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Kémi Séba attaque frontalement la Russie : les raisons d’un revirement à 180 degrés

Par Stive Roméo Makanga

Une nouvelle controverse secoue la sphère panafricaniste. Au cœur de la tempête : Stelio Gilles-Robert Capo-Chichi, plus connu sous le nom de Kémi Séba. L’activiste, longtemps perçu comme l’un des relais les plus constants d’un discours favorable à la Russie en Afrique, est aujourd’hui au centre d’un scandale après la diffusion d’échanges privés dans lesquels il tient des propos d’une rare virulence à l’encontre des Russes.

En effet, l’affaire débute avec son interpellation en Afrique du Sud, au Brooklyn Mall, en compagnie de son fils âgé de 18 ans et d’un ressortissant sud-africain. Les autorités locales, qui enquêtaient initialement sur une tentative de passage clandestin vers le Zimbabwe, découvrent rapidement l’existence d’un mandat d’arrêt international émis par le Bénin.

Kémi Séba y est poursuivi pour des faits graves, notamment « apologie des crimes contre la sûreté de l’État » et « incitation à la rébellion », en lien avec les événements politiques survenus au Bénin en décembre 2025. Son dossier a été transféré à une unité spéciale sud-africaine, réputée pour son indépendance, rendant toute issue fortement dépendante d’un strict cadre juridique.

Mais c’est surtout une conversation interceptée, désormais virale sur les réseaux sociaux, qui fait l’effet d’une bombe. Dans cet échange, Kémi Séba ne mâche pas ses mots à l’égard des russes :

«Mais quand on parle de la Russie, tout le monde en parle mais très peu maîtrisent. Moi je veux dire que c’est des fils de putes, c’est des opportunistes et ils sont capables d’intoxiquer l’atmosphère pour fragiliser un régime. C’est des choses que moi j’ai déjà vu faire»

Des propos d’une extrême vulgarité, mais surtout d’une portée politique lourde. L’activiste y accuse également la Russie de manipuler des oppositions africaines et de poursuivre exclusivement ses propres intérêts géopolitiques.

Un virage à 180 degrés

Ces déclarations tranchent radicalement avec l’image que Kémi Séba a lui-même contribué à construire ces dernières années. Figure emblématique du panafricanisme radical, il s’était illustré par des positions ouvertement favorables à Moscou, notamment dans le contexte de la montée des influences étrangères en Afrique de l’Ouest.

Il n’était pas rare de le voir défendre la Russie comme une alternative aux puissances occidentales, dénonçant simultanément l’impérialisme français. Ce soutien, parfois implicite, parfois assumé, lui avait valu une audience importante auprès de certains publics africains en quête de nouveaux partenaires stratégiques.

Dès lors, une question s’impose : que s’est-il passé ?

Plusieurs hypothèses se dessinent. S’agit-il d’une désillusion personnelle après des relations directes avec des acteurs russes ? D’un repositionnement stratégique dicté par un contexte politique devenu plus contraignant ? Ou encore d’un simple discours opportuniste, révélateur d’une posture fluctuante ?

Dans ses propos, Kémi Séba laisse entendre qu’il a été sollicité à plusieurs reprises pour servir d’intermédiaire entre des opposants africains et des acteurs russes. Il évoque même des expériences passées qui auraient nourri sa méfiance actuelle.

Cependant, cette justification peine à convaincre entièrement. Car en dénonçant aujourd’hui ce qu’il semble avoir hier facilité ou toléré, l’activiste s’expose à des accusations d’incohérence, voire de duplicité.

Au-delà du fond, la forme des propos de Kémi Séba soulève de sérieuses critiques. L’usage d’insultes grossières et de généralisations visant un peuple entier est difficilement défendable, surtout pour une figure qui se réclame d’un combat pour la dignité et le respect des peuples africains.

Qualifier les Russes de « gens qui n’aiment pas les Noirs » relève d’une généralisation abusive, qui affaiblit la portée de toute critique politique légitime. Une dénonciation des stratégies géopolitiques russes en Afrique peut exister, mais elle gagne en crédibilité lorsqu’elle s’appuie sur des faits, et non sur des invectives.

Il faut dire que ces révélations laissent entrevoir une possible rupture entre Kémi Séba et certains réseaux ou partenaires internationaux, notamment russes. Si cette hypothèse se confirme, elle pourrait marquer un tournant dans les dynamiques d’influence en Afrique, où les alliances idéologiques et stratégiques restent souvent mouvantes.

Une chose est sûre : cette affaire fragilise l’image de cohérence de l’activiste et relance le débat sur la sincérité de certains engagements panafricanistes.

Que l’on évoque le repositionnement politique, les tensions diplomatiques et les dérives verbales, Kémi Séba se retrouve aujourd’hui à un carrefour délicat.

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