sont penchés sur les déplacements contemporains de la philosophie médicale, la déprogrammation de certaines conceptions traditionnelles de la médecine, la puissance des messages mariaux et des ancêtres angélisés, ainsi que sur la liturgie spécifique faite de prières, de rites, de chants, de cérémonies et d’un prophétisme inspiré de cette doctrine émergente.
L’événement a également enregistré la participation de Steve Elvis Ella, enseignant permanent à l’École normale supérieure, auteur de plusieurs ouvrages consacrés au Mvett ainsi qu’à l’histoire des savoirs médicaux.
Selon lui, les deux livres qui ont fait l’objet du vernissage constituent une source importante pour comprendre la personnalité du fondateur de l’Église Saint Sauveur.
« En lisant ces deux livres, nous apprenons beaucoup de celui qui était le fondateur de l’Église Saint Sauveur. Il s’agit de quelqu’un qui a fait des études de philosophie, de droit et de théologie », a-t-il souligné.
Le chercheur a rappelé que le Révérend Archevêque Nzibi Abeghe avait reçu une formation solide en théologie, en philosophie et en médecine. Il a exercé son ministère sacerdotal au Gabon entre 1961 et 1976 avant de rompre avec l’Église catholique pour fonder sa propre communauté religieuse. Décédé en 2018, il laisse derrière lui une œuvre dont Monseigneur Alain Pascal Biteghe-Bi-Nzeng apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux continuateurs.
Le second ouvrage se distingue particulièrement par la discussion qu’il ouvre entre la Mvettologie et la théologie. En effet, l’auteur y développe l’idée selon laquelle le nom traditionnellement attribué à la divinité dans le Mvett, « Nzame Ye Mebage », ne correspondrait pas à sa véritable dénomination, laquelle serait plutôt « Mebage Menkpam ».
À partir de cette relecture, il déploie la vision élaborée par le père fondateur du mouvement au cours d’un long processus de maturation spirituelle s’étendant de 1997 à 2018.
L’ouvrage met ainsi en exergue un important travail de généalogie, de continuité historique et onomastique entre les concepts hérités du Mvett et ceux développés dans la Vision Mebage Menkpam. Une construction intellectuelle qui ambitionne de faire dialoguer la théologie, la philosophie et la médecine autour d’une même quête de sens.
À travers ce vernissage, les promoteurs de cette vision ont ainsi voulu offrir au public bien davantage qu’une simple présentation d’ouvrages. Ils ont proposé une immersion dans un projet spirituel et intellectuel qui entend participer aux débats contemporains sur l’identité africaine, la connaissance, la foi et l’avenir de l’humanité.



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