Eau, électricité : Oligui Nguema met 1 000 milliards sur la table. La SEEG, elle, doit désormais rendre des comptes
Par Stive Roméo Makanga
Dès l’amorce de la Transition et après son élection à la présidence de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema a fait de l’accès à l’eau potable et à l’électricité une priorité nationale. Non par effet de communication. Mais parce qu’aucun pays ne peut prétendre se développer lorsque ses citoyens vivent au rythme des coupures de courant et des robinets à sec.
Les faits sont là.
D’abord, 35 milliards de francs CFA injectés dans l’acquisition de transformateurs électriques grâce à des ressources récupérées auprès de BGFI Bank.
Ensuite, 8 milliards de francs CFA consacrés à la réalisation de forages dans le Grand Libreville afin de soulager les populations.
Puis 12 milliards supplémentaires déboursés pour l’acquisition de groupes électrogènes destinés à renforcer une production devenue insuffisante.
Et comme ces mesures d’urgence ne pouvaient constituer qu’un pansement sur une blessure profonde, l’État a engagé près de 800 milliards de francs CFA dans la construction de nouvelles centrales thermiques appelées à sécuriser durablement l’approvisionnement du pays.
Dans le secteur de l’eau, même logique.
Après les difficultés du PIEAPAL, projet estimé à près de 120 milliards de francs CFA, les autorités ont signé un nouveau partenariat avec SUEZ pour un montant de 115 milliards de francs CFA.
Au total, c’est un effort colossal. Près de 1 000 milliards de francs CFA mobilisés directement ou indirectement pour remettre à flot la SEEG.
La question est donc simple.
Où sont les résultats ?
Car pendant que les milliards s’accumulent dans les plans d’investissement, les délestages continuent. Pendant que les projets se succèdent, des quartiers entiers restent privés d’eau pendant plusieurs jours. Pendant que les annonces se multiplient, la colère des populations, elle, ne cesse de monter.
Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : on ne peut plus sérieusement soutenir que le problème vient d’un manque d’engagement de l’État.
Rarement un chef d’État aura consacré autant d’énergie politique et financière à ce dossier.
La vérité est peut-être plus dérangeante.
Et si le problème se trouvait désormais à l’intérieur même de l’entreprise ?
La gouvernance. La performance. La productivité. La culture du résultat.
Voilà les sujets dont il faut parler.
Car enfin, dans la plupart des pays, les concessionnaires financent eux-mêmes une partie importante des investissements structurants. Au Gabon, c’est l’État qui paie. L’État qui emprunte. L’État qui investit. L’État qui colmate les urgences.
Et malgré cela, le service continue de se dégrader.
Comment expliquer un tel paradoxe ?
L’expérience de la nationalisation mérite aujourd’hui un examen lucide.
En 2022, lorsque Ousmane Cissé avait été nommé à la tête de la SEEG, une forte opposition interne s’était manifestée. Plusieurs milliers d’agents estimaient alors que les Gabonais étaient parfaitement capables de gérer eux-mêmes leur entreprise.
Personne ne contestera ce principe.
Mais quatre ans plus tard, une autre question s’impose : qu’ont produit ces quatre années ?
Les résultats observés sur le terrain peinent à convaincre.
Pourquoi les restructurations annoncées n’aboutissent-elles pas ?
Pourquoi les réformes semblent-elles constamment freinées ?
Pourquoi chaque nouvelle direction paraît-elle se heurter aux mêmes blocages ?
Ces questions ne relèvent plus du débat politique. Elles relèvent du bon sens.
Car lorsqu’une entreprise bénéficie d’un soutien aussi massif de l’État et que les performances ne suivent toujours pas, il devient légitime de s’interroger sur les mécanismes internes qui empêchent le changement.
Beaucoup de Gabonais ont aujourd’hui le sentiment que certains considèrent encore la SEEG comme un territoire réservé, un espace d’influence, de réseaux et de privilèges plutôt qu’un service public chargé de répondre aux besoins de la population.
Si tel est le cas, alors la question n’est plus seulement économique.
Elle devient politique.
Car chaque coupure d’eau, chaque délestage, chaque panne majeure nourrit un peu plus la frustration collective.
Et cette frustration finit toujours par trouver une cible.
Or, fait révélateur, la colère populaire semble désormais se diriger davantage vers la SEEG que vers le chef de l’État lui-même. Les Gabonais constatent les investissements. Ce qu’ils ne voient pas, ce sont les résultats.
Dès lors, le rôle des organes de contrôle devient essentiel.
Les inspections de l’État, les autorités compétentes et la justice doivent pouvoir examiner sans complaisance les circuits de décision, les performances réelles, les éventuels conflits d’intérêts et les résistances qui freinent les transformations attendues.
Un secteur aussi stratégique ne peut prospérer dans l’opacité.
L’arrivée de SUEZ a d’ailleurs suscité certaines crispations. Pourtant, lorsqu’une expertise extérieure permet de réduire les pertes techniques, de moderniser les réseaux ou d’améliorer le rendement des installations, elle devrait être considérée comme une opportunité.
Le véritable enjeu n’est pas la nationalité des experts.
Le véritable enjeu est que l’eau arrive dans les robinets.
Et que l’électricité reste allumée.
Le reste est littérature.
C’est pourquoi le débat sur l’avenir de la SEEG ne peut plus être évité.
Le modèle actuel est-il encore adapté ?
Faut-il aller plus loin dans les partenariats public-privé ?
Faut-il accélérer la séparation des activités eau et électricité, comme cela existe déjà dans plusieurs pays africains ?
Ces questions méritent d’être posées sans tabou.
Parce qu’après près de 1 000 milliards de francs CFA engagés, le temps des excuses est terminé.
Les Gabonais n’attendent plus des promesses.
Ils attendent des résultats.
Et dans cette affaire, ce ne sont plus les moyens qui manquent.
C’est l’efficacité qui est désormais jugée.



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