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[ÉDITORIAL] SEEG : enfin la fin d’un monopole à bout de souffle ?

Par Stive Roméo Makanga 

En décidant de créer deux nouvelles sociétés publiques distinctes, le jeudi 25 juin dernier à la faveur du Conseil des Ministres : La Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon, le président Brice Clotaire Oligui Nguema acte, en réalité, l’échec d’un modèle qui aura accompagné plusieurs décennies de frustrations nationales.

La SEEG ne disparaît pas seulement comme une entreprise. Elle s’efface comme un symbole. Celui d’un monopole incapable de répondre durablement à la mission la plus élémentaire d’un service public : fournir de l’eau quand on ouvre un robinet et de l’électricité lorsque l’on actionne un interrupteur.

Pendant des années, les Gabonais ont fini par considérer les coupures comme une fatalité. Les délestages ont rythmé les journées des ménages, paralysé les commerces, fragilisé les hôpitaux, découragé les investisseurs et alimenté une colère diffuse. Les annonces de plans d’urgence se sont succédé. Les promesses de modernisation aussi. Mais, sur le terrain, la réalité est demeurée obstinément la même.

Depuis le début de la Transition, l’État n’est pourtant pas resté inactif. Des centaines de milliards de francs CFA ont été mobilisés pour tenter de remettre à flot un système en perdition. Des transformateurs ont été acquis. Des centrales thermiques flottantes ont été affrétées. Des groupes électrogènes ont été installés. Des réseaux ont été réhabilités. Rarement un secteur aura bénéficié d’un tel niveau d’investissement en si peu de temps.

Et pourtant, les résultats attendus tardent encore à convaincre une population qui juge moins les discours que l’eau qui coule dans son évier et la lumière qui éclaire son salon.

C’est précisément ce constat qui donne toute sa portée à la réforme engagée. En séparant les métiers de l’eau et de l’électricité, le Gouvernement rompt avec une organisation dont les limites étaient devenues manifestes. Car gérer simultanément deux secteurs aussi complexes relève souvent davantage du compromis permanent que de la spécialisation.

L’eau obéit à une logique industrielle, sanitaire et hydraulique. L’électricité répond à des impératifs de production, de transport, de distribution et d’équilibre permanent du réseau. Les deux activités nécessitent des compétences, des investissements, des modèles économiques et des stratégies profondément différents.

Les dissocier n’est donc pas un simple changement de dénomination. C’est reconnaître que l’efficacité suppose désormais des opérateurs spécialisés, capables d’être évalués sur des objectifs précis et mesurables.

Encore faudra-t-il éviter le piège classique des réformes africaines : croire que changer les structures suffit à transformer les résultats.

L’histoire administrative du continent est jalonnée d’établissements publics aux noms prometteurs qui ont reproduit les mêmes dysfonctionnements que leurs prédécesseurs. Une nouvelle enseigne ne produit pas automatiquement une nouvelle gouvernance.

La véritable question n’est donc pas de savoir si La Gabonaise des Eaux ou Électricité du Gabon remplaceront la SEEG. Elle est de déterminer si ces deux entreprises fonctionneront selon des standards radicalement différents.

Seront-elles dirigées par des professionnels recrutés sur leurs compétences plutôt que sur leurs réseaux ? Disposeront-elles d’indicateurs de performance publics ? Seront-elles soumises à des audits réguliers ? Publieront-elles leurs résultats ? Les dirigeants répondront-ils réellement de leurs performances devant l’État et les populations ?

C’est sur ce terrain que se jouera le succès ou l’échec de cette réforme.

Le président de la République a lui-même fixé la barre très haut. Lors du même Conseil des ministres, il a rappelé que les décisions gouvernementales devaient désormais produire des effets « visibles et mesurables ». La formule engage autant les ministres que les futurs dirigeants de ces nouvelles sociétés.

Les Gabonais, eux, n’attendent plus des organigrammes. Ils attendent un service.

Ils veulent que les coupures cessent d’être la norme. Ils veulent que les investissements consentis par la Nation se traduisent enfin dans leur quotidien. Ils veulent que les entreprises puissent produire sans groupes électrogènes, que les élèves puissent étudier le soir et que les familles retrouvent une forme de normalité.

La création de ces deux nouvelles sociétés représente donc une opportunité historique. Elle peut marquer le début d’une véritable renaissance des services publics essentiels. Mais elle peut aussi rejoindre la longue liste des réformes administratives restées sans lendemain.

Tout dépendra désormais d’une seule chose : la capacité de l’État à faire vivre l’exigence de résultats qu’il proclame.

Parce qu’en matière d’eau et d’électricité, les Gabonais n’ont plus besoin d’espérer.Ils veulent enfin constater.

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