Port-Gentil : une affaire d’empoisonnement renvoyée devant la justice criminelle des adultes
Par Cadette Ondo Eyi
L’examen d’un grave dossier criminel a connu un coup d’arrêt dès l’ouverture des audiences consacrées aux affaires de mineurs à Port-Gentil. En cause : l’incompétence du Tribunal pour enfants à juger N.N.R., poursuivi dans une affaire d’empoisonnement présumé ayant entraîné la mort d’un homme et l’hospitalisation de son propre père.
L’affaire remonte au samedi 18 janvier 2025, dans le quartier Siby, au deuxième arrondissement de Port-Gentil. Selon les éléments versés au dossier, Aldo Ostine Ragazyno recevait ce soir-là à son domicile un ami, Claize Kombila Kombila, connu sous le surnom de « Tata ». Les deux hommes se trouvaient dans le salon lorsque le fils de Ragazyno, N.N.R., se serait rendu dans la cuisine.
L’accusation soutient que le jeune homme aurait introduit du raticide dans une marmite de poulet destinée au repas. Il aurait ensuite quitté la maison après avoir demandé à son frère cadet, S.K.W.R., de surveiller les mouvements de leur père. Vers 22 heures, les deux convives auraient consommé le plat préparé au domicile familial.
Peu après le début du repas, Claize Kombila Kombila aurait été victime de violentes convulsions. Évacué vers le Centre hospitalier régional de Ntchengué, il aurait succombé peu de temps après son admission. Le père de l’accusé, qui avait également ingéré le repas, aurait été admis en soins intensifs. Il aurait finalement survécu à l’intoxication présumée.
Au cours de la procédure, les deux frères auraient fait état de tensions anciennes au sein du foyer. Depuis le décès de leur mère, ils reprocheraient à leur père des mauvais traitements ainsi qu’un comportement autoritaire qu’ils assimilaient à une forme de domination familiale. Ils auraient également affirmé avoir pris soin de lui après l’amputation d’une jambe.
Ces déclarations, qui doivent encore être confrontées aux témoignages, expertises et autres pièces de la procédure, constituent l’un des aspects du dossier. Selon l’accusation, l’initiative du projet criminel présumé reviendrait à N.N.R. L’objectif aurait été de s’en prendre à leur père afin de lui faire payer ce qu’ils percevaient comme son ingratitude et de mettre fin à son emprise sur eux.
Toutefois, l’ami du père aurait été la première victime du repas présumé empoisonné. Celui qui aurait été visé a, lui, survécu. N.N.R. est ainsi appelé à répondre d’accusations particulièrement graves, notamment d’homicide volontaire, d’empoisonnement et de tentative de patricide.
Mais le fond de l’affaire n’a pas encore été abordé. La défense a, dès la première journée d’audience, soulevé une exception d’incompétence devant le Tribunal pour enfants. Me Dominique Ongonwou, le conseil du présumé infracteur, a fait observer que son client était majeur au moment des faits, qu’il était âgé de 22 ans le 18 janvier 2025. Si la procédure avait initialement été orientée vers la juridiction des mineurs en raison de l’implication présumée de son frère cadet, celui-ci n’a finalement pas été renvoyé devant la juridiction de jugement. Seul N.N.R. est donc demeuré poursuivi.
Le président du Tribunal pour enfants a accueilli l’argumentation de la défense. En s’appuyant notamment sur les dispositions des articles 3 et 108 du Code de l’enfant gabonais, promulgué le 8 février 2019, il a déclaré la juridiction spécialisée incompétente pour connaître du dossier concernant un accusé majeur.
Le dossier doit désormais être transmis à la Cour criminelle compétente pour juger les adultes. Les parties disposent d’un délai de cinq jours francs pour se pourvoir, en cassation contre cette décision.
Ce renvoi ne préjuge en rien de la culpabilité de N.N.R., qui demeure présumé innocent. La future juridiction devra établir, au terme de débats contradictoires, les circonstances exactes du drame, le rôle respectif des personnes concernées et la réalité des accusations portées contre lui. Dans cette affaire familiale aux conséquences tragiques, la justice criminelle devra répondre à une question centrale : qui porte la responsabilité de la mort de Claize Kombila Kombila et de l’intoxication dont a réchappé Aldo Ostine Ragazyno ?



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