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Mulundu : Lastoursville fait ses adieux au patriarche Pascal Bounang, « la bibliothèque de Mulundu »

Par Christian Nzemboh 

Le cimetière de Mboghan, situé au nord de Lastoursville, a accueilli ce samedi 9 mai 2026 la dépouille de Pascal Bounang, figure emblématique de Mulundu décédée le 17 avril dernier à l’âge de 88 ans à l’hôpital régional Paul Moukambi de Koulamoutou.

À travers cette disparition, c’est tout le département de Mulundu qui perd l’un de ses plus grands sages. Communément appelé « Le Vieux Renard » ou encore « De Pasco », Pascal Bounang était considéré comme une véritable mémoire vivante des cultures adouma, awandji et sighou. Grand maître piroguier, médiateur respecté et fin connaisseur des traditions ancestrales, il laisse derrière lui le souvenir d’un homme de sagesse et de dialogue.

Paul Missouma, l’un des élèves de Passa, entretenant la foule

Le dernier voyage du patriarche s’est achevé au village Mboghan, non loin des chutes Livanga na Mayendji et à quelques coups de pagaie de l’île Tchapi. C’est dans ce décor chargé d’histoire et de symboles que familles, notables, autorités administratives, responsables politiques et populations locales se sont réunis pour rendre un ultime hommage à celui que beaucoup surnommaient « la bibliothèque de Mulundu ».

L’émissaire du VPG, Hermann IMMONGAULT et Joachim NDZOUKI

Il était exactement 13h07 lorsque la cérémonie d’inhumation a atteint son moment le plus émouvant. Au rythme de l’accordéon, danse que le défunt affectionnait particulièrement, Mulundu a fait ses adieux au fils de Makoumachana et de Mabanga, dans une atmosphère mêlant tristesse, émotion et reconnaissance.

Le cocosam, autrefois

Au cours des hommages, plusieurs personnalités ont tenu à saluer le parcours exceptionnel du disparu. Par la voix d’Odette Limandi, le Conseil consultatif des sages de Mulundu (COCOSAM), organisation chère au regretté Papa Barres Immongault, a dressé le portrait d’un homme d’une rare intelligence et d’une sagesse remarquable.

Dans une allocution empreinte d’émotion, les sages ont rappelé que Pascal Bounang possédait une connaissance approfondie des familles adouma et awandji, ainsi qu’une capacité exceptionnelle à résoudre les conflits sociaux et familiaux. Malgré les difficultés de la vie, ont-ils souligné, « De Pasco » avait toujours gardé son calme, sa dignité et son sens élevé du dialogue.

« Qui, après toi Pascal, fera encore l’honneur de Lozo ? », s’est interrogé Georges Roger Moukokoulo, tête pensante du COCOSAM, avant de conclure par un vibrant : « Repose en paix ».

Tout au long de cette journée de recueillement, la culture traditionnelle a occupé une place centrale. En matinée, conformément aux rites ancestraux, des pourparlers coutumiers ont eu lieu entre les tribus Ngondet et Kambou. Les échanges ont été conduits par Paul Missouma et Marius Bavekoumbou, deux figures respectées de Tchenga.

Prenant la parole, Paul Missouma, présenté comme l’un des héritiers spirituels de « Passa », a mis en avant les fondements de la culture douma-awandji, retraçant les grandes lignes de l’histoire de la tribu Kambou. Comme l’exige la tradition adouma, plusieurs gestes symboliques ont accompagné ces échanges, notamment à travers les « matoma », « mikodi mia mboumbi » et « possa ndzo ».

Le vieux sage Bakolosso, autre figure du COCOSAM, a également marqué cette cérémonie par des interventions riches en proverbes et enseignements traditionnels. Durant toute la matinée, les cultures wandji, douma et sighou ont été célébrées avec fierté, offrant aux jeunes générations une véritable leçon de transmission culturelle.

La veille déjà, vendredi 8 mai, les populations de Bamboro avaient veillé le défunt dans une ambiance mêlant recueillement et célébration traditionnelle. Toute la nuit, les danses Mboudi et les sons de l’accordéon ont rythmé la veillée funèbre. Les morceaux emblématiques tels que « Salos arrive », « La Serpentine » ou encore « La 7-0 » ont rappelé l’attachement populaire dont bénéficiait le patriarche disparu.

Avant les animations culturelles, plusieurs délégations s’étaient succédé pour déposer des gerbes de fleurs et présenter leurs condoléances à la famille. Parmi elles figurait l’Amical Wongo Sport conduite par le coach Claude Maïssa, ainsi que des représentants du Parti démocratique gabonais fortement mobilisés autour du camarade Edward Maïssa. La délégation était conduite par Joachim Ndzouki avec l’appui de Chrystian Ndzembo.

Le maire central de Lastoursville, Axel Litona Boubeya, accompagné de ses adjoints Frederick Kondzo et Arsène Emboubadi, a également pris part aux obsèques.

Empêché par un agenda chargé, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a dépêché sur place son directeur de cabinet Fiacre Aristide Diaba ainsi que son conseiller Gaétan Youbou Ipauta. Ce dernier, très impliqué auprès de la famille, a été aperçu réconfortant Bertrand Iboutou, neveu très proche du défunt et particulièrement affecté par cette disparition.

Très touché par la mort de celui qu’il considérait comme un conseiller et « l’homme des solutions », Régis Immongault Tatangani a suivi avec attention l’ensemble des cérémonies funéraires depuis l’étranger, par l’intermédiaire de ses proches collaborateurs.

La forte mobilisation observée à Bamboro et à Mboghan témoigne du rôle central que jouait Pascal Bounang au sein de la société mulundoise. Médiateur respecté, gardien des traditions et fin connaisseur des réalités locales, « Le Vieux Renard » incarnait pour beaucoup une mémoire collective aujourd’hui irremplaçable.

En accompagnant dignement Pascal Bounang à sa dernière demeure ce samedi 9 mai 2026, Lastoursville a rendu hommage à l’un de ses plus illustres fils. Avec sa disparition, Mulundu perd un sage, un griot et une véritable bibliothèque humaine.

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