Chargement en cours

Décès à répétition dans les trains : jusqu’à quand la SETRAG se dédouanera-t-elle ?

Par Stive Roméo Makanga

Un nouveau drame vient de frapper le réseau ferroviaire gabonais. Ce vendredi 29 mai 2026, la Société d’exploitation du Transgabonais (SETRAG) a annoncé le décès d’un voyageur à bord du train n°431 reliant Owendo à l’intérieur du pays. Le passager a succombé entre les gares de Boué et de Lastourville après un malaise que les équipes de bord n’ont manifestement pas réussi à maîtriser.

Comme à l’accoutumée, la communication de la SETRAG est parfaitement huilée : le voyageur souffrait d’une « pathologie chronique », un médecin était présent à bord, une assistance aurait été immédiatement prodiguée, mais le décès a tout de même été constaté à l’arrivée en gare de Lastourville. Une explication devenue presque mécanique à mesure que les décès s’accumulent.

Car ce nouveau cas n’est pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une série noire qui interroge sérieusement la capacité de la compagnie ferroviaire à garantir une prise en charge médicale efficace durant les longs trajets du Transgabonais.

Depuis 2022, au moins quatre décès de passagers ont été documentés à bord des trains de la SETRAG. En février 2025, une passagère est morte entre Andem et Ntoum alors qu’elle se rendait à Owendo pour des examens médicaux. En décembre 2023, une autre voyageuse a perdu la vie lors d’une escale à Lastourville. En mai 2022, Alban Romaric Lengata Siba décédait à bord du train n°290. Quelques mois plus tôt, un jeune passager de 26 ans trouvait également la mort entre Abanga et Ndjolé.

À chaque fois, le scénario est identique : un malaise, une intervention des équipes de bord, puis un décès. À chaque fois également, la SETRAG renvoie la responsabilité vers l’état de santé des victimes.

Or, après plusieurs décès survenus dans des circonstances comparables, la question n’est plus seulement celle de la santé des passagers. Elle est aussi celle des moyens déployés par la compagnie pour faire face aux urgences médicales sur un parcours de près de 650 kilomètres traversant parfois des zones éloignées de tout centre hospitalier.

Comment expliquer qu’autant de passagers meurent malgré la présence annoncée d’équipes médicales ? Les dispositifs d’urgence sont-ils réellement adaptés ? Les trains disposent-ils du matériel nécessaire pour gérer les situations critiques ? Les délais d’intervention sont-ils compatibles avec les exigences d’une urgence vitale ? Autant de questions auxquelles la SETRAG répond rarement.

Plus préoccupant encore, l’entreprise continue de communiquer comme si chaque décès relevait exclusivement de la fatalité individuelle. Pourtant, lorsqu’un même type d’événement se reproduit année après année dans le même environnement, la responsabilité de l’exploitant ne peut être systématiquement écartée.

La SETRAG met régulièrement en avant la présence d’un personnel médical à bord et annonce depuis plusieurs mois l’arrivée de wagons médicalisés. Mais ces mesures tardives apparaissent surtout comme l’aveu que le dispositif actuel présente des insuffisances manifestes.

L’entreprise ne publie par ailleurs aucune statistique détaillée sur les malaises enregistrés à bord de ses trains, ni sur les délais d’intervention, ni sur les audits éventuels de ses procédures médicales. Cette absence de transparence alimente inévitablement les interrogations.

Le décès annoncé ce vendredi rappelle une réalité dérangeante : pour certains voyageurs, embarquer à bord du Transgabonais peut encore signifier parcourir plusieurs centaines de kilomètres sans garantie d’une prise en charge médicale adaptée en cas d’urgence.

Au-delà des communiqués de circonstance et des condoléances d’usage, les familles endeuillées et l’opinion publique sont en droit d’attendre davantage qu’une simple évocation de pathologies préexistantes. Après plusieurs morts enregistrées en quelques années, la SETRAG doit désormais rendre des comptes sur l’efficacité réelle de son dispositif sanitaire et sur sa capacité à protéger la vie des passagers qui lui sont confiés.

Laisser un commentaire