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« Ce n’est pas un terrain, c’est notre identité » : à Libreville, une Charlotte Boutoundou Anguile défie la justice et la cupidité

Par Jimmy Mandoukou

L’Avenue de Cointet, dans le troisième arrondissement de Libreville, est devenue le théâtre d’une guerre de succession qui dure depuis près de deux décennies. Au cœur du cyclone, Charlotte Boutoundou Anguile, descendante d’une lignée propriétaire d’un domaine ancestral vieux de près de 200 ans. Spoliée, affaiblie par la tension, c’est avec toute la force que donne le désespoir qu’elle revendique son droit de propriété, brandissant des preuves centenaires et des jugements d’hérédité. Face à elle, un oncle par alliance, Monsieur Legault, qu’elle accuse d’usurpation, de faux testament et de manœuvres judiciaires pour s’accaparer un bien qui ne lui revient pas.

« Je suis ici dans ma terre ancestrale », martèle Charlotte, en s’appuyant sur un document vieux de près d’un siècle. Ce titre, établi au nom d’Antoine Nia Demba, époux de son arrière-grand-mère, est pour elle la preuve irréfutable d’une occupation familiale bien antérieure à l’usage moderne des titres fonciers. Elle ajoute : « Vous avez ici un jugement d’hérédité qui me donne les pleins pouvoirs. » Un procès-verbal du conseil de famille restreint confirme son droit de propriété et son statut d’administratrice générale de ce domaine.

Vue de la plaignante, présentant les documents qui font foi 

Pourtant, cette légitimité héritée de générations se heurte à une réalité judiciaire qu’elle juge absurde. Une décision récente, qualifiée de « provisoire », a ordonné son expulsion, exécutée avec une célérité qu’elle dénonce comme un vice de forme. « On ne peut pas expulser des habitants sur la base d’une décision provisoire, ça n’existe pas en droit », s’insurge-t-elle. Une violation qu’elle attribue à des complicités opaques au sein de l’appareil judiciaire.

Une vue des documents 

Le cœur du conflit réside dans une trahison perçue comme absolue. Monsieur Legault, choisi par la famille pour accompagner les orphelins après le décès de leurs parents, s’est, selon elle, transformé en bourreau. « Un bourreau sans âme, avide, cupide, avare, qui a décidé de s’accaparer des biens d’autrui », lance-t-elle, décrivant un homme qui, pendant 17 ans, a consommé les revenus locatifs de la succession sans agir.

Exaspérés, les héritiers adultes ont convoqué un conseil de famille en 2008, destituant Legault au profit de Marie-Thérèse Ampoumé, la véritable héritière consanguine de la défunte Delphine Essongué. Une décision entérinée par la justice, qui a débouté Legault à plusieurs reprises, en 2007, 2008 et encore en 2013. « Monsieur Legault est débouté, mais il ne s’arrête pas », constate amèrement Charlotte.

L’affaire prend un tournant tragique avec la mort des protagonistes principaux. Legault, attendant la disparition des vainqueurs, s’attaque à leur progéniture, obtenant finalement une décision d’expulsion. « Nous sommes exposés comme des squatteurs », déplore Charlotte, alors que la famille se voit réclamer près de 200 millions de francs CFA. Pour parachever l’humiliation, Legault met en vente le domaine ancestral pour la somme de 900 millions de francs. « Monsieur Legault n’est pas héritier, il a été destitué en 2008. Il revient aujourd’hui, fort de décisions judiciaires douteuses, pour expulser les légitimes propriétaires et mettre en vente notre terre », s’indigne-t-elle.

Face à cette tentative de spoliation, la famille a saisi le parquet pour destruction de biens, après que l’expulsion se soit accompagnée de la casse de leurs biens. Elle a également porté l’affaire devant la Cour de cassation, dénonçant un dossier qui y traîne depuis deux ans sans réponse de la partie adverse.

« Il est temps qu’un magistrat dise non »

Au-delà de son combat personnel, Charlotte Boutoundou Anguile dresse un réquisitoire contre une justice qu’elle juge parfois partiale. « Non seulement un sentiment de désolation, d’amertume et de regret pour la justice pour qui j’ai du respect », confie-t-elle, avant de pointer du doigt les failles du système : « Il est bien vrai que dans notre juridiction nous avons des personnes suffisamment assermentées, mais tous ne vont pas peut-être dans la même direction où chacun a ses sensibilités. »

Une analyse qui résonne comme un avertissement. Elle dénonce des juges qui, selon elle, n’ont pas « regardé la mémoire de ce dossier », préférant se focaliser sur des vices de forme pour rejeter son pourvoi en cassation. « Ce n’est pas cette petite pièce soi-disant dans le pouvoir en cassation qui va permettre aux juges de la cassation de rejeter mon pouvoir », tonne-t-elle, réclamant une justice plus humaine et sociale, notamment dans les affaires de succession qui touchent des orphelins et des personnes fragiles.

Sa détresse est d’autant plus grande que Legault a osé porter plainte contre elle pour diffamation, après qu’elle a médiatisé son calvaire. « Où allons-nous ? », s’interroge-t-elle, dénonçant une tentative d’intimidation.

Un appel au Chef de l’État pour éviter le pire

Épuisant toutes les voies de recours, Charlotte Boutoundou Anguile lance un appel solennel aux plus hautes autorités de l’État, en premier lieu au Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. « Il est temps qu’un magistrat dise non, c’est non, trop c’est trop ! ou qu’une autre autorité se lève ou encore même avec tous mes respects monsieur le Président de la République doit se lever pour dire non c’est non », implore-t-elle. Consciente de la séparation des pouvoirs, elle justifie cette requête par l’urgence sociale : « Quand il y a le feu dans la demeure, le Président de la République doit sortir. Il doit sortir parce que la cohésion sociale dont il a prôné même tout à l’heure à l’Assemblée nationale passe par ces histoires là. »

Son cri est aussi un avertissement sur les risques de voir la frustration se muer en violence. « On veut nous rendre quoi ? Assassins ? On devienne quoi ? Des tueurs », lance-t-elle, avant d’évoquer le spectre d’une immolation, à l’image de cette dame montée au tribunal avec du pétrole. « Plutôt que du pétrole, ça va être de l’essence. Moi, je vais me faire immoler à la place de tous les Gabonais qui vivent la même situation que nous », menace-t-elle, un cri du cœur qui en dit long sur le désespoir d’une femme prête à tout pour défendre l’héritage de ses ancêtres.

En attendant, Charlotte Boutoundou Anguile et sa famille, soutenus par quelques bonnes volontés, dorment à la belle étoile, exposés aux intempéries. Leur combat, au-delà d’un simple conflit foncier, est devenu le symbole d’une lutte pour la dignité et la reconnaissance d’un droit fondamental : celui de rester sur la terre de ses pères.

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