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Société : À l’EEG, la bataille de la succession est lancée

Par Stive Roméo Makanga

À un mois de la fin du mandat du Révérend Louis Sylvain Allogo Engo, la question de sa succession agite déjà les plus hautes sphères de l’Église Évangélique du Gabon (EEG). Et si certains pensaient que le choix du futur pasteur président se réglerait discrètement dans les cercles habituels de l’institution, l’audience accordée le 12 juin dernier par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à la direction nationale de l’Église protestante a rebattu les cartes.

Ce qui devait être une simple rencontre institutionnelle s’est finalement transformé en véritable révélateur des fractures qui traversent actuellement l’Église.

Autour du chef de l’État, plusieurs personnalités dont les positions sont connues pour être critiques à l’égard de la gouvernance actuelle avaient pris place. Parmi elles figuraient notamment le secrétaire administratif sortant, régulièrement contesté pour sa gestion, l’ancienne constitutionnaliste de l’Église, ainsi que le vice-président secrétaire administratif qui, selon plusieurs observateurs, s’était éloigné des affaires courantes de l’institution depuis plus d’une année.

Mais l’attention s’est surtout portée sur un invité inattendu : le Révérend Moïse Ovono Megne, président de la région synodale du Ntem. Arrivé spécialement de Bitam pour l’occasion, sa présence n’a laissé personne indifférent.

Selon plusieurs sources proches du dossier, c’est au moment de la présentation de l’ordre du jour par le vice-Premier ministre Hermann Immongault que le nom du pasteur du Ntem a été officiellement évoqué comme candidat soutenu par sa région synodale pour succéder au Révérend Louis Sylvain Allogo Engo.

Une annonce qui aurait pris de court le président sortant lui-même.

Car jusqu’ici, de nombreux observateurs estimaient que celui-ci entendait favoriser l’émergence d’un autre profil, celui du Révérend Jean Daniel Allogo Essimengane. L’apparition soudaine du nom de Moïse Ovono Megne dans les discussions de haut niveau est donc perçue par certains comme une tentative de court-circuiter les équilibres jusque-là établis.

Depuis lors, les commentaires vont bon train au sein de la communauté protestante.

À Bitam, certains soutiens du pasteur du Ntem voient en lui une personnalité capable d’incarner le renouveau. À Libreville, en revanche, plusieurs voix s’interrogent sur sa capacité à diriger une institution confrontée à de nombreux défis organisationnels et spirituels.

Ses détracteurs estiment ainsi que d’autres responsables ecclésiastiques disposeraient d’une expérience plus importante, citant notamment les noms du Révérend Zang Medzo ou encore du pasteur Guerson Mba Engo de la paroisse protestante de Melen.

Au-delà des personnes, cette bataille de succession met surtout en exergue les tensions qui couvent depuis plusieurs années au sein de l’Église Évangélique du Gabon. Entre querelles de leadership, rivalités régionales et critiques récurrentes sur la gestion des ressources de l’institution, les lignes de fracture semblent de plus en plus visibles.

Conscient de cette situation, le président de la République a d’ailleurs rappelé aux responsables protestants l’importance de préserver la cohésion interne et de faire de l’Église un facteur de stabilité sociale.

Un appel qui résonne comme une mise en garde à l’heure où les ambitions s’affichent de plus en plus ouvertement.

Reste désormais à savoir si le synode national prévu le 22 juillet prochain permettra d’aboutir à un consensus ou s’il ouvrira une nouvelle séquence de turbulences au sein de la principale Église protestante du pays.

Une chose est certaine : la succession du Révérend Louis Sylvain Allogo Engo est désormais entrée dans sa phase la plus sensible.

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