Électricité/Gabon : 500 milliards investis, mais pour quels résultats ?
Par Joseph Mundruma
À l’heure où les délestages rythment encore le quotidien des populations, l’annonce de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) d’avoir investi près de 500 milliards de FCFA entre 2024 et 2025 soulève une interrogation centrale : à quoi ont réellement servi ces milliards ?
D’après son administrateur directeur général, Steeve Saurel Legnongo, ces investissements, réalisés avec l’appui de l’État gabonais devenu actionnaire majoritaire après le retrait de Veolia, visaient à juguler une crise énergétique persistante. Sur le papier, les orientations semblent cohérentes : acquisition d’équipements pour la maintenance, achat de groupes électrogènes, apurement de dettes vis-à-vis des prestataires.
Cependant, une première contradiction apparaît. Si ces fonds ont effectivement été mobilisés pour renforcer le réseau et améliorer la production, pourquoi les coupures d’électricité demeurent-elles aussi fréquentes, notamment dans le Grand Libreville ?
Selon les informations disponibles, ces 500 milliards de FCFA devraient permettre d’augmenter les capacités de production d’environ 150 mégawatts (MW) d’ici fin 2026, dont 50 MW attendus à court terme. En théorie, cette montée en puissance devrait soulager un réseau sous tension depuis plusieurs années.
Toutefois, entre la projection et la réalité, l’écart reste béant. Les populations, elles, ne vivent pas dans les échéanciers techniques, mais dans l’urgence quotidienne des coupures. Dès lors, une question s’impose : ces investissements sont-ils mal orientés, insuffisants ou tout simplement trop tardifs face à une demande énergétique en constante augmentation ?
Par ailleurs, l’épisode récent impliquant la société turque Karpowership illustre la fragilité du système. Fournissant environ 150 MW au réseau national, cette entreprise a menacé de suspendre ses activités en raison d’impayés estimés à 15 milliards de FCFA.
Certes, la coupure générale a été évitée in extremis. Mais, cet incident met en exergue une dépendance critique à des opérateurs extérieurs pour assurer la continuité du service public. Une situation paradoxale, alors même que des centaines de milliards sont injectés dans le secteur.
Ainsi, la question de la souveraineté énergétique devient centrale. Comment justifier une telle dépendance après un effort financier aussi conséquent ?
En outre, une partie des investissements a servi à régler des dettes accumulées auprès de prestataires. Ce choix, compréhensible dans une logique d’assainissement financier, réduit néanmoins l’impact immédiat sur la production et la distribution d’électricité.
Autrement dit, une fraction importante de ces 500 milliards n’a pas directement contribué à améliorer l’offre énergétique, mais plutôt à stabiliser la situation financière de l’entreprise.
Dès lors, une autre interrogation émerge : quelle part de ces fonds a réellement été consacrée à des infrastructures nouvelles et durables ?
Enfin, au-delà des chiffres, c’est la perception des usagers qui interpelle. Pour de nombreux Gabonais, les délestages répétés traduisent moins un manque de moyens qu’un déficit de résultats.
En effet, l’annonce d’investissements massifs contraste fortement avec la réalité vécue : coupures intempestives, instabilité du réseau, incertitudes permanentes. Ce décalage alimente une forme de scepticisme, voire de défiance, vis-à-vis des annonces officielles.
En définitive, si l’effort financier consenti par la SEEG et l’État gabonais est indéniable, son efficacité reste, à ce stade, difficilement perceptible pour les populations.
Car, au cœur de cette problématique, une question demeure, simple mais cruciale :
comment expliquer que 500 milliards de FCFA aient été investis, alors que le Gabon continue de subir des délestages massifs ?
Entre impératifs techniques, contraintes financières et enjeux de gouvernance, la réponse ne pourra être uniquement comptable. Elle devra être politique, stratégique et surtout… visible dans le quotidien des populations.



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